« Je m’iiiisole/ Je cherche quelque chose/ Raisonne » : à partir de mai 2001, la France est tombée amoureuse d’une drôle d’histoire, celle d’un chanteur trentenaire qui donnait vie, avec une grande justesse, à une allégorie de l’adolescence révoltée… Derrière voix et mélodie tournaient des guitares acoustiques et un quatuor à cordes. Résultat : Aston Villa (en deux mots à l’époque, comme le club de foot anglais) a emmené l’album acoustique dont était issu ce titre, « Raisonne », jusqu’à des sommets insoupçonnés, avec des dizaines de milliers de disques vendus.
Aston Villa en acoustique ? Qui l’aurait cru en janvier 1994, dans l’ambiance surchauffée d’une célèbre salle de la banlieue sud de Paris, où le tout nouveau groupe donnait son premier concert en première partie de mythiques Écossais, The Silencers, avant de s’afficher aux côtés des punks français, Pigalle et les Wampas ? Qui l’aurait cru au tournant de l’année 1996, quand parut leur premier album, Bonne nouvelle, classé « métal » ? Qui l’aurait cru, enfin, en juin 1999, quand retentit le nouveau son, plus électronique, du groupe, sur Extraversion, leur second album ?
Explication : « En 2000, alors que notre seconde maison de disques venait de fermer ses portes, nous avons eu l’idée d’autoproduire un petit « live » de nos anciens titres, enregistré en acoustique, et de l’offrir autour de nous. Nous avons voulu sortir ce disque pour montrer que le groupe existait encore. Nous étions loin d’imaginer qu’un an après… » Frédéric Franchitti, chanteur et pilier d’Aston Villa, laisse sa phrase en suspens mais ses yeux rêveurs en disent long sur la revanche méritée qu’Aston Villa a prise sur le sort.
En ses débuts, l’histoire est celle de tous les groupes lycéens : rencontres de hasard et d’amitié. C’est en août 1969 que naît Frédéric Franchitti, à Villeneuve-Saint-Georges, en banlieue parisienne, dans une famille d’origine italienne. Il fréquente le Conservatoire, section piano, et joue dans son premier groupe à 13 ans… C’est au lycée d’Ivry qu’il rencontre Hocine, dit Hoss, guitariste. Janvier 1994 : naissance d’Aston Villa et premier concert. 1995 : Aston Villa signe chez une multinationale, BMG, sort son premier album et aligne deux cents concerts en deux ans, dont les premières parties de ZZ Top, Joe Cocker ou Deep Purple…
Arrive l’époque des « boys bands » : Aston Villa, viré. Qu’importe : le groupe rebondit dans un plus petit label et sort son second album, Extraversion : « L’âge d’or », « Commun coma » et « J’en rêve » montrent que ce groupe sait écrire de vrais textes. Re-manque de chance : leur seconde maison de disques est démantelée par Sony en 2000… C’est leur projet de « live »-bouteille à la mer qui les sauve : grâce à lui, Aston Villa trouve son troisième label. Et « Raisonne » passe dans toutes les radios en 2001…
Aujourd’hui, le quatrième album d’Astonvilla (en un seul mot désormais), Strange, reprend l’histoire là où l’avait laissée Extraversion : grosses reprises de guitares et bidouilles électroniques. Mais il fallait aussi aller vers la complexité, là où l’on peut penser aux Innocents : orchestration soignée et textes insaisissables, comme dans « Strange » ou dans « Slow food », où une pléiade d’artistes, dont Bashung, récite la carte du cuisinier Pierre Gagnaire sur une rythmique en boucle… Cerise sur le millefeuille, « Prière », meilleur morceau de l’album : « Elle se consume, ma Gitane/ Me refait sa guerre d’Espagne. » La voix est grave, l’accompagnement acoustique et les cordes de bon aloi. Astonvilla commence à réussir là où on ne l’attend pas. C’est la marque des grands.
CD : 2001 – Live acoustic (Naïve) ; 2002 – Strange (Naïve).
Jean-Claude Demari
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