Marka, né Serge Van Laeken à Bruxelles un jour de 1961, a sorti il y a quelques mois l’excellent Avant Après, son quatrième album. On ne le trouve, pour l’instant, qu’en Belgique. Les onze titres qui le composent mêlent, avec talent, humour décalé et angoisses existentielles. En tête tourne un reggae décoiffant, « Je parle » : « Je parle flamand/ Je parle françois/ Je parle les deux langues parce que je suis Brrruxellois ! ».
La passion de Marka, qui parle aussi anglais et espagnol, ce sont les langues : ce n’est pas pour rien que son troisième album se nomme L’Idiomatic… Sur chacun de ses disques, au moins un morceau s’intéresse, sourire en coin, à ce domaine : « Cet intérêt me vient de la Belgique : c’est une richesse d’avoir deux langues dans un pays ! Je n’en ai pas une vision idyllique mais je veux, à travers mes chansons, voir le côté positif d’oppositions parfois très dures… » Cette passion amène Marka, en 1999, à rencontrer un autre fou de la langue, MC Solaar, afin de reprendre « Caroline »… Aujourd’hui, Marka chante en scène deux nouvelles chansons signées Solaar, qui attendent d’être enregistrées…
Avant 1995, à Bruxelles, Marka est chanteur et assistant réalisateur au service des sports de Canal + Belgique, après avoir été représentant en instruments de musique… À son actif, il a les succès (anglophones) de son premier groupe, Allez Allez, qui a connu son heure de gloire au début des années 1980 (« African Queen », 1983). Il a aussi la notoriété de son second groupe, nommé Les Cactus en hommage à Jacques Dutronc. Il a, enfin et surtout, un premier album sous le nom de Marka, Je vous dis tout, commercialisé en 1992 en Belgique par le label PIAS.
C'est en 1993, après avoir chanté aux Francofolies de Blagoevgrad, en Bulgarie, que Marka décide d’abreuver les maisons de disques parisiennes de cassettes. Il captive ainsi l'oreille de Didier Varrod, journaliste et directeur artistique... Trois disques suivront, chez Sony : Merci d’avance (1995), L’Idiomatic (1997) et, en public, L’homme qui aimait la scène (1999). Trois albums remarquables, en tension permanente entre bouffonnerie intelligente, réflexion autodérisoire et émotion. Le succès se pointe dès l’été 1995 avec « Accouplés », une mélodie arabisante qui aligne des noms de personnages célèbres unis par la rime (« Jacques Chirac/ Rascar Kapak/ Zineddine Zidane/ Kofi Annan… »). Manque de chance, Didier Varrod quitte Sony – qui rend son contrat à Marka en 1999. Retour à la case départ, Bruxelles… En 2000, Marka tourne dans toute la Belgique francophone avec « À nous deux », une satire de tous les genres musicaux, en duo avec sa femme, la comédienne Laurence Bibot.
Quand on demande à Marka, chanteur à textes francophone, par quel miracle The Clash, le plus charismatique des groupes punk britanniques, a une telle place dans son répertoire (deux adaptations-traductions : « J’ai combattu la loi/ I fought the law » et « Resterai-je ou…/ Should I stay or should I go »), il répond, avec un immense sourire : « Mes influences de départ étaient strictement anglo-saxonnes : j'ai appris à parler anglais avec les Beatles, puis sont venus Clash, les Sex Pistols, Jam, les Buzzcocks... Je ne connaissais rien de Le Forestier ou Véronique Sanson. Car en Belgique on est axé sur le reste du monde, bien avant que ces influences n'arrivent en France.
Pour en revenir au punk, mon affection vient de loin : il a un esprit d’énergie et d’amusement qui me plaît. J’aimerais que mon fils, un jour, joue dans un groupe comme les néo-néo-punks d’aujourd’hui, qui crient et qui sautent partout, tout en sachant que ce n’est pas sérieux. » Pour l’instant, Roméo, le fils de Marka, a neuf ans et il éclaire la pochette de Avant Après. Un superbe album. Pas encore distribué en France…
Jean-Claude Demari
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