« Le travail de motivation à la lecture de livres en français passe d’abord par l'utilisation de la bibliothèque, avec toutes ses ressources : papier, cédéroms et internet. » Luisa Correia, professeur de français au Portugal, allie, pour faire lire ses élèves, tradition et modernité. Elle poursuit : « Dans la bibliothèque se réalisent les premiers contacts avec les livres, l'auteur, les courants littéraires, les encyclopédies, les sites sur la littérature française, les librairies en ligne... »
Choisir son livre
Bernard Uhoda 1, « Saïgonnais d’adoption mais Liégeois d’origine », d’où son attachement à Simenon, travaille actuellement avec des enseignants vietnamiens (élèves de français langue étrangère et langue seconde), après avoir travaillé avec des élèves belges et gabonais. Son approche est plus pragmatique, sans négliger un aspect motivationnel essentiel, la gratuité : « Je propose des titres qui ont séduit les promotions d'élèves précédentes. Je propose aussi des lectures en classe « pour le plaisir » et des activités, comme les lectures suivies, adaptées aux goûts et aux compétences de chacun. » Ce en quoi il rejoint, par d’autres voies, Luisa Correia, qui privilégie l’autonomie du choix de l’oeuvre : « Le travail de motivation, écrit-elle, passe par l'implication de l'apprenant dans le choix des œuvres à lire. Cela le rend plus responsable : il prend en compte ses propres attentes de lecture. »
De son côté, Chahrazed Moudir, de Sétif (Algérie), travaille sur la lecture du texte littéraire, avec ses élèves du cycle secondaire, à la fin de chaque projet didactique : « Avant la lecture, je propose aux apprenants des éléments sur l’auteur, ses romans et sa manière de voir la vie pour les sensibiliser et les initier à la lecture en langue étrangère. » Pour le choix des œuvres, elle joue sur la proximité : « Je demande aux élèves de préparer des fiches de lecture à partir de romans français. Par exemple ceux d’Albert Camus, L’étranger ou L’exil et le royaume. Je leur rappelle que l’auteur parle dans son roman de notre pays : l’Algérie… » Le résultat semble à la hauteur de la motivation : « Lors de la présentation des fiches de lecture, la découverte est passionnante : les élèves ont compris l’histoire et ils manifestent un grand intérêt pour l’étude des personnages et des lieux. On note également une grande participation ainsi qu’une certaine liberté de la parole. »
Du côté de l’évaluation
Cette liberté est, peut-être, la plus belle évaluation qui existe… Mais elle ne suffit pas : « J’évalue la compréhension à l’oral, reprend Chahrazed Moudir, en posant des questions récapitulatives sur le texte étudié. Je propose également des activités à l’écrit, comme la recherche des champs lexicaux et sémantiques dans le texte étudié ou encore l’exercice de résumé et de contraction de texte. » Au Vietnam, Bernard Uhoda privilégie la dimension « plaisir » : « J’évalue la compréhension grâce à des tests de lecture du genre « quiz », ce qui est assez ludique. J’évalue aussi les apprenants « en action » lors des activités de classe comme la lecture suivie. Les lectures proposées en-dehors de la classe ne sont pas évaluées, sinon par des échanges occasionnels avec les élèves. »
Luisa Correia travaille, elle, avec un support moins usité, les « journaux de lecture » : « C’est une sorte de journal intime qui accompagne toute la lecture du livre, qui peut être utilisé comme intermédiaire entre l'apprenant et le professeur et qui peut servir pour que l'utilisateur écrive ses impressions de lecture, ses doutes, qu’il pose des questions... Ce journal peut circuler en classe... C'est un instrument précieux qui permet au professeur d'évaluer l'évolution de la lecture, le degré d'implication de l'apprenant, de connaître ses difficultés... »
Simenon et la proximité
Et Simenon, dans tout ça ? Avec lui, on est souvent plus près du travail d’explication de texte que de la lecture intégrale. Chahrazed Moudir : « Nous avons étudié un court texte de Georges Simenon extrait de Lettre à ma mère (Presses de la Cité) dans le cadre d'un projet didactique sur la communication. Avec ce texte, on travaille sur « présenter et se présenter », on prend connaissance de l'existence de l'émetteur dans le texte et on étudie les fonctions du langage, ici la fonction expressive… » Les élèves de Luisa Correia, eux, ont choisi L'Homme de Londres : « Ce livre a été lu dans le cadre d’une lecture extensive, cursive, qui visait essentiellement la compréhension/ interprétation. Il fallait produire des textes pour présenter l’œuvre à la classe en essayant de motiver à sa lecture. Je me suis appuyée pour cela sur un excellent travail que j'ai téléchargé sur le site de l’Institut universitaire de formation des maîtres de Lille, « Motiver et développer les démarches de lecture grâce au roman policier », par Anne Crepin-Halgand… » 2
« J’ai assez peu travaillé avec mes élèves sur des textes de Simenon, reconnaît de son côté Bernard Uhoda. Au Gabon, j'ai fait étudier la description de l'hôtel central dans Le Coup de lune car l'action se passe au Gabon et les vestiges de l'hôtel central y sont encore visibles… » La proximité, toujours… Bernard Uhoda reprend : « Je vais proposer aux enseignants vietnamiens le portrait qui ouvre Le temps d'Anaïs. Un extrait bref, hautement représentatif de l’écriture et de la psychologie des romans de Simenon. La motivation viendra, je crois, du fait que mes étudiants sont demandeurs d'analyse littéraire… et que l'on célèbre Simenon… »
Jean-Claude Demari
Notes
1 – Bernard Uhoda a aussi publié dans le FDLM n° 325, en janvier 2003, « Analyser le texte littéraire » (pp. 35-37).
2 – Site : www.lille.iufm.fr/drd/prolog/index2.htm
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