En flânant dans les longues avenues bordées de manguiers centenaires de Belém, capitale du Pará et plus grande métropole d'Amazonie, le promeneur peut côtoyer deux réalités apparemment opposées, mais qui coexistent dans la même région : la riche architecture inspirée des modèles européens des 18ème et 19ème siècles et le paysage tropical avec ses arbres majestueux, amazoniens…
Belém s’est enrichie à la fin du 19ème siècle, lors de l’exploitation du latex. Ses « barons du caoutchouc », très puissants à l’époque, ont fait construire des monuments dignes de ceux de l’Europe, à l’image du Théâtre de la Paix, qui s’encadrait à peine au milieu des arbres et n’était pas vraiment adapté au climat extrêmement chaud. L’influence française était telle à l’époque que l’on appelait la ville « la petite Française du nord » ou la « Belém de la Belle Époque ». Encore aujourd’hui il est possible de visiter une construction qui s’appelle « Paris en Amérique ». C’était, il y a un siècle, un magasin du type Galeries Lafayette : Au bonheur des dames en lisière de la forêt amazonienne…. Maintenant, la ville arbore des immeubles très modernes, tous climatisés, et subit une circulation intense… Mais les alentours ne permettent pas d’oublier que c’est encore un royaume de la nature.
Victor Hugo et le Brésil
Du 18 au 29 septembre 2002, un événement est venu attester d’une autre réalité de cette région : la 6ème Foire Pan-amazonienne du Livre, où la France était à l’honneur. De nombreux visiteurs et invités ont été attirés dans cette ville métissée et de riche culture. Des personnalités françaises telles qu’Edgar Morin, Michel Maffesoli, et Paule Constant ont donné des conférences et signé des dédicaces tandis que des intellectuels brésiliens remettaient en jeu la francophonie au Brésil et les tendances de la littérature du pays.
On a aussi, à Belém, célébré le bicentenaire de Victor Hugo, avec la présence de son jeune biographe français, Jean-Marc Hovasse, qui a donné des conférences et participé à la table ronde « Victor Hugo : la poésie romantique en France et au Brésil ». Le grand poète fut aussi évoqué dans un spectacle : l’artiste Frédéric Pagès, composant une « chanson » sur un poème de Hugo à une Brésilienne dont il aurait été amoureux, a rappelé quelques vers qui, en poésie, ont pu marquer les rêves des Français envers le Brésil : « Elle vient de ce Brésil, si doré qu’il fait du reste de l’univers un exil ». Pour couronner tout cela, preuve que la francophonie est bien vivante, trois écrivains antillais-guyanais se sont réunis en table ronde pour débattre de la littérature de leurs pays, qui est très liée à l’Amazonie.
C’est dans ce contexte que la 6ème Foire du Livre est devenue une sorte d’invitation – en français et en portugais – à remettre en vigueur les identités et le dialogue entre les cultures.
Mônica Cristina Corrêa
Filez sur la Toile !
Site de la Foire du Livre de Belém : http://www.feirapanamazonica.com.br/
La France à l’honneur
La grande métropole du Nord du Brésil, avec son million et demi d’habitants, a fêté la 6ème édition de la Foire Pan-amazonienne du Livre, qui a vu cette année 229 000 visiteurs fréquenter plus de 50 000 titres exposés…
Pour Regina Maneschy, organisatrice de la Foire, l’objectif était encore une fois de célébrer la diversité culturelle en réunissant autour du livre d’autres formes d’expression (cinéma, peinture, musique, danse, expositions, ateliers, débats et séminaires...), tout en se tournant vers un pays entretenant des liens privilégiés avec la région.
Nombreux sont ceux qui ont uni et unissent encore la France à la capitale amazonienne, en particulier dans le monde des arts, de l’architecture et de la pensée. Cette 6ème Foire a été l’occasion non seulement de faire le point sur ces influences mais aussi de poursuivre ce dialogue autour de penseurs comme Edgar Morin et Michel Maffesoli, d’écrivains comme Denis Tillinac, Ernest Pépin, Paule Constant et Raphaël Confiant. La Foire rendait également hommage à un écrivain local, Maria Lúcia Medeiros, et recevait de nombreuses personnalités brésiliennes parmi lesquelles les écrivains Luis Fernando Veríssimo et Ignácio de Loyola Brandão, ainsi que Dário Pagel, Président de la Fédération Internationale des Professeurs de Français…
À l’heure de la mondialisation et de la destruction de la planète, l’Amazonie était un lieu emblématique pour lutter, selon le vœu des organisateurs de la Foire, contre la standardisation de la culture et la destruction de la pensée critique.
Myriam Crestian Cunha (Université Fédérale du Pará)
|