Tout le monde connaît Carla Bruni, ex-mannequin de son état. Elle est belle, riche et célèbre partout dans le monde. On connaissait moins son talent pour la chanson : on l’avait découvert en 2000 lorsqu'elle avait écrit six titres pour l'album Si j'étais elle de Julien Clerc. Depuis, elle a pris des cours de chant et composé de nouveaux titres, cette fois-ci pour elle. Le résultat : un album paru fin 2002 qui, comme celui de Vincent Delerm, fait l’unanimité. Des chansons intimistes, paroles et musiques de Carla Bruni, arrangements et réalisation de Louis Bertignac (ex-Téléphone) : « Louis et moi sommes amis depuis vingt ans. Je lui ai fait écouter les chansons pour avoir son avis. Il a beaucoup aimé et s'est tout de suite mis à retravailler la maquette, à proposer des arrangements. Cela sonnait vraiment comme ce que je souhaitais. Nous avons tout fait dans son studio personnel, sans stress ni angoisse de temps ou d'argent. »
Entre folk et chanson française, le style est indéniablement acoustique et chaud, mis en valeur par un superbe enregistrement. Contrairement à d'autres top models tentant de se reconvertir en musique, Carla Bruni n'a pas choisi la solution, facile, de la musique électronique : « J'ai voulu des chansons simples, accessibles, spontanées, pour être sûre de ne pas me trahir. J'ai le goût des chansons qui peuvent être restituées à la guitare même quand elles sont, à l'origine, magnifiquement orchestrées ». Parmi les surprises de ce disque : la jolie reprise de « La noyée », que Gainsbourg avait proposée à Yves Montand mais qui était finalement restée dans ses cartons.
Sa vie de mannequin, Carla Bruni la conjugue au passé. Alors que nombre de consœurs de sa génération continuent à travailler pour des marques de cosmétiques, de vêtements ou de parfums, elle a tourné la page : « Le mannequinat, c'est comme le sport : à 30 ans, vous êtes mort. Le métier s'arrête, pas pour une question d'âge ou de physique (car les femmes, à 35 ans, sont généralement mieux qu'à 25), mais d'usure. Lassitude de voir toujours les mêmes visages. »
« Petite-fille de Juifs piémontais », Carla Bruni est née à Turin en 1967. Pour elle, le choix de la musique ne relève pas du hasard : son père est le compositeur dodécaphonique Alberto Bruni-Tedeschi et sa mère est pianiste professionnelle. Quant à son grand-père, patron d'une société de câbles électriques, il fut condisciple de Varèse au Conservatoire de Turin… Résultat : « Presque toutes les filles qui chantent m’ont fait et me font envie : Jeanne Moreau, Françoise Hardy, Suzanne Vega, Barbara, les chanteuses d'opéra, les country girls avec leur guitare au pied de la roulotte… C'est toujours un peu la même chose : elles chantent l'amour, le désamour. J'aime l'écriture des femmes. En chanson, elle est délicate, particulière ». Une bonne définition pour ses douze chansons.
Edmond Sadaka
CD : Quelqu'un m'a dit (Naïve).
Les Victoires de la musique s’ouvrent à la jeune création.
Changement de cap pour une cérémonie qui, jusque-là, faisait la part belle à la chanson commerciale et aux valeurs sûres. L’édition 2003 a accordé une place de choix à des auteurs compositeurs qui restent, pour certains, encore peu connus du grand public. Ainsi, des artistes comme Bénabar, Vincent Delerm (FDLM n° 323, p. 77). Sanseverino ou Carla Bruni (lire ci-dessus) ont été mis en avant et parfois récompensés.
La Révélation « Scène » va à Sanseverino, dynamique swingueur des mots, qui a démarré comme chanteur de rue et a mis quinze ans avant de se faire un nom. La Victoire de l’album « Révélation » va à Vincent Delerm, 26 ans, que nos lecteurs, désormais, connaissent bien. Après trois nominations ratées, la délicieuse Québécoise Lynda Lemay est enfin élue « Artiste féminine de l'année ». Quant à l'Ivoirien Tiken Jah Fakoly, il reçoit la Victoire des musiques du monde pour son album Françafrique (FDLM n° 321, p. 70), ex aequo avec les Corses d’I Muvrini pour Umani (FDLM n° 324, p. 77).
Les anciens ne déméritent pas : Indochine empoche la Victoire de l'album pop-rock (lire ci-dessus). Idem pour Christophe, avec la Victoire du Concert de l'année. Et Serge Reggiani, à 80 ans, se voit remettre la Victoire d'honneur 2003 par Carla Bruni, autre italophone de talent…
Enfin, héros du jour, Renaud, revenu de loin après des années de dépression et d’alcool, remporte trois Victoires : artiste interprète masculin, album chansons-variétés et chanson de l’année pour « Manhattan-Kaboul », en duo avec la chanteuse belge Axelle Red…
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