La question de la distribution se pose
avec acuité en Afrique, où les rares salles de projection – cantonnées en
milieu urbain – ne font place qu’à un cinéma commercial importé. Réunis à
Ouagadougou (Burkina Faso) du 9 au 11 octobre 2001 à l’initiative de l’Agence
de la Francophonie et de la Direction de la cinématographie nationale du
Burkina Faso, une cinquantaine de professionnels du cinéma – producteurs,
distributeurs, exploitants de salles, réalisateurs – ont pris deux mesures
principales « pour réduire les contraintes et réorganiser la filière de
distribution du film africain en Afrique ».
Deux mesures et un plan d’action
Ces professionnels ont décidé la
constitution d’un groupement d’intérêt économique entre distributeurs opérant
en Côte d’Ivoire, au Mali, au Sénégal, au Niger et au Cameroun, qui permettra à
ces pays de mettre en commun leurs moyens pour acquérir et distribuer, au
niveau du continent africain, des films africains et francophones et engager
des campagnes promotionnelles communes.
L’autre recommandation de cette rencontre
professionnelle est la création d’un réseau de salles couvrant le Cameroun, le
Mali, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Togo, regroupées sous un
label commun et garantissant une programmation ouverte aux films africains et
francophones, avec des conditions d’exploitation de qualité et les règles de
billetterie nécessaires à la transparence des recettes d’exploitation des
films.
Un plan d’action a aussi été adopté. Il
formule des propositions à l’endroit des pouvoirs publics africains pour une
révision de la fiscalité applicable à l’exploitation des films du continent, la
réglementation des rapports entre l’exploitation en salles, la diffusion
télévisuelle et l’exploitation vidéographique, et une meilleure implication des
télédiffuseurs publics ou privés dans le financement et la promotion du cinéma
africain. L’idée de cette rencontre avait été lancée par Roger Dehaybe,
administrateur général de l’Agence de la Francophonie, à l’occasion de la
dix-septième édition du Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou en mars
2001.
Dans les zones rurales, l’Agence a d’ores
et déjà programmé des rendez-vous cinématographiques réguliers avec le public,
grâce à l’opération « Cinéma dans les Clac », lancée en mars 2001 en
Côte d’Ivoire et au Sénégal, et qui couvrira à terme l’ensemble des pays
africains francophones. S’appuyant sur le réseau des Centres de lecture et
d’animation culturelle (Clac), l’objectif visé est d’abord de toucher une
population rurale, faire découvrir le cinéma africain à son propre public et, à
moyen terme, susciter les conditions économiques d’une véritable distribution
du cinéma africain sur le continent.
Cinéma en plein air
Une ou deux fois par mois, une projection
en plein air est organisée pour les habitants – des élèves en majorité – dans
seize villages de Côte d’Ivoire et du Sénégal dotés de Clac. Le coordonnateur
du réseau des Clac arrive avec son matériel, dont un vidéoprojecteur et un
lecteur DVD haut de gamme offrant une définition d’image comparable à celle du
cinéma, un écran pliable de quatre mètres sur trois – et le film du jour… Le
public afflue. Pour la grande majorité, sinon tous, c’est un véritable
événement.
Dix films de réalisateurs africains de
divers pays ayant déjà rencontré un certain succès (1) ont été sélectionnés et
édités en DVD par l’Agence pour alimenter la programmation de la première
année, soit dix séances. Ces séances sont payantes, à un prix tout à fait
abordable pour le public, car si l’objectif n’est pas d’autofinancer cette
activité, il faut néanmoins mesurer l’intérêt réel du spectateur pour les films
à travers le paiement, serait-il symbolique, de son billet.
Dès décembre, les Clac du Niger et du
Togo accueilleront à leur tour ce cinéma africain itinérant. L’opération sera
étendue progressivement au cours des prochaines années à l’ensemble des réseaux
mis en place par l’Agence, soit 203 centres implantés dans 17 pays. Lorsqu’elle
aura atteint sa vitesse de croisière, l’opération « Cinéma dans les
Clac » devrait toucher chaque saison près de deux cent cinquante mille
spectateurs africains.
Anne Deleau (Extrait du Journal de l'AIF n° 25, nov.-déc. 2001)
Note
1 - Bal Poussière, de Henri Duparc (Côte d’Ivoire), Gito l’Ingrat, de Léonce Ngabo (Burundi), Le Damier, de Balafu Baluka-Kanyinda (République Démocratique du Congo), Le Ballon d’Or, de Cheik Doukoure (Guinée), Wênd Kûuni, de Gaston Kabore (Burkina Faso), Tilaï, d’Idrissa Ouedraogo (Burkina Faso), La vie est belle, de Benoît Lamy et Ngangura Mweze (République Démocratique du Congo), Sango Malo, de Bassek Ba Kobhio (Cameroun), Guimba, de Cheick Oumar Sissoko (Mali) et Camp de Thiaroye, de Sembene Ousmane et Thiorno Faty Sow (Sénégal).
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