Le programme d’enseignement bilingue mis en place par le Gouvernement de la ville de Buenos Aires, né de fortes volontés politiques, répond aussi à une demande sociale dans le domaine des langues étrangères. Ces dernières constituent des outils qui vont permettre aux enfants de mieux comprendre un monde globalisé où la technologie et les relations internationales deviennent prioritaires.
Objectifs et contenus explicites
Le projet a démarré en 2001 dans les premières années de l’école primaire (CP) de douze écoles publiques de la ville de Buenos Aires (22 aujourd'hui), comme un défi de démocratisation du savoir. Les trois écoles qui ont été attribuées au français (les langues choisies ont été l'anglais, le français, l'italien et le portugais) sont des établissements qui fonctionnent dans des quartiers populaires de la ville de Buenos Aires : l'École N° 3 (Distrito Escolar N° 20) à Liniers, l'École N° 7 (Distrito Escolar N° 6) dans le quartier de San Cristobal et l'École N° 19 (Distrito Escolar N° 7) dans le quartier Villa Crespo. On a choisi des quartiers défavorisés dont les communautés n’auraient jamais pu accéder à une éducation bilingue sans l’aide des pouvoirs publics.
Le programme prévoit, pendant les trois premières années de l'enseignement primaire (enfants de 6, 7 et 8 ans), un horaire intensif d'apprentissage, à raison de huit heures hebdomadaires réparties sur quatre jours (lundi, mardi, jeudi et vendredi), le mercredi étant consacré à la rencontre des enseignants avec le coordinateur. Cette réunion est l'occasion de mettre en commun des expériences, de réfléchir sur les démarches et d' établir une progression qui tient compte de celle de la langue maternelle. Les outils pédagogiques pour ce type nouveau d'apprentissage sont élaborés progressivement aux cours de ces réunions grâce aux recherches et aux apports de chacun.
Le but de cette éducation bilingue est de donner aux apprenants, non seulement un outil de communication mais aussi un moyen d'accès au savoir. Le passage de la langue communicative à la langue véhiculaire du savoir se veut graduel.
Dans ce premier niveau fondé sur la communication orale, les activités ludiques, les activités de créativité et les activités disciplinaires permettent de manipuler la langue dans un réseau d'interactions dans la vie scolaire et sociale de l'enfant. Au travers des différents rituels (l'appel, la date, la météo...), l’enfant prend confiance, se rassure, prend des repères dans l’espace et dans le temps, apprend à vivre et à comprendre son appartenance au groupe social et à communiquer avec les autres.
Dans la classe de français, on joue, on chante, on danse, on colorie, on imite, on écoute des contes, on dramatise... mais on lit et on écrit aussi. Bien qu'il s'agisse d'une étape de sensibilisation à la langue étrangère au travers de l'oralité, il nous a semblé que le passage à l'écrit doit aussi se faire au cours de la première année d'apprentissage, d'autant plus que c'est l'année « primer grado » (CP), où les enfants apprennent à lire et à écrire dans leur langue maternelle. Peu à peu, tout au long de l'apprentissage, la langue 2 servira à renforcer l'apprentissage de quelques disciplines abordées en langue maternelle. La langue seconde, langue de communication au début, devient ainsi langue véhiculaire de savoirs.
De plus, on essaie toujours de faire un travail d’articulation, de synergie entre enseignements en espagnol et enseignements en français.
Des mesures d'accompagnement significatives
À la valeur communicative et d'apprentissage d'une formation bilingue, on peut ajouter aussi la valeur formatrice, comportant des objectifs socioculturels visant le citoyen de demain. L’enseignant, en tant que médiateur culturel, favorise le contact de l’enfant non seulement avec une langue autre que sa langue maternelle, mais aussi avec une culture qui enrichit son esprit.
Reflet des pratiques sociales, la langue est aussi un instrument de diffusion des valeurs. À partir de ce concept, le travail des règles de vie avec les enfants crée un lien entre ce qui se passe à l’école et à la maison. En devenant élève, l'enfant de 6 ans qui arrive à l'école doit découvrir et respecter les règles d'interaction scolaire et sociale.
Les sections bilingues travaillent ainsi selon trois principes : l’autonomie, la responsabilité et la solidarité.
Les outils pédagogiques pour ce type d’apprentissage sont créés progressivement au cours des rencontres des enseignants avec la coordination, grâce aux recherches de chacun et à l’attribution de matériel pédagogique, livres, albums, CD, cassettes audio et vidéo par le Service de coopération et d'action culturelle de l’ambassade de France.
En 2002, le Secrétariat à l’éducation du Gouvernement de la ville de Buenos Aires a créé un Centre de Ressources dans le but de soutenir le développement du projet et de développer un espace d'interaction avec les autres langues enseignées. Ce centre crée du matériel pour les écoles et participe activement aux pratiques de classes (lecture de contes et albums, activités ludiques , etc.). L'enseignement bilingue est assuré par des enseignants diplômés dans les Professorats FLE de la ville de Buenos Aires et recrutés à partir d'un stage de formation.
Dans le cadre d'une convention entre le Service de coopération et d'action culturelle de l’ambassade de France et le Secrétariat à l'éducation de la ville de Buenos Aires, ce programme reçoit des soutiens sous diverses formes : on notera, par exemple, la participation d'assistants français dans les classes, des missions de formateurs, la participation d'assistants français, des missions de formateurs français spécialistes du français précoce, la mise en place de stages pédagogiques en France et en Argentine pour les formateurs et les enseignants et l'attribution de matériel pédagogique. Il convient d’ajouter à cette liste le projet de travail et de coopération entre l'Alliance Française de Buenos Aires, le Lycée français Jean-Mermoz de Buenos Aires et les écoles bilingues de Buenos Aires.
Les parents aussi…
Signalons enfin que la réception de l'apprentissage d'une langue étrangère chez les familles a été fort satisfaisante. Accueillie avec joie et curiosité, la langue 2 a servi de lien entre les enfants de toutes les écoles et les familles, grâce aux cahiers de vie, à la correspondance scolaire, aux rencontres, aux festivals et surtout aux cours de français donnés par les enseignants aux parents désireux de partager avec leurs enfants la nouvelle langue…
Cristina Rodríguez, inspectrice
Mariana Arbo, enseignante
Luis Vallejo, coordinateur
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