L’intégration de documents télévisuels dans la classe au quotidien passe par la définition d’une approche pédagogique cohérente qui place apprenant(e)s et enseignant(e)s en situation de découverte active de la langue. Apprendre, c’est accepter le défi de l’apprentissage, s’entraider avec les autres apprenant(e)s pour surmonter les difficultés. Enseigner, c’est motiver à l’apprentissage, donner le goût du risque, développer avec les apprenant(e)s des projets de découverte de la réalité linguistique. C’est désirer rester au contact avec la langue actuelle, continuer à apprendre. Enseigner, c’est apprendre.
Pour faciliter ce projet ambitieux, TV5 a mis en place la démarche pédagogique « Apprendre et enseigner avec TV5 » en collaboration avec l’équipe du Cavilam et d’autres formateurs et pédagogues. La chaîne a instauré depuis 1996 un véritable dialogue permanent et novateur avec les enseignant(e)s de français dans le monde. Au début 2002, le réseau des affiliés à cette démarche comprend plus de 32 000 enseignant(e)s.
Le dispositif « Apprendre et enseigner avec TV5 » s’appuie sur le site internet de TV5 :
www.tv5.org, une brochure « A et E avec TV5 », une lettre pédagogique mensuelle du Cavilam envoyée à plus de 16 500 enseignant(e)s, une note culturelle du CIEP, l’émission « Paroles de clips » accompagnée de fiches pédagogiques, des suggestions pédagogiques en ligne avec les sites de TV5 sur les « Cités du monde ».
La démarche
1. Mettre en valeur l’apprenant(e) : l’apprenant(e) est impliqué activement à chaque moment de la classe. L’enseignant(e) pose systématiquement des questions auxquelles il existe plusieurs réponses justes et possibles. Il propose aux apprenant(e)s un succession de tâches.
Par exemple, il proposera plutôt l’exercice : « À deux, trouvez le plus de renseignements possible sur la profession montrée dans le document. » que : « À quelle heure commence le travail du cuisinier ? »
2. Découvrir le français d’aujourd’hui : les documents présentés en classe seront les plus récents possible. Le cours sera basé sur une observation de la langue constatée et non uniquement sur une représentation imaginée par des concepteurs de manuels.
3. Exploiter des documents très courts : un document long rend difficile l’exploitation en classe, l’accumulation d’informations se gère mal, de la part de l’enseignant(e) comme de l’apprenant(e).
4. Déclencher l’expression orale et écrite avec des documents télévisuels : la priorité est donnée à l’activité de l’apprenant(e). On ne regarde pas la télévision ensemble, on travaille avec.
5. Identifier d’abord les informations non linguistiques, visuelles et sonores : l’objectif d’apprentissage prioritaire est de mettre en place progressivement par le vécu des stratégies efficaces de compréhension. Comprendre, c’est construire du sens : à partir de ce que l’on comprend, on développe des hypothèses sur ce que l’on comprend moins bien ou pas encore. L’obstacle à la compréhension dans un document télévisuel est souvent le contenu linguistique. Il est donc logique de commencer par prendre conscience des informations non-linguistiques (bruit, musique, intonation de voix, etc.) pour décoder le document.
6. Utiliser le même document pour différents niveaux d’apprentissage : ce n’est pas le document qui définit le niveau, mais la tâche demandée aux apprenant(e)s.
Les débutants sont capables d’identifier des éléments connus à l’intérieur d’un document inconnu. Par exemple : « Quelles marques de voitures sont citées dans ce document ? » ou « Quelles sont les personnes célèbres que vous reconnaissez dans ce bulletin d’information ? »
Au niveau intermédiaire, les apprenant(e)s pourront présenter en langue cible des informations repérées dans le document. Par exemple : « Quels sont d’après ce document les avantages de la profession de commercial ? » Ils pourront exprimer leur opinion ou s’inspirer du document pour élaborer un texte en langue cible. Par exemple : « En vous inspirant du reportage, élaborez à deux un guide du bon vendeur, puis comparez vos résultats avec les autres participant(e)s. »
À un niveau plus avancé, un exercice de compréhension détaillée des aspects linguistiques du document pourra être une des tâches demandées.
Deux exemples d’activités dans le cadre de l’enseignement à visée professionnelle
Activité 1
Document : offres d’emploi présentées dans
Télématin (France 2).
Durée : 1mn30 par document.
Objectifs :
Identifier la structure d’une émission de façon à préparer des exploitations génériques.
Apprendre à exploiter un type d’émission plutôt qu’une émission datée.
A. Quels sont les points communs et les différences entre les deux documents ?
La réflexion des sous-groupes puis la mise en commun ont conduit à faire un constat précis : les deux reportages sont construits de la même façon : présentation de l’emploi, témoignage d’une personne exerçant le métier en question, données chiffrées, contact, etc. Le « conducteur », succession des moments de l’émission, est le même pour tous les reportages présentés dans cette chronique matinale.
La comparaison a permis aux participant(e)s d’identifier un grand nombre d’informations contenues dans les documents présentés.
B. Quelles sont les catégories d’informations proposées dans les reportages sur les métiers présentés ?
Les participants ont identifié les informations suivantes : le profil de personnalité requis, les compétences, le niveau d’études, l’évolution de carrière, etc. Les sous-rubriques identifiées par l’enseignant(e) permettent de diversifier les activités proposées aux apprenants et de diviser la difficulté pour les élèves en ciblant la recherche d’information.
Exemple de consigne : « À deux, complétez le tableau suivant avec les informations que vous avez comprises dans le document :
Profession ? Profil du candidat ? Formation ? etc. »
Exemple de tâches : travailler la lettre de motivation, l’entretien d’embauche, le CV, etc.
Pendant l’exploitation du document, l’enseignant ouvre l’apprenant à la culture cible.
Il amène aussi les apprenant(e)s à réfléchir à leur propre approche du monde du travail.
Par exemple : « Faites une liste de bons conseils pour réussir un entretien d’embauche. »
(Ne jamais dire du mal de son précédent emploi/employeur, etc.) »
Activité 2
Document : Extrait de l’émission
La vie à l’endroit, consacrée au métier de sommelier.
Durée : 2mn30
Objectifs :
Apprendre à réduire la difficulté d’approche d’un document télévisuel en ciblant l’écoute.
Motiver à la compréhension.
A. Quelles sont les questions posées par la journaliste ?
Les participant(e)s ont recueilli des questions posées dès le premier visionnage. En comparant les réponses à deux, ils ont complété leur liste. À la mise en commun, ce sont presque toutes les questions du reportage qui ont été retrouvées par le groupe.
B. En petits groupes, quelles sont les réponses apportées à ces questions par la sommelière du reportage ?
Les participants proposent des réponses possibles.
Puis, on repasse le reportage.
Mise en commun des résultats.
Il s’agit ici d’une découverte progressive du document dans laquelle les participant(e)s sont en permanence actifs.
Récapitulatif des séquences pédagogiques
- Donner une tâche
avant le visionnage.
- Visionner le document sans le son ou avec le son.
- L’apprenant(e) accomplit la tâche.
- L’apprenant(e) compare ses résultats avec une(e) autre participant(e).
Pendant ce temps, l’enseignant(e) passe entre les élèves pour vérifier que la consigne est bien comprise, pour aider à accomplir la tâche, pour expliquer du vocabulaire, corriger la grammaire, améliorer la prononciation. Le professeur se déplace dans l’espace classe. Il n’y a plus d’élèves derrière et d’élèves devant… Le professeur est partout. Il est à côté des apprenant(e)s.
- Mise en commun des résultats du travail de groupes. Le fait de retarder le moment de la mise en commun après le visionnage permet aux apprenant(e)s de travailler à leur rythme, d’échanger leurs points de vue et donc d’utiliser la langue. Du même coup, plus d’élèves participent à la mise en commun des résultats.
Que ce soit en enseignement général ou en enseignement du français à visée professionnelle, il existe un objectif commun à toutes les tâches proposées en classe : l’élève doit arriver à la conclusion : « Je suis capable d’apprendre ce que je ne sais pas. »
Au contact avec des documents actuels, l’enseignant(e) continue à apprendre, il / elle perfectionne ses connaissances dans la langue d’enseignement ; il / elle garde le contact avec la réalité.
Apprenant(e)s et enseignant(e)s trouvent le plaisir d’apprendre et d’enseigner.