Une certaine classification relative à l’enseignement nous l’indique : le français est dit langue seconde dans les pays où cette langue est à la fois langue officielle et langue d’enseignement ; il est appelé langue étrangère dans les pays non francophones et langue maternelle dans les espaces où il est toujours la première langue acquise et pratiquée. Depuis seulement quelques années il est descendu de son piédestal (langue du colonisateur face à l’indigène) pour communier avec d’autres langues sur lesquelles il n’aura que trop trôné et dont il est devenu une langue partenaire.
Faut-il comprendre par cette évolution positive qu’enfin, il n’est plus de langues indigènes et que toutes les langues se valent et que par conséquent elles peuvent, comme des êtres vivants, grandir, s’enrichir mutuellement et fleurir de cultures et civilisations des siècles durant ? Ne faut-il pas comprendre que ce projet de partenariat commande que les langues africaines s’affirment et s’enrichissent dans les esprits des élèves et de tout apprenant de l’espace francophone, en même temps et de la même façon, peut-être avec les mêmes outils que le français ? Faut-il croire que dans ce projet de partenariat donc de respect mutuel, la langue française suffit pour assurer efficacement la promotion sociale de tous les francophones et contribuer par exemple à lutter définitivement contre la désertification des Afriques (y compris la sécheresse intellectuelle), voire la pauvreté et la condamnation à mort des pays encore en voie, hélas ! de sous-développement que sont les pays à langue partenaire ?
Qu’est-ce que donc qu’être partenaire si ce n’est d’abord et avant tout exister, être conscient de la pertinence de son existence, affirmer son existence dignement et œuvrer au quotidien à vivre le plus longtemps et le mieux possible ? Qu’est-ce donc qu’une langue partenaire si ce n’est une langue qui, tout en enrichissant d’autres langues, s’enrichit de celles-ci ? Pourquoi n’écrirait-on donc pas sur les pages linguistiques de ce nouveau siècle " une nouvelle illustration de la langue française par les langues africaines " ? L’histoire des peuples nous le dira, qui nous interpelle par la tenue des États généraux de l’enseignement du français, initiative heureuse et volonté collective qui se voudrait salutaire pour les générations montantes et futures.
Faut-il encore croire ou espérer que le seul fait de parler français et de ne parler que français dans l’espace monde donne droit à un passeport de citoyen du monde ? Que gagnerions-nous donc à faire de ce petit écolier africain en ce début de siècle un unijambiste linguistique ? Dans les pays où le français est à la fois langue officielle et langue d’enseignement selon le cas, il est enseigné presque toujours avec une langue étrangère (anglais, allemand, espagnol…) et seulement quelquefois - mais bien plus tard - avec une ou des langues africaines.
Dans ces mêmes pays, le brassage des cultures et la rencontre des peuples imposent de fait à nombre de couples la pratique du français comme unique langue de communication, donc comme langue première ou langue maternelle aux enfants, et cela dans un environnement idéologique sujet à un tiraillement entre l’apprentissage des langues africaines et les pratiques pédagogiques, et entre les pratiques linguistiques scolaires ou universitaires et le français dit de promotion sociale dans un environnement politique ou professionnel francophone.
Que d’interrogations ! Retenons entre autres objectifs qui fondent le projet de l’organisation des États généraux la production d’un référentiel de l’enseignement du français dans l’espace francophone, d’un guide et d’un plan d’action de l’enseignement du français en contexte multilingue, d’une fiche-projet relative à la redéfinition des profils de sortie des élèves et étudiants à la fin de chaque cycle, et d’un catalogue des approches méthodologiques prenant en compte les différentes situations socioculturelles, qu’il s’agisse de l’enseignement général primaire, secondaire, et supérieur ou de l’enseignement technique et professionnel (le français de spécialité et le français des affaires).
Pour la réussite de notre entreprise, nous nous inspirerons dans cet environnement très politique de la sagesse du caméléon d’Amadou Hampaté Ba : vigilance, prudence, adaptation, ancrage solide.
Le tout n’est il pas de s’organiser pour aller dignement à l’Autre non en quémandeur mais en partenaire dans l’unique dessein d’œuvrer à bâtir avec l’Autre une cité ? Une citadelle toujours plus humaine et par conséquent sûrement plus belle.
Urbain Amoa, vice-président de la FIPF,
président du comité national d’organisation des États généraux de l’enseignement du français en Afrique
Pour tous renseignements : etatsgeneraux@francparler.org
|