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Texte de l'article
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Annexe 1
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Annexe 2
Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire de la Hongrie, l’enseignement des langues et des cultures étrangères a toujours occupé une place privilégiée dans la hiérarchie des valeurs… Le premier roi, Saint Étienne, qui reçut en l’an mil la Sainte Couronne du pape français Sylvestre II, recommandait-il ainsi à son fils de réserver une place d’honneur aux conseillers étrangers de son entourage, affirmant que le
regnum unilingue était une faiblesse…
Depuis le XVIIIe siècle, la tradition des internats imposait une langue étrangère comme unique langue de communication, au-delà de son utilisation comme langue d’apprentissage. Cette langue était le plus souvent le français. Cette tradition a perduré jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Mais, en 1948, l’État a rompu avec cet enseignement bilingue.
Près de quarante ans plus tard, la dictature, devenant de plus en plus molle sous la pression des réalités économiques, adopte en 1985 une loi permettant la redécouverte de l’enseignement bilingue élitiste abandonné. Mais il était hors de question de renouer ouvertement avec les traditions, taxées de nationalistes et réactionnaires. On va donc puiser dans l’expérience bulgare qui – dès les années 1950 – fonctionnait à merveille dans le contexte du « socialisme réalisé ».
La voie royale de « l’Ancien régime »
Sur le modèle bulgare, on crée donc quatre sections avec le russe comme langue 2, trois avec l’anglais, trois avec l’allemand, deux avec le français, une avec l’espagnol, une avec l’italien.
Après un concours très sélectif passé à la fin des études primaires et générales de l’époque, les élèves doivent effectuer une année dite « zéro » de mise à niveau linguistique (20 heures par semaine de langue 2) et ils commencent ensuite leurs études secondaires, mais en apprenant une bonne partie du programme hongrois dans la langue 2, la langue cible… (physique, mathématiques, biologie, histoire, géographie).
Il est bien difficile aujourd’hui de percevoir l’effet de cette innovation pédagogique sur les acteurs et le public concerné, après quarante années de dictature…
Les manuels hongrois sont traduits en langue cible, les élèves « reçoivent » des professeurs natifs, les échanges avec les partenaires étrangers font partie du système… Les professeurs bénéficient à souhait de stages à l’étranger et, sur le compte de l’État, ils se retrouvent régulièrement et pourront créer des liens personnels et professionnels en tant qu’organisateurs d’échanges scolaires.
Ces professeurs auront des élèves de choix, puisque sélectionnés, ils travailleront avec des effectifs réduits (classes divisées pour les cours en langue française). Ils passeront du statut de vulgaire employé de l’État à celui de privilégié. Les autorités locales considèrent comme un honneur de pouvoir accueillir de telles sections. Elles construisent des maisons ou appartements luxueux (pour les conditions de l’époque) afin d’accueillir « dignement » les natifs, et font tout pour héberger convenablement les professeurs hongrois bilingues de toutes tranches d’âge, venus de tous les coins du pays.
Mais pourquoi avoir retenu ce modèle pédagogique plutôt qu’un autre ?
Démarrer au secondaire était le plus économique et le plus souple. Certes, deux arguments majeurs étaient avancés pour introduire l’enseignement bilingue au niveau des écoles primaires et « générales »: l’argument didactique de la plus grande efficacité de l’apprentissage des langue à cet âge, d’abord, et la forte demande venue du public, ensuite… Mais pour le français surtout, avec peu d’effectifs, les problèmes d’orientation vers différents types de lycées auraient été difficiles, et trop coûteux…
La structure « zéro » + 4 est la conséquence logique du choix précédent : puisqu’on ne démarre qu’au niveau des quatre années du secondaire, on « remplace » la formation linguistique précoce par une année entière très intensive. De cette façon, les établissements secondaires qui choisissent l’enseignement bilingue sont autonomes et efficaces…
D’autant que le concours d’entrée, très sélectif, ne comporte pas d’épreuves dans la langue cible : les lycées recueillent ainsi une population homogène de très bons élèves… Les concepteurs du système vont même plus loin : pour assurer l’égalité des chances, ils proposent un concours unique au niveau national, organisé au même endroit pour toutes les sections bilingues. Les milliers de candidats (accompagnés de leurs parents tout aussi émus) déferlent donc dans la capitale dans l’espoir d’obtenir une des quelque 500 places offertes. Ils sont dix fois plus nombreux. Ils passent trois épreuves écrites : mathématiques, langue et littérature hongroises. Les lauréats sont classés, et les meilleurs peuvent choisir la langue cible de leur choix (l’allemand et l’anglais sont les plus choisies).
Il reste que, très vite, les problèmes de choix et de formation des personnels enseignants se posent ; mais le partenariat avec la France (l’envoi de détachés, la participation du CIEP de Sèvres), l’énergie et le militantisme des professeurs font que le démarrage de ces sections est vécu avec enthousiasme.
Les « turbulences » des années 1990
Mais le vieux système agonise, et la « lune de miel » de l’enseignement bilingue va prendre fin. La République populaire de Hongrie redevient République tout court, et suit la longue et douloureuse procédure de privatisation sauvage, puis réglementée ; bouleversement du marché du travail, apparition du chômage, de l’inflation ; les évolutions sont imprévisibles, y compris pour le système scolaire : le ministère archi centralisé cède la place à l’autonomie locale. L’enseignement des langues est également bouleversé : en trois ans, le nombre d’élèves apprenants l’anglais passe de 250 000 à 975 000, le russe s’effondre. L’enseignement bilingue, en état de gestation, cesse brusquement d’être l’enfant gâté du système. Des écoles privées réapparaissent, deviennent de plus en plus nombreuses. Les manuels scolaires (traduits pour l’enseignement bilingue) deviennent définitivement désuets. Plus que jamais, la stabilité du corps enseignant est le garant de la cohérence du cursus bilingue. Dans ce contexte, il va de soi que les écoles ayant des sections bilingues essaient de se protéger : ainsi elles créent, dès 1991, l’Association des écoles bilingues (AEB), présidée par Mme Vamos, universitaire qui soutiendra contre « vents et marées » l’existence et le développement de ces sections.
Mais les soutiens financiers manquent de plus en plus. Pourtant, et c’est ce qui va sauver l’enseignement bilingue, la demande sociale pour ces cursus est de plus en plus forte et, finalement, d’autres établissements ouvrent des sections, mais sans orientations pédagogiques claires, malgré les efforts de l’AEB.
En 1999, suite à l’université d’été de Sophia-Antipolis rassemblant des participants de sections bilingues de toute l’Europe, un colloque est organisé à
Paszto, consacré à l’analyse de la situation de ces sections en Hongrie. Un « parlement » des élèves bilingues voit le jour, qui se transforme en association, le ministère promet de nommer un coordinateur pour l’enseignement bilingue, on prévoit de créer un « centre pédagogique »… Promesses vaines. En réalité, le soutien de ces sections provient des partenaires étrangers, privés ou publics. Pour les sections bilingues francophones (les seules qui soient toutes insérées dans l’enseignement public), les soutiens proviennent essentiellement de l’Institut français de Budapest et du Conseil général des relations internationales de la communauté française de Belgique.
Les évolutions récentes
Suite au colloque de Paszto, l’Institut français met en place un projet de trois ans, visant le développement méthodologique des sections francophones : mise en commun de documents pédagogiques, ateliers de concertation, production de nouveaux documents pouvant servir à la rédaction de futurs manuels (coordination confiée au CIEP de Sèvres). À l’heure actuelle, ce projet arrive à son terme, et on devrait disposer bientôt de documents dans diverses disciplines.
De plus, une coopération européenne (Lingua 2) s’ouvre actuellement, et devrait déboucher sur des productions de cédéroms pour toutes les matières, utilisables en Hongrie et en Pologne.
Par ailleurs, et très récemment, une nouvelle génération de sections francophones apparaît. Elles ouvrent leurs portes dans des villes universitaires qui étaient jusqu’alors dépourvues de ces sections, mais également dans des lycées professionnels. Nous en sommes à onze sections.
Enfin, soulignons le développement de filières universitaires francophones (sciences de l’ingénieur, droit, économie et gestion, sciences agraires) qui permettent naturellement aux bacheliers bilingues de continuer des études supérieures en français sans quitter la Hongrie.
Dans le contexte actuel, on peut se demander si l’heure n’est pas venue de créer des sections francophones au niveau de l’enseignement primaire. Les obstacles mis en avant voici dix ans sont sans doute moins forts si les sections secondaires continuent à se multiplier, mais encore faut-il que la demande sociale soit forte…
De fait, après quinze années, et compte tenu de ces évolutions récentes, les conditions de la création d’un « bureau d’expertise de l’enseignement bilingue » sont maintenant réunis…
La logique « chronologique » de ces propos ne permet pas de parler des problèmes de contenu, de méthode ni de la modification profonde de la « philosophie » de ces sections, tout au long de ces quinze années…
Ayant depuis longtemps oublié le contexte initial des « deux mondes voués à une cohabitation éternelle », la formule bilingue hongroise se métamorphose au banc d’essai de notre intégration européenne.