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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

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Les mille visages de la chanson francophone



Comment le rock, la chanson, le rap, la techno, bref, ce que l’on nomme les musiques actuelles (cf. Dossier du FDLM n° 318, novembre 2001), se regroupent-elles en France en 2002 ? Quelles sont leurs filiations ? Essayons d’apporter un peu d’analyse dans ce monde foisonnant et d’y tracer des pistes, nécessairement marquées de subjectivité…

Septembre-octobre 2002 - N°323


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La Grande Chanson Française a longtemps joué un sale tour à la Jeune Chanson Française : longtemps il a été de bon ton en France (du côté des jeunes influencés par le rock anglo-saxon et donc en rupture avec les goûts de leurs parents) de parler de la France musicale comme d'un territoire arriéré, incapable de prendre le train des nouvelles musiques.

Les frontières s’effacent

Pour contrer cet argument, il faut convoquer, une fois de plus, la notion d’exception culturelle, à travers une tradition ancestrale française : la « chanson d'auteur ». Ce n'est pas dans l'uniformité, le formatage, que l'on produit l'originalité. Tous les grands artistes, en peinture, en littérature, dans le cinéma ou dans la chanson, ont été marginaux avant d'être la norme. La chanson d'auteur, au fil des décennies, n’a pas faibli. Le goût du texte semble une donnée de départ en Francophonie. Mais la Grande Chanson Française a aussi été un obstacle au développement d’une autre musique populaire moderne, nous venons de l’entrevoir…
Bref rappel : la chanson moderne naît en France avec Charles Trenet et son « Je chante », à partir de 1937. Trenet n'est pas la seule fondation de cette chanson moderne. Il y a aussi Georges Brassens, Jacques Brel, Léo Ferré, Charles Aznavour, Gilbert Bécaud et, plus près de nous, Serge Gainsbourg.
Aujourd’hui, la tendance principale de la chanson française nous semble être la suivante : les frontières s'effacent. Par exemple entre la chanson et le rock (Jean-Jacques Goldman fait-il du rock ou de la chanson ?). Dans un monde où la segmentation des goûts semble devenue la règle, cette tendance semble être une originalité culturelle française. C’est dans cette zone d’effacement des frontières que coexistent d’ailleurs le mieux aujourd’hui recherche de qualité et forte audience. Mais la chanson française aujourd’hui n'échappe pas non plus aux clichés, à la dure loi du marché, au syndrome de l'imitation…
Essayons maintenant de dresser des pistes d’exploration, de présenter des artistes que l’on peut entendre actuellement en France à travers quelques regroupements, tendances, tribus.

Les pionniers du rock (1960-1970)

Artiste emblématique : Johnny Hallyday
À l’origine des origines, on trouve Boris Vian et Henri Salvador qui, dès 1954, s’amusent à parodier le rock américain : « Le blues du dentiste », « Rock and roll mops »… Ensuite vient Johnny Hallyday, qui n'a pas toujours produit du rock. En revanche, il s'est toujours illustré par une « rock 'n'roll attitude » qui prouvait qu'au delà du son et du propos, il existait bien une sorte de ferment de rébellion dans un genre qui, alors, faisait peur aux bourgeois…
Eddy Mitchell et les Chaussettes Noires, et Dick Rivers, sont aussi les héros de cette contre culture issue de la rue, éprise du mythe américain. Viennent ensuite Nino Ferrer, Antoine et Michel Polnareff. Ce dernier fut l'un des pionniers de la pop à la française. Il a enregistré ses premiers albums à Londres, avec Jimmy Page, de Led Zeppelin, à la guitare pour « La poupée qui fait non », énorme succès de 1966. Le premier souci de Polnareff était de traiter le son et le sens au même niveau.

Les pionniers de la chanson pop-rock (années 1975)
Artiste emblématique : Jean-Jacques Goldman
C’est une génération d'artistes nés, eux aussi, avec les influences de la pop anglaise et du rock américain, mais furieusement attachée à l'héritage du français, donc au texte. Ce sont les premiers à avoir réussi le mariage entre deux cultures que l'on disait antinomiques.
Des noms ? Robert Charlebois, Bernard Lavilliers, Jacques Higelin, Jean Jacques Goldman, Francis Cabrel, Alain Souchon, Laurent Voulzy, Michel Berger, Daniel Balavoine et, chez les femmes, Mama Béa et Véronique Sanson ont réussi cette synthèse.

Le « rock français » (depuis 1975)
Artiste emblématique : Téléphone
Le groupe « rock français » nous semble aujourd’hui le plus nombreux. Il est marqué par de multiples catégories adjacentes. Comment faire du rock en chantant français ? Après la première vague des pionniers du rock, fascinés par le mythe d'Elvis, le rock français est passé par toutes les couleurs de l'adaptation anglo saxonne.
Les années 1980 ont offert au rock une nouvelle chance, avec des groupes fiers de leurs racines (le texte, toujours lui), la rage parfois militante et la volonté d'être à l'heure d'une interprétation presque réaliste...
Des noms ? Téléphone, Starshooter, Indochine et Trust aux origines. Puis Noir Désir, Jean Louis Aubert en solo… Et aujourd’hui Louise Attaque, Expérience, Matmatah, Mickey 3D, Dionysos, Eiffel, Luke, Tarmac... Tous différents mais furieusement volontaires dans leur besoin d'être inscrits dans une filiation souvent éclatée.
Progressivement, les groupes qui ont débarqué sur la scène française ont eu à cœur de prouver que le mot « rock » lui même n'avait qu'un sens générique, englobant à la fois du rock, de la pop, de la chanson, de la musique instrumentale. On peut ainsi entendre Noir Désir ou Louise Attaque interpréter Brel ou Brassens…

Les punks
Artiste emblématique : Bérurier Noir
Comme en Grande-Bretagne avec The Clash, leur modèle, les punks de l’espace francophone sont jeunes, insolents, dépourvus de contraintes artistiques. Ils existent par leur envie d'être spontanés et de toucher le public directement.
Avec le succès, certains vont tenter de s'organiser pour fédérer un besoin d'alternative. Autour de la scène, les groupes structurés en associations vont produire eux mêmes leurs disques et s'impliquer dans le développement d'un circuit de diffusion sans le soutien des sociétés multinationales du disque. Dans les années 1980, la création des disques Boucherie production par François Hadji Lazaro, meneur les Garçons Bouchers, marque une rupture avec les structures musicales anciennes.
Des noms ? Starshooter (de la génération 1975). Ensuite Bérurier Noir, Les Garçons Bouchers, Les Satellites, La Mano Negra (donc Manu Chao, dont on reparlera), Les Wampas, Ludwig Von 88, Burning Heads...

Une famille proche, les tapageurs
Artiste emblématique : No One Is Innocent
Cette vague, victime de la supériorité d’un genre souvent anglophone, parfois allemand, n'en considère pas moins que la colère et la vigilance doivent pouvoir s'exprimer avec un son brut et sans concession. Pionnier du genre : No One Is Innocent, très bruyant et très textuel, qui n’a malheureusement sorti que deux albums, en 1994 et 1997 (Utopia, un sommet, avec cinq textes de l’écrivain Maurice G. Dantec). Le leader de ce groupe, K(e)mar Gulbenkian, a depuis rejoint les rangs des enfants de Gainsbourg (voir ci-dessous)…
Des noms ? Mass Hysteria, Pleymo, Oneyed Jack,, Silmarils, Lofofora, Porto Bello Bones...

Dandies et excentriques
Les « dandies » semblent inclassables, tantôt dans la variété, tantôt dans une pop élégante. Assumant l'envie de ne jamais être là où on les attend, ils ont une grande culture de compositeurs pour la grande majorité d'entre eux. Et le désir de faire de chaque scène ou de chaque disque une expérience à part entière.
Des noms ? Alain Chamfort, Christophe, William Sheller… Et, dans deux genres bien différents, Marc Lavoine et Romain Didier...
Entre rock déjanté, disco, groove, et variations sur la chanson dite « musette », les excentriques, tranche d'artistes à l'écriture iconoclaste, parviennent à parfaire leur univers en s'imposant par une attitude toujours dégagée. Même s’ils sont aussi parfois engagés. L’ancêtre ? Nino Ferrer…
Des noms ? Les Rita Mitsouko, Brigitte Fontaine, Jean Neplin, Marka, Bénabar, Sarcloret, Général Alcazar, Clarika, La Grande Sophie, Philippe Katerine, Fabulous Trobadors, Xavier Lacouture, Agnès Bihl, Wriggles, Sttellla…

Les enfants du Velvet Underground, les « électro pop stars »
Artiste emblématique : Étienne Daho
Ce sont les enfants de la crise économique. Souvent en rébellion contre l'idée dite ringarde de la chanson française, considérée comme « la chanson de papa ». Leurs influences sont anglaises, encore, et lorsqu'elles sont américaines, c'est du côté de l'« underground » new yorkais. Quelques Français trouvent grâce à leurs yeux, dont Françoise Hardy, Jacques Dutronc, Nino Ferrer et Serge Gainsbourg, dont ils sont aussi les enfants.
Tous sont différents puisque certains sont davantage inscrits dans le système du disque. Ce sont des amoureux de la chanson dans ce qu'elle a de plus structuré, mais leur plaisir va être précisément de la sortir de son carcan classique. On leur doit d'avoir réussi au mieux le mariage, que l'on disait pourtant improbable, entre l'utilisation des machines et des logiciels de programmation (qui servent souvent à composer) et l'emploi de musiciens plus traditionnels. Exemple type : Stephan Eicher…
Des noms ? Taxi Girl, Stephan Eicher, Étienne Daho, Rodolphe Burger et Kat Onoma, Les Valentins… Encore plus récemment : Superflu, Ignatus, Ol, Benjamin Biolay, Czerkinsky, Alex Beaupain, Pierre Bondu, Axel Bauer, François Audrain, Zazie.


La nouvelle vague de la chanson
Artistes emblématiques : Jean-Louis Murat et Dominique A…
L’un des lieux les plus créatifs de la chanson/ rock/ pop française d’aujourd’hui… Comme naguère la nouvelle vague cinématographique, une nouvelle génération s'impose au début des années 1990 ; elle juge la chanson française victime d'une forme d'embourgeoisement, qui est notamment la conséquence de l'explosion commerciale des pionniers de la chanson pop-rock.
D'abord « minimalistes » (peu d’instruments et d’effets), les artistes « nouvelle vague » déstructurent la forme des chansons, utilisent beaucoup les machines, les logiciels de programmation, et réinventent une interprétation où la voix n'est pas contrainte à la performance. Eux aussi travaillent souvent la chanson de manière cinématographique.
Des noms en grand nombre, et tous de qualité : Jean Louis Murat, Dominique A, Françoiz Breut, Vincent Delerm (portrait p. 77), Philippe Katerine, Autour de Lucie, Arielle, Lily Margot, Yann Tiersen, Pascal Parisot, Alexandre Varlet, Ignatus, Di Maggio, Louise Vertigo…


Les chanteuses modernes
Artiste emblématique : Barbara
Difficile de baser toute une catégorie sur le sexe… Pourtant, malgré la présence déjà notée de Véronique Sanson ou Mama Béa dans la catégorie des « pionnières de la chanson pop-rock », les femmes de la chanson, marquées par le féminisme, écrivent, parfois composent et luttent pour faire vibrer cette corde dans la chanson. Une catégorie où les femmes ont longtemps été seulement interprètes. Comme Barbara à ses débuts, en 1958.
Des noms ? Barbara, Juliette Gréco, puis Véronique Sanson et Catherine Lara furent des pionnières. Valérie Lagrange, aussi. Aujourd’hui : Clarika, Zazie, Axelle Renoir, Mylène Farmer, Axelle Red, Nina Morato, Keren Ann, Rachel des Bois...

Une sous-catégorie : les lolitas…
Un genre à part, qui ne dure pas (et pour cause, « fillette, fillette »...). Gainsbourg s'est imposé comme le chantre de ce genre à part entière avec France Gall, Anna Karina, Jane Birkin puis Vanessa Paradis.
Mais il y a eu aussi Elsa, Helena et, plus récemment, encadrée par Mylène Farmer, Alizée (« Moi Lolita », en décembre 2000)… Arrivent aujourd'hui, malheureusement, des copies délavées du phénomène Britney Spears, accentué par la production de masse télévisée : Lorie et compagnie...

Une autre sous-catégorie : les chanteuses à voix…
La plupart du temps interprètes, mais parfois aussi auteures et compositrices, elles tentent de nous convaincre que la France peut à son tour consacrer des interprètes à l'américaine. Elles tentent de faire des prouesses au pays de leurs modèles – mais ont parfois beaucoup de talent mal utilisé.
Des noms ? Lara Fabian, Céline Dion, Julie Zenati, Eve Angeli, Natasha St Pier…
On peut rattacher ici le trio Liane Foly-Maurane-Patricia Kaas. Un trio qui a d'autres ambitions, mais…
Liane Foly a débuté vers 1983 en innovant dans une forme de pop jazz qui a fait sa renommée. Aujourd'hui elle semble davantage axée sur une mise en lumière de ses qualités d'interprète et son dernier album, Entre nous, visite les contrées d'une variété plus classique. Patricia Kaas cherche un nouveau souffle, oubliant peut être qu'elle est toujours plus convaincante lorsqu'elle interprète des chansons de Jean Jacques Goldman. Elle se tourne à présent vers le cinéma, qui lui donne à nouveau l'occasion de renouer avec les classiques du répertoire français.
Quant à Maurane, elle reste une artiste exceptionnelle, même si ses derniers albums trahissent une recherche évidente de direction artistique nouvelle. Véritable phénomène scénique, Maurane paye parfois un peu cher cette volonté affichée et logique de ses partenaires du disque de la cadrer dans des formats radiophoniques qui ne lui vont guère.


Les musiques des racines
Artistes emblématiques : Khaled et I Muvrini
De Joséphine Baker à Faudel, au gré des flux migratoires, la chanson populaire française et le rock ont toujours su intégrer des chanteurs venus d'ailleurs. Hier, Joséphine Baker ou Enrico Macias. Aujourd’hui : Zebda, Sawt El Atlas, Khaled, Faudel, Cheb Mami, Rachid Taha (Carte de Séjour), Souad Massi, Bevinda, Dikès, Lokua Kanza, Intik, Dézoriental, Sportès, Ekova.
Ce mouvement se double, depuis le début des années 1970, d’une recherche de racines à l’intérieur même des frontières françaises, dans la renaissance des musiques dites des « minorités nationales » : bretonnes (Alan Stivell, Tri Yann, Gilles Servat…), corses (Canta U Populu Corsu, I Muvrini…) ou occitanes (Marti, Mont-Joia…). Basques et alsaciennes aussi… Aujourd’hui, I Muvrini est une sorte de figure de proue de ce mouvement et la relève sur ce terrain se nomme Dupain ou Massilia Sound System (Provence), Denez Prigent, Kohann ou Matmatah (Bretagne)…

La chanson française a aussi toujours assumé la part de latinité qui fait partie intégrante de ses gènes. Déjà dans les années 50, la variété française était le privilège des chanteurs latins (Dario Moreno, Tino Rossi, Gloria Lasso, Dalida, Caterina Valente...). Il faudra attendre trois décennies pour que l'on revienne à des rythmes ensoleillés, fruit souvent d'artistes qui eux mêmes font l'apologie des mélanges.
Des noms ? Les Négresses Vertes, Elli Medeiros, Lio parfois, mais aussi et surtout la Mano Negra qui, à partir de 1988, a fait souffler sur l'Hexagone un vent de Movida rock’n’roll. Aujourd'hui, son leader, Manu Chao, est devenu un symbole de cette musique à la croisée des sens, entre salsa, rock hispanique, ballades épicées. Cette musique produite par un Français s'exporte partout, avec en supplément une idéologie anti mondialiste qui transforme notre Manu Chao en Bob Marley des années bioniques… Derrière lui, Sergent Garcia et Spook and the Guay forment une relève festive.


Les enfants de…
Faisons l’essai de tracer des pistes entre trois grands ancêtres de la Chanson et leurs enfants (revendiqués ou pas) d’aujourd’hui…

Les enfants de Trenet
Artiste emblématique : Jacques Higelin
Amoureux fous du langage, ils pensent que la musique du mot est aussi importante que la musique en elle même. Et que le langage des chansons, comme le langage de la rue, doit sans cesse être en mouvement. Excentriques, ils le sont aussi sur scène, dans cette volonté de faire du chanteur un acteur à part entière pour ses propres chansons.
Des noms ? Jacques Higelin, Thomas Fersen, Jean Guidoni, Dick Annegarn, Franck Monnet.

Les enfants de Gainsbourg
Artiste emblématique : Alain Bashung
Entre provocation et désir d'innover à chaque disque, ils font sonner le texte français avec 1a force que sollicite l'anglais même lorsqu'on ne le comprend pas. Ils parlent, adeptes du « talk over », aiment les jeux de mots, les inventions de langage. Forts en attitude aussi, ils sont les marginaux majoritaires.
Des noms ? Bashung, Arthur H, Rodolphe Burger et Kat Onoma, Miossec, Frandol, Jacno, Kemar, Chinaski, Chet.

Les enfants de Brel
Artistes emblématiques : Les Têtes Raides
La chanson est pour eux un art de l'expression. Ils aiment que le mot ait une place prépondérante dans leur propos. La scène est pour eux l'essentiel de leur art, bien davantage que le disque, où la musique n'est souvent qu'un support adapté afin de mettre en valeur leur univers.
Ils sont souvent loin des problématiques de production discographique, donc souvent hors format. Pas ou peu diffusés en radio et en télévision, ils ont pour public un public de scène.
Des noms ? Les Têtes Raides, Juliette, Arno, Allain Leprest, Dikès, Jeanne Cherhal, Eric Lareine, les Hurleurs...


Tendances émergentes (depuis 1990)
Le rap
Artiste emblématique : MC Solaar
Ceux par qui le langage de la chanson française a évolué lors de cette dernière décennie, via l'argot, le verlan, les métaphores, un langage bavard, souvent militant voire pour certains nihiliste. En résonance, les rappeurs assument aussi une certaine tradition : certains aiment Renaud, d'autres Piaf, d'autres encore Brassens ou Brel. Diverses tendances, donc : MC Solaar et Akhenaton (de IAM) privilégient le texte et la poésie, pas très loin des enfants de Gainsbourg pour ce qui concerne Solaar. Tendance plus festive avec la nouvelle coqueluche du domaine, les Saïan Supa Crew…
D’autres noms ? NTM, IAM, 113, Pit Baccardi, La Fonky Family, Faf la Rage, Zoxea, Sully Seffil.

Le retour du musette (les alternatifs de la ritournelle)
Artiste emblématique : Kent
Parfois assez proche des « enfants de Brel », voici la génération des artistes qui prennent la chanson française comme le trait d'union entre une certaine idée de la tradition (accordéon, textes où les mots viennent de la rue, scène primordiale...) et la volonté d'une vraie modernité.
Un grand ancien : l’ex-fondateur de Starshooter, Kent, qui est passé du punk au musette en dix ans, de 1981 à 1991… Il est très vite entouré par toute une tendance punk-alternative, dans la foulée du groupe Pigalle, de François Hadji-Lazaro. La scène, une fois encore, est le terrain d'identité. Ces artistes, souvent, essaient de faire leur route en dehors du système qui consiste à sortir d'abord un disque, puis à se lancer dans le bain de la scène. Ils aiment aussi offrir à la chanson des couleurs festives, souvent politiques.
Des noms ? Renaud (eh oui…). Puis Kent, Les Têtes Raides, Mano Solo, Paris Combo, Sanseverino, Le Garage Rigaud, Java, Le Soldat Inconnu, Padam, Les Belles Lurettes, Les Ogres de Barback, Dit Terzi, Orly Chap'…

Les rois du « dance floor »
Artiste emblématique : Daft Punk
La « french touch », c'est eux. Ils ont réussi à décomplexer toute la scène française qui se dit apte aujourd'hui à séduire hors de nos frontières. Ils possèdent le monde comme territoire et brisent le dernier tabou français. Ils sont champions du monde du son, eux !
Des noms ? Daft Punk, Laurent Garnier, Bosco, Dax Riders, Zdaar (Motorbass et Cassius), Superdiscount, Shazz, Superman Lovers, Patrick Vidal…

Une variante, les électrons libres
Leur terrain est la musique électronique, qu'ils font évoluer avec une part de plus en plus importante d'éléments acoustiques. Ils cherchent aussi à lorgner vers un format plus pop, avec les contraintes de la chanson. Ils conçoivent souvent leurs disques comme des b.o. cinématographiques.
Des noms ? Air, Etienne de Crécy, Roudoudou, Laurence Revey, Snooze, W.R., Kid Loco, Télépopmusik, Zend Avesta, U.H.T, Bertrand Burgalat, Gingko, Rinocérôse, D.J. Cam, Llorca…

Les artistes ska et les festifs
Artiste emblématique : La Ruda Salska
Une nouvelle tendance, peu éloignée du rapport au monde qu'entretiennent les alternatifs de la ritournelle. Le ska, ancêtre du reggae, était la musique de fête par excellence où le « lâcher prise » faisait partie du programme commun de gouvernement…
Des noms ? La Ruda Salska, Marcel et son Orchestre, Colargols, Les Hurlements d’Léo, Le Maximum Kouette.

Le reggae
Artiste emblématique : Sinsemilia
Une adaptation française réussie d'une réalité qui n'est guère hexagonale (contrairement à la Grande Bretagne, où la communauté jamaïcaine est très importante).
Des noms ? Sinsemilia, Tryo, Pierpoljak, Massilia Sound System, Baobab.

La soul vibration ou la funk attitude
Artiste emblématique : Juan Rozoff
Autre adaptation française très réussie : les enfants du rhythm’n’blues américain et des disques cultes de la Tamla Motown… Ça bouge bien, le français…
Des noms ? Juan Rozoff, M (Mathieu Chedid, fils de Louis…), Tété, Sinclair. Plus récemment : Miro, Yoggi…


Les oreilles grandes ouvertes
Avec Miro et Yoggi, notre visite guidée se termine… Nous croyons fermement que les enseignants d’aujourd’hui ont besoin, c’est presque une question d’efficacité professionnelle, de rester les oreilles grandes ouvertes, car la proximité des « cultures jeunes » à travers le monde crée des passerelles insoupçonnables entre apprenants de diverses langues et de diverses cultures…
Les artistes que vous avez trouvés ici, brièvement présentés, subjectivement classés, sont loin d’être tous connus par des Français natifs, surtout s’ils ont dépassé l’âge de trente ans… Mais ils auront d’autant plus de chances d’accrocher l’oreille de vos élèves…
Surtout, n’ayons jamais peur de rester militants, pour faire en sorte que tous les publics, celui des enseignants et celui des élèves, restent convaincus qu'il faut encore et toujours savoir écouter la différence…

Didier Varrod, (écrivain, journaliste, producteur à France Inter et à Canal Jimmy)
Jean-Claude Demari (rédacteur en chef adjoint du Français dans le monde, journaliste à Chorus)







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