Les savants ont longtemps pensé et analysé le vivant de manière fragmentée. Des philosophes comme Descartes séparaient corps et esprit. En matière de motricité, cette approche a permis de donner naissance aux automates, êtres mécaniques aux mouvements rigides et répétitifs. Les robots, leurs successeurs, sont, eux, dotés d’une certaine autonomie de mouvement.
L’homme « machine » ?
Nous assistons aujourd’hui à une profusion d’espèces robotiques : des robots insectes, crustacés, poissons, reptiles ou primates qui rampent, se déplacent sur des sols accidentés, grimpent le long des murs, se balancent de branche en branche ou nagent dans des eaux plus ou moins agitées. Les automates les plus perfectionnés du XVIIIe siècle, comme le canard de Vaucanson qui pouvait boire, se nourrir, caqueter, s’ébrouer dans l’eau et digérer sa nourriture ou les robots industriels du XXe siècle qui assemblent les pièces d’un téléphone en quelques minutes sont des chefs-d’œuvre d’adaptation à une tâche précise. Cependant, ils ne sont pas adaptatifs. Ils ne peuvent répondre qu’à une situation qui a été au préalable entièrement pensée par leur concepteur.
Depuis une quinzaine d’années, la « robotique comportementale » et l’« intelligence artificielle située » postulent que la seule condition pour faire acquérir à une machine les facultés adaptatives basiques est de la concevoir non comme un cerveau isolé raisonnant sur des symboles dans un environnement abstrait, mais comme une entité physique, constituée d’un cerveau et d’un corps, et agissant dans un environnement réel. Un tel système adaptatif a été nommé « animat », contraction d’animal et d’artificiel.
Homme moléculaire et biotechnologies
Le corps humain contient environ 60 000 milliards de cellules en activité. Dans chacune d’elles existe un monde grouillant de molécules. Certaines sont de véritables modèles pour les scientifiques concepteurs de machines moléculaires, invisibles à l’œil nu, copiant les mécanismes fondamentaux du vivant. Grâce à des instruments de microscopie très puissants, la matière et la vie sont scrutées à l’atome près. Une nouvelle technologie, la puce à ADN, permet d’étudier en détail le génome du monde vivant. Informatique, microélectronique, nanotechnologie et biologie moléculaire s’associent pour manipuler atomes et molécules un par un, à l’intérieur même des cellules. Demain, peut-être, des machines de la taille de quelques molécules se propulseront dans le corps humain comme le sous-marin miniaturisé du « Voyage fantastique » (film américain de R Fleisher, 1966)… Les nanotechnologies permettront-elles un jour de fabriquer des nanorobots pour explorer les vaisseaux sanguins du corps et intervenir de manière précise ?
Aujourd’hui, les biotechnologies de pointe et les biomatériaux réparent les parties du corps meurtries par des prothèses idéales. En symbiose avec l’organisme, elles s’intègrent au point d’être oubliées. Le corps peut être aussi stimulé par l’électronique et l’informatique grâce à des implants directement branchés sur le système nerveux. Le défi est de réussir un jour à relier directement le cerveau et les machines. L’hybridation entre le vivant et l’artificiel, la biologie et la technologie est donc devenue une réalité. Si la réparation et la stimulation sont au service du patient, la tentation ne serait-elle pas d’expérimenter demain ces dispositifs sur le corps afin d’en augmenter les capacités physiologiques ? Entre les recherches sur l’homme handicapé et celles sur l’homme augmenté, quelles limites bioéthiques pourront empêcher toute dérive ?
L’homme communicant
Nomades et sans fil, l’ordinateur, le téléphone, « l’organiseur » sont des systèmes reliés entre eux par ondes infrarouges ou radio et constituent le réseau personnel de l’homme communicant. Désormais l’homme est directement relié aux outils quotidiens de la maison, du bureau, de la voiture. Demain peut-être proactifs, ils anticiperont les demandes et les comportements de l’homme-réseaux… Au cœur de cet environnement intelligent, l’homme communicant possède déjà l’interface ultime de communication, en se connectant au grand cerveau planétaire : l’internet.
Carole Heurtebize
Pour en savoir plus, découvrez l’exposition « L’homme transformé » à la Cité des sciences et de l’industrie, 30 avenue Corentin-Cariou, à Paris jusqu’en janvier 2003.
À lire
- Joanna Pomian (1993) : L’intelligence artificielle, Cité des sciences et de l’industrie, Presse Pocket
- Mary Shelley (rééd. 1989) : Frankenstein ou le Prométhée moderne, Flammarion (Garnier Flammarion).
- Isaac Asimov : Le Robot qui rêvait, Les Robots et l’empire, Les robots de l’aube, J’ai lu.
- Joël de Rosnay (1995) : L’homme symbiotique, éditions du Seuil.
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http//www.cite-sciences.fr, rubrique « L’homme transformé »
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