En ce samedi après-midi pluvieux, le Salon de l’Éducation, qui se tient chaque année à Paris, ressemble à une fourmilière. Professionnels de l’éducation et élèves se pressent autour des stands dans un joyeux brouhaha. Mais un espace est préservé. Une salle doucement éclairée, une scène, des coussins jetés par terre, quelques micros : voilà le décor de la remise des prix de la quatrième édition du concours « Poésie en Liberté ». Né en banlieue parisienne, au lycée Henri-Wallon d’Aubervilliers (aujourd’hui organisateur du concours), son principe est simple : lancer, via l’internet, un appel à tous les lycéens du monde pour qu’ils envoient leurs poèmes en français. Les meilleurs poèmes sont récompensés par niveau (terminale, seconde, première) et en fonction de leur provenance (lycées français ou lycées étrangers, francophones ou non) ; une centaine de textes est publiée dans un recueil.
Littéraire et planétaire
En 2002, 4 000 textes venus d’une soixantaine de pays sont parvenus jusqu’au jury. « En 1998, le concours est né de la rencontre entre une tradition, propre au lycée Wallon, d’enseigner la poésie, et l’engouement pour l’internet. Cette année-là, nous avons reçu 400 textes, seulement en interne ! » raconte Jean-Pierre Cascarino, responsable du concours et professeur au lycée Henri-Wallon. Si Jean-Pierre Cascarino insiste sur l’originalité d’un concours via l’internet, il explique que l’élément déclencheur de son succès a été le partenariat avec un éditeur, Hatier, afin de publier, chaque année, une anthologie. « Le recueil complète l’aspect virtuel du concours : l’idée d’être publié motive les élèves et, le cas échéant, leur procure une grande fierté » explique-t-il.
L’internet apparait ainsi cantonné à son rôle : un moyen efficace de communication (pour recueillir les textes et faire connaitre le concours) face au support papier, principal atout de cette compétition littéraire…
Mais la principale richesse de ce concours est bel et bien le coup qu’il décoche aux critiques à l’encontre de ces « jeunes » qui auraient soi-disant perdu le gout de la lecture et de l’écriture. « Les jeunes aiment les mots », martèle Jacqueline Costa-Lascoux, présidente de la Ligue de l’enseignement, qui co-organise « Poésie en Liberté ». Saluant « les professeurs du monde entier » qui poussent leurs élèves à participer, elle rappelle « qu’il suffit de lire les poèmes [de ces lycéens] qui dénoncent la haine, qui vantent autant la beauté des choses quotidiennes que celle des idées porteuses d’un souffle fraternel, pour comprendre que l’écriture n’est pas passée de mode ».
Poésie de la rencontre
Jack Ralite, le maire d’Aubervilliers, qui apporte un soutien actif au concours, insiste sur la réussite d’une manifestation qui lutte contre « l’assignation à résidence culturelle ». Parmi les membres du jury 2003, une jeune fille vient d’un lycée dit « populaire » de Grenoble ; les lauréats sont également issus de tous les horizons : de Versailles, banlieue chic parisienne, de Bucarest en Roumanie ou encore de Diourbel au Sénégal.
Certains sont sûrs d’eux ou font semblant de l’être, d’autres butent sur leur timidité, mais ces lycéens se retrouvent tous, pour de multiples raisons, autour d’une « envie de poésie ». Une lauréate du concours 2002 avoue avoir été « élevée dans un milieu artistique » ; un participant explique qu’il n’écrit « que pour raconter les choses un peu fortes qui m’arrivent… Au fond, c’est par ras-le-bol que j’écris ». Certains n’écrivent pas et se contentent d’apprécier les poèmes en devenant juré ; d’autres ressentent un vrai besoin d’écriture : « Grâce à cette expérience, j’ai retrouvé la chose la plus importante que j’avais perdue, ou que je n’avais jamais eue : la confiance en moi », raconte Émilie.
Ce samedi-là, dans un coin du Salon de l’Éducation, les poèmes des lycéens sont lus à haute voix par trois comédiens qui leur donnent vie. Applaudissements nourris pour un poème sur la drogue, mais aussi sur l’Algérie ou sur la figure de la mère… La cérémonie se termine. Les lycéens s’éparpillent sans attendre les derniers mots des organisateurs : en toute liberté.
Raphaële Bail
À noter : Les dates du prochain « Poésie en liberté » : du 6 janvier au 7 avril 2003 !
Site : http://www.poesie-en-liberte.org
Contact : La Ligue de l’enseignement, 3, rue Récamier, 75341 Paris Cedex 07
Fax : 01 43 58 97 88 ; mél : poesie-en-liberte@laligue.org
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