La radio, c’est aussi de l’écrit. Du moins l’information radio. C’est une évidence pour quiconque a l’occasion d’assister, depuis la cabine de régie, à l’enregistrement d’un " flash " ou d’un journal radiophonique. Un flash est, en règle générale, un format court, de deux minutes au plus, dit par un seul locuteur-journaliste et composé d’une dizaine d’informations brèves. Un journal, lui, est long d’au moins cinq minutes. Incluant plus d’un locuteur-journaliste, il est alimenté par plusieurs interviews, en différé ou en direct. Au cours de ces séquences d’information, le ou les journalistes lisent les éléments d’information qu’ils ont écrits durant la période qui a précédé leur passage à l’antenne.
Écouter de l’écrit oralisé
L’information radiophonique doit donc être classée dans la catégorie de l’écrit oralisé. Et non pas, surtout, de l’oral authentique, sauf pour les parties d’interview où se joue une réelle interaction entre le journaliste et l’interviewé. Une constante de cet écrit oralisé est que le journaliste, pour ne pas dérouter son public, tente d’imiter l’oral, aussi bien dans le style d’écriture des informations retenues que, au moment du passage à l’antenne, dans l’interprétation de ce qu’il a écrit (au sens où l’on dit d’un comédien ou d’un chanteur qu’il interprète un texte).
Sommairement, les caractéristiques de cet " écrit radio " sont les phrases courtes, le lexique simple et la rapidité du débit avec, parfois, des respirations placées à contretemps… Deux conditions facilitantes, donc, assorties d’une difficulté non négligeable, pour les apprenants qui écoutent de l’information radiophonique en français. Pour faciliter le travail des apprenants, l’enseignant privilégiera l’écoute des flashes plutôt que celle des journaux.
Mais, comme l’a montré l’article sur le Costa Rica dans les pages précédentes, les apprenants peuvent aussi produire de l’information radio… Les simulations d'écriture de presse font partie des exercices d'écriture à proposer à nos élèves. L'objectif principal n'est pas alors principalement la correction orthographique. C'est plutôt la construction d'un récit, en un travail qui s'apparente aux techniques d'expression. Nous croyons à la productivité, chez les apprenants, de contraintes fortes pour des textes courts. Les contraintes liées à l'écriture de presse sont fortes et nombreuses, d'ordre linguistique et non linguistique. Quant au choix du texte court, qui oblige à aller directement au fait, il permet aux apprenants de mieux se concentrer sur l'essentiel. Par là même, il est un facteur susceptible de réduire les inégalités culturelles.
Le mot simple et la phrase courte
Notre objectif est de faire produire aux apprenants, après écoute ou observation d’information écrite et radiophonique, un certain nombre d'" actes d'information " synthétisés en un flash d’environ deux minutes.
Dans " L’écriture de presse " (Le Français dans le Monde, numéro spécial Recherches et Applications de février 1993, pp. 170-181), je définissais un acte d'information comme " un énoncé descriptif, explicatif ou parfois critique d'un élément de la réalité émis, sur un support d'information, par un locuteur qui s'adresse à un public ". Les actes d'information les plus courants étant les articles de la presse écrite et les divers éléments qui s'enchaînent dans un journal radiodiffusé (ou télévisé).
Avant toute écriture, les élèves doivent se poser la question du type de radio pour lequel ils se proposent d'écrire : ils devront adapter leur style en conséquence. L’une des contraintes les plus productives de l'écriture de presse réside dans le fait de s'adresser à un public ciblé. La première conséquence de cette centration sur un public est la limitation du lexique employé. Un journal populaire comme Le Parisien ou une radio populaire comme RTL utilisent environ 1500 mots… En effet, même si, en théorie, la langue française dispose de 120 000 mots, le titulaire d'un Certificat d'Aptitude Professionnelle en utilise, en moyenne, 800... Par conséquent, nos élèves-journalistes devront toujours préférer le mot le plus simple : " voiture " plutôt que " véhicule "...
Les effets syntaxiques et énonciatifs suivent immédiatement :
- pas de phrases de plus de vingt mots, toujours préférer un point à une virgule,
- toujours accorder la préférence au temps présent, au mode indicatif, à la voix active, à la phrase affirmative et à la troisième personne,
- - dans la mesure du possible (il faut en effet disposer d’un magnétophone à bande ou numérique et avoir quelques notions de montage radio…), on peut inclure dans un des " actes d’information " la citation d’une personne qui témoigne : le discours direct est vivant, il anime.
Difficile discipline, certes, mais, du point de vue de la simulation en cours, les élèves écrivent pour communiquer (à une autre classe par exemple). Par ailleurs le maniement de cette écriture normée et simplifiée permet une meilleure structuration de la pensée jaillissante en phrases compréhensibles…
Produire de l’information radio
Autre contrainte forte : l’on doit demander aux élèves de travailler la précision de l'information apportée :
- pas d'allusions ni de références obscures,
- expliciter chaque sigle que l’on emploie,
- indiquer, pour toutes les personnes désignées, leur prénom, leur nom et leur titre,
- - indiquer, pour tous les lieux désignés, le nom en entier et le pays (ou la région, le département, le Land…),
- - ne pas abuser des chiffres et, pour les plus grands, les comparer à un élément issu de l'expérience courante. Par exemple : " …soit le prix de cinquante Renault Clio ".
Nous supposons, pour la phase de production qui suit, que les élèves sont déjà sensibilisés à l’écoute de l’information radiophonique et à la lecture d’extraits de la presse écrite (quotidiens et périodiques généralistes français et de leur pays). On peut alors leur distribuer une série de dépêches en français (de l'Agence France Presse ou d’une autre agence internationale concurrente). Ces dépêches ont été sélectionnées par l'enseignant en privilégiant celles qui sont longues de dix lignes au maximum. Les élèves, par groupes de trois ou quatre, lisent ces dépêches. Ils examinent aussi, dans les quotidiens, les colonnes baptisées " En Bref ", qui rassemblent ce que l'on nomme les " brèves " (c'est-à-dire la plus petite information qui soit : une phrase, au maximum deux, et sans titre).
On demande alors aux groupes de sélectionner chacun deux dépêches d’agence et de rédiger les brèves qui pourraient en être issues. Chacun lit à voix haute " sa " brève et on l’enregistre. Au moment de l’écoute, le groupe apprécie la conformité – ou non – avec ce que l’on entend à la radio.
Une deuxième phase de la simulation peut commencer sur la base de cette approche critique. L’enseignant recommande aux élèves d'oublier le plan classique " Thèse/ Antithèse/ Synthèse " : l'écriture de communication implique de commencer par le plus important. On élargit ensuite. Car l’auditeur est supposé mieux mémoriser ce qui se trouve en début de phrase…
Comme des professionnels
Une autre connaissance à apporter concerne les " questions de référence " : qui ? quoi ? où ? quand ? pourquoi ? comment ? Formulées dans cet ordre d'importance, les réponses à ces six questions doivent structurer le début de tout acte d'information. Il faut insister sur le fait que, quelle que soit la complexité d'un sujet, l'essentiel de ce que l'on veut communiquer peut se formuler en deux phrases (donc en quarante mots au maximum). C'est ce résumé que l'on nomme, en jargon journalistique, le " message essentiel ". Et la brève que l’on demande aux élèves de rédiger est un acte d'information réduit à son message essentiel. Les groupes d'élèves peuvent alors reprendre leurs brèves déjà écrites et les récrire de meilleure manière.
Dernière phase : on apporte de nouvelles dépêches d’agence et chaque élève, ou chaque groupe d’élèves, en choisit entre six et dix, qui lui paraissent devoir intéresser son public. Il décide d’un ordre d’importance pour les classer (l’information la plus importante en premier) et commence à en faire une suite cohérente de six à dix brèves, c’est-à-dire un flash. Une fois que chaque flash est prêt, on l’enregistre. Puis on le diffuse à la classe. Et à d’autres classes, qui n’ont pas participé à l’activité. Le rire et la fierté du travail accompli sont toujours au rendez-vous.
Jean-Claude Demari
Quelques ressources
- Le CLEMI (Centre de Liaison de l'Enseignement et des Moyens d'Information), 391 bis, rue de Vaugirard, 75015 Paris. Tél. : 33 (0) 1 53 68 71 00. Site : www.clemi.org
- L’Agence France Presse, 13, place de la Bourse, 75002 Paris. Tél. : 33 (0) 1 40 41 46 46. Site : www.afp.com
- Trois ouvrages de référence :
- CLEMI : La radio, média des jeunes (en milieu scolaire et associatif), Paris, Les guides du CFPJ, dist. PUF, 2002.
- Sophie Moirand : Situations d'écrit, Paris, CLE International, 1979.
- Charles de Margerie ; Louis Porcher : Des media dans les cours de langue, Paris, CLE International, 1981.
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