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Les invasions barbares
Un film de Denys Arcand



La critique de Bérénice Balta

Septembre-octobre 2003 - N°329


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Quand le Québécois Denys Arcand débarque en France, en 1986, avec son Déclin de l'Empire américain, il a déjà quelques films à son actif. Mais c'est celui-là qui va le faire connaître au monde entier. Sa galerie de portraits, où se mêlent profs, cadres moyens, artistes et éventuellement glandeurs, va enchanter tous ceux qui iront voir cette œuvre décalée, au ton à la fois léger et sérieux, aux propos profonds qui pointent derrière le côté potache de l'ensemble. Femmes et hommes, traités avec une équité quasi clinique, se font des niches, assènent quelques aphorismes de bon aloi, discourent sur ce monde qui « fout l'camp », mangent, boivent, font l'amour, vivent, quoi ! Le succès sera foudroyant. Il faut dire que chacun, du moins dans un monde occidental rompu à ce genre de mode de vie, peut se retrouver dans les personnages, ou dans l'un d'entre eux au moins. Seul l'accent québécois rappelle, de part en part, que Le déclin… vient de l'autre côté de l'Atlantique.
Voilà pour le contexte historique. En fait, assez vite, Denys Arcand pense à une suite qui ne se fait pas, car, dit-il, « je n'arrivais jamais à lui donner une forme satisfaisante. J’aboutissais toujours à des scénarios lugubres et déprimants. Jusqu'au jour où j'ai eu l'idée de réutiliser les personnages du Déclin de l'Empire américain. Leur bonne humeur, leur cynisme et leur intelligence me permettaient de traiter ce sujet avec une légèreté qui me plaisait ». Bien lui en a pris et, dix-sept ans plus tard, on assiste à des Invasions barbares tout à fait jubilatoires malgré un titre terrible, qui recoupe, en vrac, la vieillesse, la maladie (SIDA, SRAS et autres joyeusetés modernes), la drogue, la peur de l'autre (Ah! L'Autre! Sans lui l'Homme s'ennuierait, il peut l'accabler de tous les maux, lui faire porter tous les chapeaux inconfortables, se défouler sur lui, bref, le prendre comme exutoire pour éviter de se remettre en question!)…
Dans ce film, donc, qui peut se lire de façon tout à fait indépendante du premier, on est embarqué sur le lit de douleur de Rémy. La cinquantaine, divorcé, Rémy est rongé par un mal pour l'heure inconnu. Son ex-femme, bien que remontée comme une pendule, décide de convoquer ami(e)s et enfants au chevet du souffrant… Ce qui ne se fera pas sans difficultés. Mais dès lors qu'ils seront tous réunis, Sébastien, Nathalie, Gaëlle, Sœur Constance, Pierre, Claude, Diane, Dominique, Ghislaine, le spectacle sera total ! On pleure, on rit, on s'emballe, on s'attendrit, on s'énerve, on s'émeut, on espère, on pleure, on rit, et hop, c'est reparti pour un tour… 1h. 39 de montagnes russes affectives : mieux qu'une séance de sport ! D'ailleurs, au Canada, on ne s'y est pas trompé et le film « cartonne » dans les salles. Et même au dernier festival de Cannes, d'une tristesse à mourir, le jury a su distinguer, au milieu d’œuvrettes auteuristes, ce joyau de pur cinéma en lui attribuant, entre autres, le Grand Prix du scénario. Pour le coup, il serait dommage, vraiment dommage, de ne pas se laisser envahir…

Bérénice Balta, Radio France Internationale



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