À la rentrée 1998, les quatre premières sections bilingues d’Espagne étaient ouvertes à Séville et Malaga, suite à la signature d’accords de coopération éducative entre les autorités andalouses et françaises. Depuis cette date, plus de soixante-dix établissements scolaires sont concernés en Espagne, dans sept communautés autonomes, tant dans l’enseignement primaire que secondaire, et cette dynamique se développe fortement, mais de façon régulière et maitrisée.
Une grande variété de modèles
Les participants à ces Journées de Séville (environ deux cents), venus de toutes les autonomies concernées (actuellement et dans un avenir proche), ont mis en évidence une grande variabilité de modèles, les facteurs communs étant bien sûr un enseignement de français renforcé et, surtout, l’existence de disciplines non linguistiques (DNL) enseignées partiellement en français.
La variabilité se situe d’abord au niveau des démarrages du programme dans la scolarité : ou bien dès la maternelle ou en début de primaire (Andalousie, Castille-Léon) ou bien en fin de primaire (Castille-La Mancha) ou bien en début de secondaire (Andalousie, Aragon, Murcie, Cantabrie) ou bien encore dans l’étape moyenne du secondaire (Galice). Mais il y a variabilité également au niveau des disciplines choisies pour un enseignement partiel en français : c’est le plus souvent l’histoire et géographie, l’étude du milieu (au primaire) mais ce peut être aussi la biologie, les maths, la musique, l’éducation physique… Variabilités aussi au niveau des horaires proposés, des mesures administratives d’accompagnement (heures de concertation, par exemple), des ressources pédagogiques et financières…
Ces différences importantes de modèles sont dues naturellement au fait que les " autonomies ", en Espagne, ont maintenant les pleines compétences en matières éducative… Bénéfices et inconvénients d’une telle situation ? Chacun pouvait se faire son opinion à Séville, mais le sujet n’était pas à l’ordre du jour. Pour l’heure, l’Espagne cultive ses différences…
Quel que soit le modèle retenu par les autonomies, la partie française coopère institutionnellement à plusieurs niveaux. La coopération est surtout active au niveau de la formation : la formation initiale d’abord (un cours d’une vingtaine d’heures est conduit conjointement par des responsables espagnols et français en direction des futurs enseignants des sections), mais aussi la formation continue, avec la mise en route de stages, sur place ou en France, pour les professeurs en poste ; les programmes européens sont largement utilisés.
La coopération se fait également au niveau de la documentation, des ressources pédagogiques et des nombreuses et nécessaires mesures d’accompagnement : auxiliaires de conversation, échanges de professeurs, jumelages, appariements, relations avec les sections européennes d’espagnol en France, voyages et rencontres d’élèves, etc.
Des premiers résultats satisfaisants…
Dans leur immense majorité, les enseignants des sections bilingues sont de plus en plus convaincus qu’ils ont choisi une voie féconde et gratifiante pour leurs élèves et eux-mêmes. Les bénéfices linguistiques, cognitifs, culturels sont identifiés, évalués de plus en plus finement. Des stratégies éducatives spécifiques à ces sections se dessinent, et les journées de Séville ont permis de les commenter, de les échanger.
Des médiathèques bilingues se constituent, des pédagogies de projets bilingues et interdisciplinaires se développent, favorisant des travaux en équipe et l’innovation pédagogique dans les établissements concernés. Les premières évaluations effectuées auprès des élèves montrent des résultats très convenables, et pas seulement au niveau linguistique ; les parents d’élèves également expriment leur satisfaction.
Les ressources offertes par l’internet sont naturellement sollicitées (recherches de documents en français, par exemple) et des sites spécifiques se mettent en place, par exemple en Andalousie, mais aussi au niveau du pays (via le service culturel de l’Ambassade de France), permettant des relations avec les sites français (CIEP) ou francophones.
Tous ces bons résultats ont d’ailleurs conduit les autorités éducatives d’Andalousie à reproduire les mêmes procédures pour mettre en place des sections bilingues hispano-germaniques : les enseignants de ces sections participaient aux journées de Séville… Tant mieux.
…mais des préoccupations demeurent
La présence de locuteurs " natifs " dans ces sections reste cependant un objectif à atteindre ; il conviendrait que, systématiquement dans ces sections bilingues, un auxiliaire de conversation soit présent, afin de " déscolariser " l’enseignement-apprentissage du français et de donner une approche actualisée et " familière " du fonctionnement de la langue française… Cette présence francophone existe dans bon nombre de sections, mais il s’agirait de la rendre systématique…
La formation permanente des professeurs de disciplines non linguistiques est également une forte préoccupation. Comment mettre en place des échanges ponctuels, poste à poste (comme pour les professeurs de langue) afin d’améliorer significativement leurs compétences linguistiques ? Dans cette perspective, les relations entre sections européennes en espagnol de France et ces sections bilingues pourraient être considérablement améliorées, permettant par ailleurs des échanges et rencontres, indispensables au niveau des élèves.
Enfin, le problème des certifications en cours et en fin de cursus n’est pas résolu en Espagne. En effet, les élèves espagnols qui vont arriver prochainement au niveau du bachillerato auront-ils une validation de leurs efforts ? Comment ? Et quelles relations avec les certifications françaises des sections européennes ?
Mais au total, les participants des Journées de Séville semblaient satisfaits, tant par les contenus que par la délicatesse de l’accueil (la visite guidée des " Reales Alcazares " fut particulièrement appréciée). Rendez-vous en 2003 en Galice ?
Jean Duverger
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