À la différence de Youssou N'Dour, Salif Keita ou Mory Kante, tous francophones, Geoffrey Oryema est originaire d'un pays d'Afrique anglophone. Il lui a donc fallu faire l'apprentissage d'une langue qui n'était pas la sienne lorsqu'il est arrivé en exil en 1977. D'abord établi en Normandie (il a deux enfants d'une jeune femme originaire de cette région de France), Oryema réside depuis six ans à Paris. Il n'est jamais retourné dans son pays natal depuis son départ précipité, caché dans le coffre d'une automobile. « Je ne pourrais plus vivre ailleurs qu'en France, ce pays m'a tendu les deux bras… Je lui dois quelque chose, c'est sans doute la raison pour laquelle je commence à écrire des chansons en français », raconte-t-il en évoquant l’enregistrement de son prochain album.
Geoffrey Oryema naît en 1953 à Soroti, dans l’Est de ce qui est encore le royaume de Bu Ganda. Il est issu de la noblesse acholi, une ethnie qui prend les rênes de l’armée nationale ougandaise après l’indépendance du pays, en 1962. Sa famille s’installe à Kampala, la capitale. Ses parents appartiennent à la nouvelle élite intellectuelle et le plongent très tôt dans la culture traditionnelle : il est entouré de nombreux poètes, conteurs, musiciens. Adolescent, Oryema se plonge dans la culture rock anglo-saxonne, qu’il découvre dans les meilleurs lycées de la ville, aux côtés de la jeunesse expatriée américaine et britannique, tout en continuant à s’initier à la flûte, au lukeme (le piano à pouces) et à la guitare.
Geoffrey Oryema songe d’abord à se lancer dans le théâtre, inspiré notamment par Brecht et Grotowski. Mais le contexte politique se durcit. En 1971, Idi Amin Dada prend le pouvoir : « Nous devions vivre au jour le jour avec, sous nos yeux, ce qui se passait dans la rue. Au vu et au su de tout le monde, des gens étaient abattus ou enlevés. ». Cette descente aux enfers trouve son apogée en février 1977, lorsque son père, devenu ministre de l’Eau et des Ressources, disparaît mystérieusement dans un accident de voiture, un assassinat maquillé. Oryema, alors, s’exile à Paris. Après avoir multiplié les petits boulots, ses premières maquettes de disques tombent dans les oreilles des programmateurs britanniques du Womad, le premier festival de musiques du monde, initié par Peter Gabriel. Oryema enregistre, dans la foulée, en 1990, son premier album, Exile, qui lui permet de s’installer parmi les meilleurs vendeurs du label de Peter Gabriel, Real World.
En 1994, Beat The Border, second disque, élargit encore un peu plus son audience. En 1997 paraît le troisième opus, Night To Night, hanté par les fantômes des Stones, des Shadows et de Roxy Music. Mais cet album trouve moins son public que les précédents : trois ans plus tard, changement de maison de disques et sortie de Spirit chez Sony. L’artiste ougandais y entame une douce rupture avec les accents obstinément mélancoliques des premières productions qui faisaient voir en lui une sorte de Leonard Cohen africain. Avec Spirit, Geoffrey Oryema affiche son goût pour la pop anglo-saxonne. Aujourd’hui, il publie un florilège de sa carrière, dans le cadre d'une collection intitulée « L’Afrique essentielle ». En attendant un retour avec un album studio, prévu pour courant 2003…
CD : Best of (Wrasse Records/ Saint George/ Sony).
Edmond Sadaka Radio France Internationale
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