Le vendredi 13 juillet 2001 à La Rochelle, bravant la pluie battante et le vent, 7000 personnes viennent acclamer Mickey 3d aux Francofolies. Mickey 3d, un groupe encore inconnu du public français il y a deux ans. Mickey 3d, qui ressemble à son leader : émouvant mélange de candeur, de professionnalisme et d’intransigeance.
L’histoire commence en 1989 : dans la foulée très anglo-saxonne de New Order et Dead Can Dance, une bande de copains monte le groupe 3dk autour du lycée de Montbrison, petite ville proche de Saint-Étienne, dans la Loire. Assez vite, 3dk s’oriente vers un son plus brutal, à la façon de Sonic Youth. À la guitare et au chant, un certain Mickey. En dix ans, 3dk autoproduit trois albums (majoritairement anglophones) et ravit la jeunesse stéphanoise, lyonnaise et, un peu, parisienne. Tout cela sans cacher son admiration pour Nirvana et Brassens…
" Je me suis mis à écrire en français après avoir découvert Miossec et Dominique A, raconte Mickey. Au même moment, au sein de 3dk, je voulais créer quelque chose de plus calme. " Ce projet commence par être un solo, sous le nom de Mickey 3d. À la fin de 1997, avec l’arrivée d’un batteur, il devient un duo. Un soir de 1998, Mickey regarde un journal télévisé : " Le journaliste reste dix secondes pour parler de 10 000 morts au Soudan avant de s’étaler trois minutes sur un fait divers glauque dans la campagne française. " De là va naître le premier succès de Mickey 3d, " La France a peur " : " Ce morceau faisait partie de mes premières chansons en français. Quand tu as envie de gueuler, tu t’exprimes dans ta langue… " On se souvient encore de son excellent refrain, soutenu par une guitare jouée comme un oud, " La France a peur (ouhhhh)/ Tous les soirs à vingt heures/ La police vous parle (Aie confiance)/ Tous les soirs à vingt heures ".
Le premier album de Mickey 3d, Mistigri torture, commence à se faire connaître au début de l’année 2000. Sa maîtrise surprend. Belle histoire : cet album, souvent très proche de l’inspiration de Miossec, est d’abord édité par une petite structure stéphanoise, en janvier 1999, avant d’être réédité par une importante maison de disques un an plus tard… Le succès est en marche, sous l’œil attendri des parrains de Mickey 3d, le groupe Louise Attaque. En 2000, Mickey 3d se transforme en trio avec l’intégration d’une jeune graphiste, Najah, aux claviers et à l’accordéon.
En sortant très vite, en février 2001, un second album, La trêve, Mickey 3d surprend encore. L’univers y est plus personnel que dans Mistigri torture : comme en équilibre instable entre conscience aiguë du monde et légèreté de l’être. La voix, acide, est très en avant. Les mots, soigneusement sélectionnés, s’appuient sur des guitares acoustiques, des bidouillages électroniques et quelques tempêtes électriques, comme dans le très intelligent " Là "… Les surprises foisonnent dans cet album : un hommage pathétique et sans concessions au résistant Jean Moulin, une touchante ballade familiale, " Ma Grand-Mère ", et un hommage final (anglophone) à Cure et Portishead… Mickey, lui, se projette déjà dans le futur : " Ce que j’ai toujours préféré dans la vie, c’est écrire des chansons. J’attends avec impatience le moment où je vais me poser et me remettre à écrire. " Troisième album avant 2003 ?
Jean-Claude Demari
CD : Mistigri torture, Virgin, 2000 ; La trêve, Virgin, 2001.
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