« Etre Européen c’est partager et échanger tout en gardant sa culture, ses traditions et ses religions. » Vous avez été nombreux à partager cette opinion de Nadia Groba, enseignante de français en Turquie. En effet, vous considérez qu’il existe, au-delà des caractéristiques géographiques, historiques et politiques, un ensemble de valeurs proprement européennes qui réunissent le « peuple européen ».
De Brest à l’Oural…
D’après Katerina Bavorova, professeur tchèque de FLE résidant en Angleterre, « il faut se rendre compte qu’il y a deux Européens de base : un Européen géographique qu’on peut retrouver partout en Europe, de Brest à l’Oural, et l’Européen politique qui n’habite pas, pour le moment, au-delà de la frontière orientale de l’Allemagne. » Certains d’entre vous ont en effet interprété notre première question au sens le plus institutionnel. Caroline Alsac par exemple, enseignante de FLE au Proche-Orient, s’est intéressée au concept politique des Quinze : « un Européen est une personne citoyenne d’un des pays de l’Union ». Mais elle ajoute qu’au-delà de cette définition se posent des questions plus ardues : « Qu’est-ce que l’Union européenne ? Qu’est-ce qui la fonde ? Qu’est-ce qui nous réunit ? »
D’autres entendent l’Europe au sens le plus large, incluant comme Européen tout habitant du continent. Ghemired Tayeb, professeur de français au lycée Ben Badis, en Algérie, s’interroge sur l’avenir de l’outre-mer : « Que deviennent les habitants de pays rattachés aux pays de l’Union européenne ? » Il se demande également si l’on ne devrait pas inclure le Maghreb dans l’Europe…
En ce qui concerne l’histoire de l’Europe, vous êtes plusieurs à considérer une histoire commune comme un facteur identitaire important. Tandis que Sylvia Kötter, élève au lycée Konrad Adenauer à Bonn, en Allemagne, suggère que la culture européenne « a ses origines dans le christianisme et dans l’antiquité romaine et grecque », Zafer Oter, d’Izmir, en Turquie, est opposé à cette idée car elle incarne pour lui une histoire de l’Europe qui n’est pas universelle.
L’Europe de l’infini
S’il y a une caractéristique commune à vos réponses, c’est l’optimisme que vous exprimez envers l’élargissement de la construction européenne. Tandis que l’Europe centrale et orientale est sur le point de rejoindre une Europe des Vingt-cinq, c’est la Turquie que vous mettez souvent au premier plan en soutenant, comme Nadia Groba, son adhésion éventuelle à l’Union européenne.
« Croire dans la démocratie, dans le progrès et dans la pluralité des voix… Etre pour la paix et pour la recherche de l’harmonie entre les populations de la planète, penser l’environnement comme la maison commune de plus de 6 milliards d’habitants » : tels sont les éléments qui, d’après Massimiliano Carboniero, de l’università degli Studi de Milan, en Italie, définissent un Européen. Pour Lydia Rossille, professeur de FLE en Slovaquie puis en Équateur, « le citoyen européen se définit par un souci commun d’adhérer à la Déclaration universelle des droits de l’homme. » Tandis que plusieurs d’entre vous partagent ce point de vue, Eric Girard, d’Ankara, ajoute qu’être européen c’est également « cette capacité, cette inclination à s’extraire de sa culture, de sa religion et de sa civilisation pour en découvrir d’autres »… Pourtant, l’idée qu’il existe un ensemble de valeurs proprement européennes est remise en question par Sylvia Kötter, de Bonn : « Les valeurs comme la dignité humaine, les droits de l’homme, la démocratie et la tolérance ne sont-elles pas universelles pour chaque nation, européenne ou pas ? »
Quel rôle pour l’école ?
Vos courriers décrivent le rôle de l’école dans la construction européenne comme « une nécessité », quelque chose de « fondamental », d’« essentiel »… Nous avons été particulièrement intéressés par une série de réponses d’élèves envoyée par Birgit Tramnitz, professeur au lycée Konrad Adenauer de Bonn. Selon Kirsten Schäfers (19 ans), « le plus important pour la construction européenne est l’éducation des adolescents. L’idée de l’Union doit être répétée dans presque chaque matière pour que tous les élèves en soient convaincus. » Franka Kolz, elle, voit l’école comme lieu où « l’on abandonne sa petite position limitée nationale » et où l’on apprend à s’intégrer dans la structure européenne. Pour la plupart de ses camarades, c’est l’éducation linguistique et les échanges culturels qui importent le plus. « L’école, souligne Anna Zapotocka, élève polonaise de Bonn, apprend les langues étrangères aux élèves et elle favorise les séjours linguistiques et les rencontres entre pays européens, pour promouvoir la communication et la compréhension entre les différentes nations et cultures européennes. Elle aide à éliminer les préjugés qui existent encore. »
Mais attention, nous avertit Eurydice Brokalaki, de Grèce : « L’Europe c’est bien, elle nous aide à faire beaucoup de choses, mais chaque peuple est particulier. Et il ne faut jamais mettre en danger cette particularité… »
Edwina Dunn
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