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Abouna, notre père



Un film de Mahamat-Saleh Haroun

Mars-avril 2003 - N°326


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Cinématographiquement parlant, l’Afrique Noire est diversement pourvue. Le Burkina Faso est fortement représenté par des réalisateurs aussi divers que Gaston Kaboré, Idrissa Ouedraogo et Dani Kouyaté. Le Mali, lui, s’est imposé au monde avec Souleyman Cissé ou Cheick Oumar Sissoko (devenu depuis peu ministre de la Culture de son pays). La Côte d’Ivoire possède le plus prolifique des metteurs en scène du continent, Henri Duparc, le Congo, le plus vindicatif, néanmoins talentueux, Balufu Bakupa-Kanyinda, le Bénin, le plus énergique, Jean Odoutan (voir brève ci-contre). Du Cameroun on retiendra Jean-Marie Teno et Bassek Ba Kobbhio (créateur des Écrans Noirs de l’Afrique de l’Ouest, dont vous a déjà entretenu le FDLM). Quant au Sénégal, il a vu naître le plus génial d’entre tous, malheureusement décédé, Djibril Diop Mambety, et il abrite toujours le doyen des cinéastes africains, Sembène Ousmane.
C’est du Tchad que nous vient celui qui va occuper le restant de ces lignes, Mahamat-Saleh Haroun. En deux documentaires, trois courts métrages et deux longs, il a réussi à faire exister une nouvelle cinématographie, celle d’un pays plus enclin à faire la une des journaux par ses problèmes que par ses créations artistiques. L’homme, 42 ans, visage doux, yeux rieurs, suit les cours du Conservatoire Libre du Cinéma Français avant de faire un détour par le journalisme. Mais ses premières amours sont les plus fortes et il revient aux images animées… Ce qu’on ne saurait lui reprocher tant son œuvre, si jeune soit-elle, dégage un univers propre et est porteuse d’un réel savoir-faire.
Deux frères, donc, Tahir, 15 ans, et Amine, 8 ans, apprennent un matin que leur père a quitté le foyer sans une explication. Déboussolés par ce départ qui ressemble à une fuite, les enfants entament une longue errance à travers la ville, qui les mènera jusqu’au cinéma où ils croiront voir leur père sur l’écran. Pour le garder avec eux, ils voleront les bobines, s’exposant à de terribles représailles. En effet, lassée de leurs bêtises, leur mère les expédie, au loin, étudier dans une école coranique fort stricte. Dès lors, Tahir et Amine n’auront plus qu’une seule idée en tête : recouvrer la liberté.
Dans son film, Haroun pointe du doigt plusieurs sujets sensibles : l’abandon, la perte des repères fondateurs, les responsabilités imposées aux filles aussi bien qu’aux garçons alors qu’ils sont encore bien petits, l’enseignement donné par certaines écoles coraniques, qui laisse vraiment à désirer… Plus positivement, il s’interroge aussi sur le septième art comme moyen de développement : « Le cinéma, pour des pays comme le mien, peut même être constitutif d’une identité. C’est avec le rêve qu’on se construit un monde pour dépasser sa propre réalité : ce rêve n’est pas une évasion, c’est un rêve utile ». Tout cela, porté par une mise en scène élégante où les couleurs sont habilement filmées, les cadres savamment étudiés, les acteurs intelligemment dirigés, la musique subtilement utilisée, concourt à donner une œuvre harmonieuse, unique…


Bérénice Balta
Radio France Internationale




À voir

Heremakono, d’Abderrahmane Sissako
Étalon de Yennenga (plus haute distinction) au 18ème FESPACO de Ouagadougou
Abderrahmane Sissako, comme son collègue Mahamat-Saleh Haroun, qu’il a produit, est unique. Formé à l’école de Moscou mais travaillant en France, le cinéaste mauritanien a développé un ton propre et, parfois, déroutant. Son style ? Une économie de mots, une grande poésie, un temps alangui, des images épurées, l’utilisation de métaphores. Dans son nouveau long-métrage, Heremakono, en attendant le bonheur, Sissako s’arrête sur l’exil et les relations Sud-Nord à travers un personnage qui ne comprend pas sa propre langue, Abdallah.
Venu retrouver sa mère à Nouadhibou, terminus au bord de l’océan au nord-ouest de la Mauritanie, d’où le rêve d’Europe semble accessible, Abdallah observe le ballet incessant des hommes et des femmes de cette petite ville. Il y a ceux qui cherchent à partir, coûte que coûte, au péril de leur vie s’il le faut, ceux qui n’y ont jamais pensé et qui s’accommodent de leur existence… Il y a un enfant, aussi, espiègle et encore insouciant. Parfois, le rythme est cassé par un corps rejeté par la mer. Le réalisateur ne donne pas de leçons ni de réponses : il filme simplement une histoire aride, triste et surtout très belle…
B. B.



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