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Bibliotheca Alexandrina
Une renaissance de l’esprit de culture et de liberté



En présence de nombreux chefs d’état et de gouvernement, la nouvelle bibliothèque d’Alexandrie a été officiellement inaugurée le 16 octobre 2002. Occasion de revenir sur l’histoire ancienne et sur une ville très particulière, dans laquelle toutes les langues de la Méditerranée se mêlaient il y a peu de temps encore.

Novembre-décembre 2002 - N°324


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Entre quinze et vingt siècles se sont écoulés entre la disparition de l’antique bibliothèque d’Alexandrie et la construction de la nouvelle... Nous ne savons rien de l’apparence de l’ancienne, mais la nouvelle se présente comme un disque de 160 mètres de diamètre incliné vers la mer comme un soleil levant. Prévue pour accueillir cinq millions de livres sur treize niveaux et 70 000 m2, elle devrait constituer une fenêtre de l’Égypte sur le monde mais aussi du monde sur l’Égypte. Une fenêtre onéreuse : 121 millions de dollars pour les bâtiments, 20 millions de dollars pour l’équipement, auxquels il faut maintenant ajouter l’entretien et, surtout, l’achat des ouvrages.

Taxe culturelle et voyages
La nouvelle bibliothèque d’Alexandrie ne compte aujourd’hui « que » 200 000 ouvrages dans les trois langues officielles (arabe, français, anglais) dont 30 000 en anglais, 15 000 en français, le reste en arabe. En outre, grâce aux 450 ordinateurs mis à disposition du public, les lecteurs auront accès à des millions de documents sur l’internet. Des salles annexes accueillent des expositions, des séminaires, ainsi qu’un musée de la calligraphie…
Si le phare d’Alexandrie, dont l’archéologue Jean-Yves Empereur a retrouvé les traces dans les eaux du port, était une merveille technologique, la bibliothèque, elle, était une merveille culturelle… Lorsqu’en 323 avant J-C, Alexandre le Grand meurt à Babylone, la ville qui portera son nom n’est encore qu’un projet, que va réaliser son ancien général, Ptolémée Ier, dit Soter (« le sauveur »). C’est sans doute Démétrios de Phalère qui lui conseilla d’ériger la Bibliothèque, destinée à accueillir tous les savoirs et tous les savants du monde (c’est-à-dire, à l’époque, essentiellement le monde méditerranéen et l’Inde). Ce projet fut achevé par Ptolémée II.
Très vite fut mis au point un système d’approvisionnement du fonds très particulier : les voyageurs arrivant dans la ville devaient déclarer les manuscrits qu’ils possédaient et on recopiait ceux que la bibliothèque ne possédait pas. On raconte que l’on rendait parfois la copie pour conserver l’original… C’est d’ailleurs cette « taxe culturelle » sur les manuscrits en transit qui est à l’origine de l’actuel projet de l’Institut de la Francophonie (voir encadré).
Les manuscrits étaient en grec, en hébreu, en araméen, en nabatéen, en sanscrit, en copte, plus tard en arabe… À son apogée, la bibliothèque d’Alexandrie possédait autour de 700 000 rouleaux de papyrus. Euclide, Archimède, Hipparque, Érathostène, Callimarque et de nombreux autres vinrent y travailler et y enseigner.

Ouverture sur les autres
Nul ne sait quand disparut ce temple du savoir. En 47 avant J-C, lors de l’incendie causé par César ? Ou en 642 après J-C, quand le général arabe Amr ibn al-As prit la ville ? Ce qui est sûr, c’est que la bibliothèque d’Alexandrie fut le premier lieu d’échange des cultures. On y traduisait en grec, la langue véhiculaire du temps, les grands textes de l’époque qui devenaient ainsi accessibles aux lecteurs cultivés. Cette ouverture sur les autres, sur les cultures voisines, fait que l’antique bibliothèque d’Alexandrie constitua, symboliquement, la première manifestation du plurilinguisme de la ville d’Alexandrie. On y parlait dans l’Antiquité le copte et le grec, on y parlera aux XIX° et XX° siècles une bonne dizaine de langues, dans une relative harmonie entre les différentes communautés.
L’une des questions aujourd’hui posées par la Bibliotheca Alexandrina est de savoir si la censure ne règnera pas en ces lieux : censure sur les livres, bien sûr, mais aussi limitations dans l’accès à la Toile… La question est cependant un peu rhétorique car mettre des livres, de nombreux livres, à la disposition du public montre une volonté de le pousser à penser par lui-même, à s’ouvrir sur le monde. En outre Ismail Serageldin, le maître des lieux, dispose d’une totale indépendance : la Bibliotheca Alexandrina dépend directement de la présidence de la République égyptienne… À l’heure où, dans certains pays, l’on brûle des livres, l’ouverture d’une bibliothèque ne peut que constituer un pas vers le progrès et la liberté.

Louis-Jean Calvet


Filons sur la Toile !

Pour tout savoir sur la Bibliotheca Alexandrina :
- www.bibalex.gov.eg
- www.unesco.org/comnat/france/alexandrie.htm

Donnez vos livres !

L’Institut de la Francophonie, service commun aux universités de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a lancé une opération « don de livres » à la bibliothèque d’Alexandrie. Dans un premier temps, ce sont les enseignants de l’université de Provence (Aix-Marseille 1) qui ont offert leurs publications (ouvrages et articles). Puis l’Institut de la Francophonie espère élargir cette opération à l’ensemble des universités de la région, de Nice à Avignon. En attendant que tous les universitaires de France enrichissent le fonds francophone de l’Alexandrina ?
Renseignements : Institut de la Francophonie, Université de Provence, 29 avenue R. Schuman, 13621, Aix-en-Provence.




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