On ne va pas y aller par quatre chemins : Les Triplettes de Belleville est un petit bijou, une perle dans une huître, un arc-en-ciel après l’orage, un coquelicot dans les herbes folles, une oasis dans le désert – et même une deux-chevaux customisée. Je m’égare, mais il y a de quoi, tant cette œuvre dégage de poésie, de beauté, d’imagination, de subtilité, d’intelligence et de savoir-faire… C’est la première fois depuis trois ans que Le français dans le monde vous entretient d’un film d’animation. Non pas que nous n’aimions pas ce genre, mais cela ne s’était jamais présenté : nous allons nous rattraper…
Sylvain Chomet, pour les amateurs de bandes dessinées, est un nom évocateur puisque, avant de se lancer dans le cinéma d’animation, il œuvrait principalement pour le monde des phylactères. Bref, le petit Sylvain, devenu grand, réalise, en 1996, un court-métrage sublime, La vieille dame et les pigeons, qui lui vaut moult récompenses… Puis il embraye sur l’aventure du long-métrage qui nous occupe aujourd’hui. Entre-temps il a vécu en Angleterre, où il s’est familiarisé avec la technique de l’animation, et au Canada, où il réside toujours. D’ailleurs, Les Triplettes de Belleville a été rendu possible grâce aux talents conjugués de Canadiens, de Français et de Belges. Francophonie, quand tu nous tiens…
Donc, Les Triplettes… Il était une fois un petit garçon mélancolique – malgré un prénom dynamique : Champion – élevé par sa grand-mère, Madame Souza. Après des années d’entraînement, Champion est devenu un as de la bicyclette au point de participer au Tour de France. Une course qui lui sera fatale… En effet, il est enlevé par de mystérieux hommes en noir. Flanquée de son gros chien débonnaire et fidèle (lui s’appelle Bruno…), grand-maman Souza part, jusque de l’autre côté de l’Atlantique, chercher son petit-fils. Là-bas, elle rencontre trois anciennes stars de music-hall, excentriques à souhait, les fameuses Triplettes. Ce curieux attelage se met en quête de Champion dans une ville étonnante, mélange de Paris, de Montréal et d’autres grandes cités, et devra déjouer la puissante mafia française au nez vérolé…
Tout ça, et plus encore, est conté dans un style unique, où pointe une certaine nostalgie… Une belle nostalgie, pas une nostalgie triste et poussiéreuse… Le crayonné est superbe, les personnages bien campés, y compris les seconds rôles, les décors soignés et travaillés comme de véritables petits tableaux. Quant à l’histoire, on l’a vu, elle est l’originalité même : Sylvain Chomet, bien qu’ayant récemment atteint ses quarante printemps, a gardé une âme d’enfant. Il a aussi un maître mot, employé toutes les deux minutes en interview, mais on ne peut pas lui en vouloir puisque c’est un mot formidable : « magie ». Et quand on voit Les Triplettes de Belleville, on se dit que ce mot a été inventé rien que pour lui… Et pour nous, heureux spectateurs !
N.B. : Ne ratez pas la bande originale du film, chez Delabel, qui offre, outre un concert d’aspirateurs, une chanson interprétée par Mathieu Chédid, plus quelques morceaux d’anthologie.
Bérénice Balta, Radio France Internationale
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