Se basant sur son expérience personnelle, Marie-Hélène Catherine Torres a eu l'opportunité de participer pendant deux ans à un programme européen d'apprentissage ouvert et à distance en Belgique, articulé par le Professeur José Lambert de la Katholieke Universiteit van Leuven. Il s'agit du programme Euroliterature, lequel, comme son nom l´indique, met surtout l'accent sur la littérature et notamment sur la question de la traduction dans les traditions européennes.
Définition de l’apprentissage à distance
Au départ, l'apprentissage à distance était considéré comme un genre alternatif d'apprentissage. Aujourd'hui, l'apprentissage à distance n'exclut pas l'apprentissage conventionnel des langues, du/des français en l'occurrence, mais il est complémentaire. En effet, l'apprentissage à distance combine deux composantes d'apprentissage non traditionnel en un seul concept : premièrement, l´ouverture de l'apprentissage à distance vers les autres, appartenant à d'autres cultures ; et deuxièmement, la capacité de l'apprentissage à distance à, justement, braver la distance, soit le lieu physique – la salle de classe – qui unit généralement professeurs et étudiants ; le tout en relation à une troisième composante : l'apprentissage.
L'apprentissage à distance dépasse donc le « culturel » pour s'intéresser, selon moi, au « transculturel ». La question de la culture est par conséquent un point névralgique de l'enseignement/apprentissage à distance du/des français puisqu'il permet aux apprenants d'avoir un accès direct avec d'autres cultures ayant le même centre d'intérêt : le français (que ce soit la langue, la culture, la littérature, la traduction etc.). On se réfère ici aux cultures autres que la seule culture française métropolitaine proposée en grande majorité par les méthodes et manuels dits « classiques ».
La question de la culture est donc primordiale dans l'apprentissage à distance car les personnes qui interagissent à distance le font pour parler, échanger des opinions et apprendre ensemble. Ces personnes sont d'ailleurs pratiquement toujours issues de cultures différentes.
On peut représenter sous forme de tableau, les diverses méthodologies utilisées par les enseignements/apprentissages existants, en se basant sur une série d'articles de la revue Transcult éditée en Espagne (en anglais), mais qui offre de précieuses informations sur l'apprentissage ouvert et à distance en Europe.
| Temps\Espace |
Dans un même espace |
Dans un espace différent |
| À la même heure |
Utilisation de supports classiques (manuels et méthodes de français)
==> Classes traditionnelles en salle de classe |
Utilisation de supports par systèmes de communication synchronisés (satellites, visioconférence)
==>Téléclasses |
| À une heure ou à un moment différent |
Utilisation du multimédia
(comme l'internet: il y a des ordinateurs en salle de classe que les étudiants consultent à des moments différents)
==> Technologie au service de l'apprentissage en salle de classe |
Utilisation de supports par systèmes de communication assynchronisés (e-mail)
==> Éducation à distance par établissements et institutions interposés |
Quelques remarques en ce qui concerne le facteur espace/temps méritent une attention particulière.
Traditionnellement, une communauté partage des intérêts communs dans une situation donnée, en un temps et un espace car cette communauté vit sur le même territoire.
Virtuellement, la communauté des professeurs de français peut ou non partagée le facteur temps, en tout cas, les membres de cette communauté se situent dans des espaces différents, tous éparpillés dans le monde. Le mél, la visioconférence, l'internet créent ce que l'on appelle la société virtuelle, une société où les personnes ne se sont parfois jamais vues en chair et en os. Les sociétés virtuelles sont des sociétés de communication car leur origine est due à la communication.
Il y a donc, d'un côté, des rencontres « face-à-face », lors de séminaires, colloques ou congrès où l’on se rencontre pour partager des expériences, évoluer ensemble, apprendre. Et le fait que ces personnes viennent de lieux très différents peut expliquer pourquoi leur bagage intellectuel est si varié. Ce qui n'est pas nécessairement dû à une question de distance. L'espace peut vraiment devenir un facteur positif à un moment donné car on côtoie des personnes qui font découvrir des horizons nouveaux et avec lesquelles des expériences sont partagées. Ces rencontres sont toutefois très sporadiques.
D'un autre côté, il y a l'enseignement/apprentissage à distance, qui peut être continu et constant et qui permet d'augmenter sans cesse les partenaires et de multiplier expériences et connaissances à des fins didactiques. D'où l'intérêt de la visioconférence qui, alliant le son et l'image via écran interposé, permet la mobilité des échanges. Pour illustrer ces propos, et ce, très brièvement, il convient de décrire le déroulement d'une session de visioconférence.
Scénario possible d’une visioconférence
• Il faut donc l'interaction d'institutions participantes. Leur nombre peut varier selon les intérêts. Disons 2 ou 3 classes, pour commencer: une classe de français du Brésil, une du Japon et une du Sénégal (plus le nombre de partenaires est élevé, plus la session sera complexe).
• Il faut ensuite un coordinateur de session (généralement l'un des professeurs participants), sorte de modérateur qui s'occupe du respect du temps de parole impartie, mène les débats et passe la parole aux participants qui veulent intervenir.
• Et, bien entendu, il faut du matériel (l'on peut participer avec un simple pc, une caméra pour ordinateur, un micro et une ligne de téléphone), donc l'équipement matériel et au moins un technicien.
Les sessions peuvent être structurées de la manière suivante :
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Interaction orale pendant les sessions de vidéo-conférence
Il y a pendant les sessions des présentations/communications en français sur un thème préétabli (par exemple un trait de culture dans tel pays francophone que les étudiants pourront confronter avec leur propre culture), à partir d'une bibliographie pré-communiquée (par mail par exemple). Le matériel textuel est préalablement discuté en salle de classe et les présentations lors de la visioconférence peuvent être issues de séminaires déjà préparés en salle de classe.
Ces présentations permettent aux étudiants de s'exprimer en français, de poser des questions, de discuter sur le sujet pendant la session et d'échanger des idées avec d'autres étudiants de cultures différentes. Les objectifs pédagogiques, d'un point de vue générique, sont tout à fait réalisables : transfert d'information, acquisition de compétence et ouverture vers d'autres paradigmes de pensées.
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Interaction écrite pendant les sessions de visioconférence
C'est le même principe que pour les interactions orales. Ce système offre la possibilité aux participants de poser des questions par mail pendant la session, ce qui évite le gonflement de l'emploi du temps prévu, surtout s'il y a un nombre important de classes qui participe.
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Interaction écrite après les sessions de visioconférence
Après la session de visioconférence, le débat peut se poursuivre par envoi des textes des présentations sur l’internet gérant ainsi d'autres discussions et questionnements par mail.
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Problèmes lors d'une session de visioconférence
Quelques difficultés d'ordre technique peuvent subvenir lors d'une session comme la difficulté de garder la synchronisation du son et de l'image à l'écran. Souvent le son arrive avant l'image car les prises de paroles en différents endroits ne peuvent être visualisées simultanément à l'écran. Une des solutions donc est d'avoir un modérateur commun qui orchestre toute la session et gère les prises de paroles.
L'avantage de ces sessions de visioconférence est qu'elles sont centrées sur les apprenants, leur permettant de mettre en pratique leurs connaissances et d'acquérir une expérience unique qu'ils n'auraient peut-être pas eu l'occasion d'avoir. Car il faut dire que nos étudiants n'ont pas souvent les moyens de voyager, c'est tout au moins le cas des étudiants brésiliens. Il s'agit donc d'un modèle mixte, selon le terme du recteur de l'université ouverte du Portugal, soit l'utilisation de procédés d'enseignement/apprentissage à distance dans une classe traditionnelle. Lorsqu'une école ou une université « classique » se lance dans l'enseignement/apprentissage à distance, elle fait ce choix pour optimiser le travail de ses enseignants et de ses étudiants. Le défi de l'utilisation des nouvelles technologies de l'information et de la communication est lancé. Les professeurs de français le relèveront-ils ?