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Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Enseignement bilingue
Égypte : à la croisée des chemins



Le réseau des établissements bilingues « arabe-français » est en place en Égypte depuis plus d’un siècle. Il se caractérise par son hétérogénéité, tant au niveau des fondements philosophiques ou religieux (établissements chrétiens, musulmans, laïques) qu’au niveau de ses statuts (écoles gratuites ou peu onéreuses, ou véritablement à but lucratif). Son avenir reste à construire.

Juillet-août 2003 - N°328


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Les écoles bilingues francophones en Égypte sont actuellement environ 70 et regroupent 43 000 élèves et 1 640 enseignants de français, de mathématiques et de sciences. Le nombre d’écoles est en progression, essentiellement grâce à l’ouverture au rythme annuel de trois ou quatre écoles d’investissement 1 ; par contre, le nombre des élèves stagne, malgré la demande, parce que les écoles religieuses 2, les lycées Al-Horreya 3 et les écoles expérimentales 4 voient leur recrutement bloqué par un numerus clausus imposé par le ministère égyptien au niveau de l’entrée en maternelle (400 demandes pour 80 places en moyenne). Les élèves francophones bilingues représentent environ 0,5 % du total des élèves scolarisés en Égypte.

De fortes contraintes

Les élèves suivent une scolarité de 13 années, de la maternelle au bac, à partir de l’âge de 5 ans en moyenne. Les matières enseignées en français, outre la langue, sont les mathématiques et les sciences, ce qui représente un horaire hebdomadaire de français d’une quinzaine d’heures, avec en plus des heures d’activités. Les programmes sont imposés par le ministère de l’Éducation, travaillés à partir d’une liste officielle d’ouvrages, ou de traductions pour les matières scientifiques. L’enseignement est validé par le baccalauréat : les élèves peuvent y choisir une option de français renforcé et peuvent passer les épreuves de mathématiques et de sciences en français.
Seules les écoles d’investissement échappent à ce système contraignant, dans la mesure où elles reçoivent l’autorisation ministérielle de s’appuyer sur un système d’enseignement étranger à travers, par exemple, des conventions d’agrément de l’ambassade de France. La médiocrité du système égyptien et la plaie des cours particuliers font que ce système « étranger » est en plein développement, pour la partie de la population qui peut financer une scolarité très chère.

Trois difficultés majeures

Trois domaines posent des problèmes particuliers :
La formation des maitres : il devient de plus en plus difficile de trouver sur le marché des professeurs compétents à la fois en langue et en pédagogie, du fait des insuffisances de la formation initiale dans les facultés disciplinaires ou de pédagogie. En particulier, la formation pratique est absente des cursus. Le problème est aggravé par les faibles rémunérations, qui poussent les professeurs à s’investir dans les cours particuliers plutôt que dans leur formation. Le problème est encore plus criant en mathématiques et en sciences, puisque là s’ajoute la gestion de la langue d’enseignement. L’ambassade de France fait de grands efforts pour remédier au problème par la formation continue, mais il semble que la seule vraie solution soit la création d’un institut de formation spécifique.
Le statut de la langue : la francophonie des parents diminue fortement ; seuls 25 % sont aujourd’hui francophones. Or, les écoles enseignent trop souvent une langue française « égyptianisée », qui ne s’appuie plus sur le contexte nécessaire. D’où un affaiblissement significatif du niveau. Le passage au FLE, au moins au début de la scolarité, se heurte à des résistances diverses : prestige de la langue, intérêts éditoriaux, formation des enseignants, etc.
L’inertie du système : des volontés de changement sont constamment exprimées à tous les niveaux des écoles, mais elles se heurtent, dans l’exécution, à des pratiques anciennes et à des contraintes difficiles à combattre : modicité des salaires, système hiérarchique rigide, absence de concertation, système d’évaluation obsolète, etc.

Pour perdurer, l’enseignement bilingue francophone en Égypte en place depuis des décennies (écoles religieuses, lycées Al-Horreya…) doit évoluer vers une école performante, qui prépare véritablement les jeunes à l’exercice d’un emploi et à affronter le monde globalisé.

Propos recueillis auprès du Centre français de culture et de coopération, Le Caire

Notes
1. Écoles fondées par des investisseurs privés.
2. Quarante-cinq environ.
3. Anciens établissements de la Mission laïque (7).
4. Écoles gouvernementales (7) créées sur le modèle des écoles bilingues, mais avec des droits de scolarité plus faibles.

Le point de vue d’une enseignante

Etes-vous satisfaite de l’enseignement du français en Égypte ?
L’enseignement du français en Égypte a commencé avec les congrégations religieuses et la Mission laïque française au début du XXe siècle. Le français était alors la langue culturelle, impliquant un rang social élevé. L’université du Caire a contribué également aux efforts de diffusion de la langue en enseignant la littérature et la civilisation françaises. L’enseignement du français était encore très traditionnel jusque dans les années 1970-1980, mais il s’est amélioré au cours de la dernière décennie grâce au Centre français de culture et de coopération en Égypte, qui accorde un soutien pédagogique, matériel et financier aux établissements francophones dans le cadre de l’échange culturel.
Deux grands types d’enseignement sont appliqués dans les écoles bilingues : le FLE (français langue étrangère) et le FLM (français langue maternelle). Le premier est enseigné dans les écoles gouvernementales pour l’apprentissage des adultes. Le second dans les écoles francophones.
Bref, l’enseignement du français en Égypte est en progrès remarquable grâce aux nouvelles technologies et aux activités extrascolaires (orales, écrites, concours, créativité, etc.). Cependant, il me semble que manquent notoirement des techniques d’apprentissage des méthodes de réflexion par soi-même (recherche personnelle), de lecture et d’expression orale.

Que pensez-vous de la situation actuelle des écoles bilingues en Égypte ?
Elle s’améliore. En fait, le bilinguisme est en progrès constant depuis les années 1990. La mondialisation et le développement rapide de la technologie moderne ont imposé de nouvelles exigences dans l’apprentissage des langues étrangères, qui est devenu un besoin indispensable en Égypte.
Pour faire face aux défis des années 2000, on construit encore des écoles bilingues en Égypte. La plupart de ces nouvelles écoles bilingues sont privées, à part quelques écoles dites « expérimentales » dirigées par le gouvernement. Il existe de très bonnes écoles privées, jouant un rôle actif dans les échanges culturels entre les pays et l’ouverture au monde occidental, à travers des activités périscolaires, la formation pédagogique des enseignants, des bourses à l’étranger, l’application de nouvelles méthodes, etc. D’autres écoles sont moins actives, moins équipées, elles se contentent des programmes traditionnels de l’enseignement.
Les nouvelles universités de langue qui viennent d’ouvrir leurs portes, comme l’Université française du Caire (UFC) et d’autres, sont, en fait, des éléments dynamiques qui ont motivé les responsables pédagogiques ainsi que les investisseurs à multiplier ces écoles et à activer la francophonie en Égypte, dans l’objectif de former des apprenants bilingues capables d’affronter les défis de la « diversité culturelle universelle ».

Quelles propositions suggérez-vous ?
Il est nécessaire d’aménager des cours de langue dans les écoles, qui soient consacrés à la lecture et à l’expression orale, d’aider les élèves à vivre dans un environnement francophone intégral au sein des établissements scolaires et de renforcer les travaux personnels sur des problématiques. Bref, il faut apprendre aux élèves des méthodes de recherche, dans les écoles bilingues.

Bossaina Rochdi, enseignante de français dans un lycée bilingue au Caire (Égypte)



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