L’un des slogans de Radio France Internationale est « préserver la diversité linguistique ». Votre radio entend aussi montrer que « d’autres points de vue existent ». Ces mots nous intéressent…
Il est vrai que, par définition, une langue, avec ses concepts, sa syntaxe, véhicule une certaine approche des réalités du monde. La diversité linguistique est donc la condition indispensable de la diversité culturelle et de la diversité des approches du monde. Les meilleurs représentants de la culture européenne des XVIIIe, XIXe et du début du XXe siècle l’ont montré… Stefan Zweig était trilingue, et même quadrilingue avec le yiddish.
Pour ce qui nous concerne d’encore plus près, il est évident que l’on ne traite pas de la même manière l’actualité internationale entre l’agence Reuter, la BBC, l Agence France-Presse et RFI. Ces manières de couvrir les événements du monde ne sont pas concurrentes, elles sont complémentaires. En Amérique latine ou en Asie, on voit bien se dessiner cette situation de complémentarité : quand les habitants ont d’autres points de vue exprimés dans d’autres langues, quand ils entendent des modes de traitement différents de ceux des pays anglo-saxons, ils en retirent une meilleure compréhension.
RFI, d’après la loi du 1er août 2000, « diffuse le point de vue français partout dans le monde ». Mais elle diffuse aussi, semble-t-il, une meilleure connaissance des pays du monde dans les autres pays du monde…
Cette vision croisée de l’actualité internationale, c’est sans doute ce qui caractérise le plus RFI par rapport à d’autres médias internationaux. Parce que nous veillons à ce que les points de vue de tous les pays soient donnés. Par exemple, il n’y a l’équivalent dans aucune autre grande radio ou télévision internationale du magazine « Médias d’Afrique », qui vise à retransmettre ce que les médias africains, dont on ne parle jamais, pensent de l’actualité internationale…
Vous avez le projet, en 2003, d’émettre une semaine depuis chacun des dix pays qui vont adhérer à l’Union européenne…
Nous allons effectivement consacrer des événements culturels et journalistiques à chacun de ces pays, du moins ceux où nous disposons de relais 24h. sur 24… La forme de ces événements sera très classique, mêlant des reportages sur l’actualité politique, économique, sociale, de ces pays, et des émissions sur place : culturelles, sur la langue française, dialogue avec les auditeurs… La troisième composante sera un événement musical autour de la promotion des nouvelles musiques de l’Europe, centrale ou orientale, en compagnie d’un groupe ou d’un DJ français… Je tiens à souligner que ce travail sera toujours fait en étroite collaboration avec les Alliances françaises ou les Centres culturels français de ces pays…
Où en est le projet d’une grande chaîne télévisée française d’information continue ?
Au stade de la réflexion… L’Assemblée nationale française a décidé la création d’une mission parlementaire pour y réfléchir. Et le ministère français des Affaires étrangères a confié une mission à l’ancien Président de Canal France International, Philippe Baudillon, pour faire le point sur les projets existants.
Pour ce qui me concerne, j’ai continué à rendre plus concrets nos projets de chaîne d’information, complémentaire de TV5 : je crois que la francophonie, comme le monde anglo-saxon, a droit à deux chaînes, l’une généraliste et l’autre d’information… Cette chaîne en français doit être conçue, dès le départ, pour être déclinable dans quelques langues étrangères… En particulier l’arabe : ce pourrait être un contrepoids utile à des chaînes très excessives qui existent dans le monde arabe et dans l’émigration… Et puis aussi l’anglais, parce qu’il faut que les rédactions du monde entier puissent rendre compte de notre vision du monde…
Enfin, le contenu même de ce projet doit être une alternative aux autres chaînes internationales en matière d’analyse de l’actualité et, simplement, d’originalité des images diffusées…
Qu’y a-t-il de neuf du côté des cours de français de RFI (cf. FDLM n° 321, pp. 29-30) ?
Je voudrais mieux faire connaître aux enseignants les efforts que nous avons faits en matière de page spéciale pour l’enseignement du français sur notre site internet 1 : utilisation de sons repris des journaux et des émissions de RFI, exercices, interactivité… De manière plus générale, nous tentons d’apporter des outils à l’enseignement dans plusieurs directions : d’abord les rubriques et les émissions, comme Parler au quotidien ou La danse des mots, mais aussi et surtout notre Journal en français facile, qui vise à être explicite dans le fond et dans la forme. Quand un mot qui n’est pas de base ou un sigle sont utilisés, ils sont toujours explicités. Tout élément d’information un peu complexe est resitué dans son contexte, dans son historique. Le débit aussi est plus lent, mais sans être choquant. Et j’ai voulu que ce journal soit maintenant diffusé à un horaire plus accessible : 21 h. T. U.
Je voulais enfin signaler que notre service Langue française a profondément amélioré les CD d’enseignement du français destinés aux radios étrangères pour les rendre plus accessibles… Un dernier message : plus nous avons de retours sur nos émissions, plus nous pouvons les améliorer. Alors, que vos lecteurs n’hésitent pas à nous contacter 2…
Propos recueillis par Jean-Claude Demari
Notes
1. http://www.rfi.fr/fichiers/langue_francaise/index.asp
2. Service des relations avec les auditeurs : http://www.rfi.fr/Fichiers/dialoguer/Questions/question.asp
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