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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

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Un nouveau défi : la mondialisation



On croise sur les autoroutes françaises de plus en plus de camions immatriculés à l’étranger. Les enseignes Gap, C & A, Ikea font partie du décor quotidien. Chacun d’entre nous, au supermarché, remplit son chariot de produits provenant des quatre coins du monde. La mondialisation est là, de plus en plus présente dans notre vie quotidienne.

Mars-avril 2002 - N°320


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Le phénomène de la mondialisation n’est pas nouveau. Les marchands de Venise de la Renaissance vivaient, à leur façon, la mondialisation (et de la mondialisation). La nouveauté, c’est l’ampleur et la vitesse de développement du phénomène. C’est l’arrivée subite et massive de joueurs nouveaux dans cette gigantesque compétition avec la découverte du capitalisme par la Chine, l’implosion du bloc soviétique, l’abandon par l’Inde de son autarcie économique.

Une importante progression des échanges internationaux

La mondialisation est marquée par un certain nombre d’évolutions, voire par des mutations structurelles majeures. Depuis quarante ans, le commerce mondial progresse à un rythme supérieur à celui du PIB mondial. Grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, les échanges se sont multipliés par 20, alors que la production mondiale n’a crû que de 5,5 fois. Loin de se cantonner aux seuls produits industriels, l’ouverture des marchés s’étend aujourd’hui à un nombre croissant de services : transport, restauration rapide…

Dans un contexte de concurrence accrue, les entreprises n’ont plus d’autre choix que d’entrer dans la course à la mondialisation des marchés. Il en va souvent de leur survie. Et elles sont de plus en plus nombreuses à s’affranchir des politiques de leur pays d’origine pour devenir des firmes " a-nationales ", sans drapeau, qui sous-traitent, délocalisent, vendent, pour peu que le profit soit au rendez-vous.

Cette course à la conquête des marchés extérieurs pousse ces entreprises à accroître leur taille afin de réduire leurs coûts en réalisant des économies d’échelle. Ce mouvement de concentration a donné naissance à des entreprises transnationales qui, souvent, pensent leur activité à l’échelle de la planète.

La mondialisation passe de plus en plus par des investissements directs : les entreprises desservent les marchés étrangers à partir d’une unité de production ou de commercialisation implantée sur place. Ou encore, plutôt que de continuer à produire dans leur pays, elles font fabriquer au bout du monde des produits qui reviennent pour être consommés dans les pays riches. Ce qui les attire : le coût et la docilité de la main d’œuvre, la faiblesse des charges sociales et fiscales.

Le triomphe de l’économie de marché

La mondialisation a aussi une dimension idéologique : au cours de ces dernières décennies, le libéralisme et l’économie de marché se sont imposés en modèle unique de développement à l’ensemble de la planète. Cette vague libérale a entraîné la déréglementation de beaucoup de secteurs jusque-là à l’abri de la concurrence internationale, comme le transport aérien ou la banque. Ce phénomène est facilité par l’uniformisation croissante des modes de consommation et des produits. Dans une économie mondialisée, le produit final résulte de l’apport d’un ensemble très diversifié de firmes situées généralement dans un grand nombre de pays. La voiture, que l’on croit américaine, comporte en réalité des pneus français, un tableau de bord coréen, un système de freinage allemand, des phares mexicains…

Depuis la vaste déréglementation des principales places boursières amorcée dans les années 1970, les capitaux circulent librement autour de la planète et franchissent les frontières à la vitesse d’un clic de souris informatique, à la recherche permanente de la meilleure rentabilité. C’est sans doute l’aspect le plus spectaculaire de la mondialisation. Et aussi celui qui inquiète le plus.

Et les hommes ?

Les hommes sont, paradoxalement, la " ressource " la moins mobile. D’abord, la plupart des gens souhaitent vivre dans leur région, là où résident leur famille et leurs amis. Mais aussi parce que, un peu partout, les difficultés de l’emploi ont conduit les États à renforcer les limitations aux migrations internationales.

Toutefois, même dans ce domaine, il convient de nuancer. Les firmes internationales ont généralement pléthore de main-d’œuvre peu ou pas qualifiée. Et les travailleurs de base sont souvent jugés indésirables. Par contre, ceux qui disposent de connaissances irremplaçables peuvent vendre leurs talents n’importe où et les multinationales recrutent les personnels les plus qualifiés aux quatre coins du monde…

Le train de la mondialisation est lancé. À part un déraillement, dramatique et peu probable, on ne voit pas qui pourrait l’arrêter ni comment. Pourtant, cette mondialisation et ses bouleversements engendrent, chez nombre de citoyens, suspicion, inquiétude, voire rejet. " Faut-il avoir peur de la mondialisation ? " sera donc le thème de notre prochaine rubrique.


Michel Danilo
Responsable pédagogique CCIP







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