Les lycées bilingues franco–tchèques ne proposent pas de formation purement linguistique, mais une formation à dominante scientifique, doublée d’un excellent niveau en langue française, tant à l’écrit qu’à l’oral. L’originalité de cette formation réside en une double approche pédagogique, une tradition tchèque privilégiant les apprentissages encyclopédiques et une approche française développant les stratégies d’argumentation. On peut aussi qualifier cet enseignement de biculturel.
Un cursus original
Les élèves sont recrutés sur concours. Celui-ci comprend une épreuve de mathématiques, de tchèque et des tests psychologiques. La connaissance du français n’est pas exigée pour s’y présenter. Le cursus des sections bilingues est de six années (contre quatre pour le cursus tchèque). Les élèves sont recrutés après la classe de 7ième de l’enseignement fondamental (fin de 5ième française). Pendant les deux premières années, ils terminent leur scolarité obligatoire (9 ans) et apprennent le français à raison de 9 h. par semaine. Les quatre années suivantes, les mathématiques, la physique, la chimie, l’histoire et la géographie sont enseignées en français, sans oublier la langue française comme discipline, qui devient ainsi progressivement langue seconde. En fin de cursus, 11 h. par semaine sont réservées à des séminaires optionnels qui complètent les acquis des élèves en fonction des concours d’admission dans les établissements supérieurs tchèques.
Une cellule de coordination veille au respect des programmes, afin que les élèves des quatre sections présentent un niveau homogène et satisfassent aux exigences de l’examen final. C’est pourquoi, chaque année, tous les élèves sont soumis à des tests identiques, dans les différentes matières enseignées en français.
L’enseignement dans ces sections bilingues exige des professeurs un très fort investissement. Un travail d’équipe est indispensable au sein de chacune des sections et entre celles-ci. Les professeurs français des lycées bilingues sont actuellement au nombre de neuf et sont chargés d’assister leurs collègues tchèques dans les matières enseignées en français.
Cet enseignement spécifique requiert de la part des professeurs une compétence de haut niveau, c’est pourquoi la formation continue est essentielle. Des séminaires sont organisés sur place et la formation est complétée par des stages en France dits de «pratique accompagnée» pour les professeurs tchèques. Ils ont lieu dans des établissements scolaires jumelés avec nos quatre sections. Les enseignants tchèques débutant dans l’enseignement bilingue partent en formation initiale en France. Les sections sont dotées régulièrement en documentation pédagogique.
Des certifications de haut niveau…
La « maturita » (examen de fin d’études secondaires) est bilingue et identique dans les quatre sections tchèques. Elle sanctionne les mêmes études pour chaque niveau dans les disciplines enseignées en français. Cet examen concilie deux traditions : l’une, française, évalue principalement le raisonnement à l’écrit et reste anonyme pour toutes les disciplines enseignées en français ; l’autre, tchèque, évalue à l’oral quelques disciplines au choix de l’élève et on y privilégie le savoir encyclopédique.
À l’issue de la 5ième année d’études, les élèves passent les épreuves anticipées de tchèque et de français, écrites et orales. En 6ème année, tous les élèves passent une épreuve écrite en mathématiques et deux autres épreuves écrites qu’ils choisissent entre l’histoire, la géographie, la physique et la chimie. Toutes ces épreuves sont rédigées en français. Les candidats sont aussi examinés à l’oral dans deux matières, dans la langue de leur choix.
Le certificat de la maturita bilingue comporte sept notes (quatre pour la maturita tchèque). Les titulaires de cette maturita sont dispensés de l’examen de vérification linguistique, exigé pour les étudiants étrangers candidats à l’inscription en premier cycle des universités françaises. Ce certificat leur donne une équivalence de l’examen d’état tchèque de français, 2ème degré.
… qui ouvrent d’excellentes perspectives pour les élèves
Il s’agit d’une formation exigeante, d’un enseignement d’excellence et les résultats sont à la hauteur des objectifs : 95 % des élèves des sections bilingues qui souhaitent poursuivre des études supérieures réussissent aux examens d’entrée obligatoires dans les établissements d’enseignement supérieur tchèques (la moyenne nationale est de 50 %). Leur choix se porte plus particulièrement sur le droit, l’économie, le commerce, les sciences politiques, la médecine et les lettres. Ceci confirme le bien-fondé de la conception du cursus bilingue franco-tchèque, qui tend à former des jeunes aptes à devenir des spécialistes francophones dans les domaines les plus divers.
L’existence de filières francophones dans six universités du pays offre à ces jeunes bacheliers la possibilité de poursuivre dans l’enseignement supérieur leur parcours d’excellence dans les domaines de la gestion, de l’économie, du droit, de l’administration publique et des sciences sociales (études européennes). Les six filières rassemblent environ 300 étudiants tchèques par an, dont une petite centaine se voit chaque année attribuer un diplôme universitaire français, en complément du diplôme tchèque de «magister».
Les 1100 anciens élèves des sections bilingues ont créé l’association BILINGUA. Dans leur pays prochainement intégré dans l’Union européenne, ils sont des partenaires précieux de la France. À l’issue de leurs études supérieures, ils sont amenés à occuper des postes à responsabilités au niveau national, tant dans l’administration que dans les entreprises.
Olga Salingerova,
coordinatrice des sections bilingues en République tchèque
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