" Si je n’avais pas créé Téléphone, j’aurais aimé, à l’époque, faire un album comme ça. " Jean-Louis Aubert a toujours les cheveux longs, la curiosité en bandoulière et le sourire vrai. Pour parler de Comme un accord, son nouvel album, il joue avec le temps : " Cet album me réconcilie avec mon passé. Parce qu’il a de la fraîcheur, qu’il marque un retour à quelque chose de fluide. Je le vois presque comme un retour au début de Téléphone. " Soit à un jour de 1976, où tout s’est joué quand Aubert a rappelé, " pour quelques concerts ", les amis rencontrés en 1971 : Richard Kolinka, batteur, Corinne Marienneau, bassiste, et Louis Bertignac, guitariste solo. La saga du plus grand groupe de rock de France commençait. Elle ne s'achèverait qu’en 1986.
Aubert, trente ans de musique… Cela n’effraie pas Jean-Louis. Même, il en rit : " Quand, à seize ans, j’ai écouté le premier disque d’Hendrix et que j’ai réussi à plaquer sur ma guitare trois de ses phrases, j’ai cru avoir fait la moitié du chemin. Je me donnais un an pour achever ce chemin : je suis toujours, aujourd’hui, dans sa deuxième moitié… " Comme un accord est le dixième album d’Aubert : cinq avec Téléphone entre 1977 et 1986, cinq autres en solo entre 1987 et 2001… Aubert referme ici la parenthèse expérimentale qu’avait constituée Stockholm en 1997. Le choix, pour façonner cet album, de Renaud Létang, déjà producteur des albums de Manu Chao et Alain Souchon, le laissait supposer. " Je l’ai cherché longtemps, ce producteur, souligne Jean-Louis. Je voulais un album simple, où toute la musique irait dans le sens de la chanson. Je voulais aussi qu’on puisse retrouver le bois des studios des années 1970. " Résultat ? Les rythmes sont apaisés et nerveux, les mélodies, royales (" il faut bien que j’aie une spécialité ! ") et la voix toujours cassée, aiguë, ado… Avec le zeste de rock sans lequel Jean-Louis ne serait plus Aubert : écoutez le percutant " Changer d’avis " et, sur tout l’album, le travail impeccable de la section rythmique…
S’il faut extraire de cet album une quintessence, élisons " Commun accord ", impeccable mélodie d’un homme qui se met à nu pour retrouver un peu de sérénité (" Une histoire complètement vraie : tout ce que je raconte est arrivé ")… Le lyrique " Voyager en soi-même " et sa formule magique (" Chercher le soliflore/ Au bout du soliloque ") ne sont pas bien loin : " Je suis surpris, ironise Aubert : le thème de l’introspection n’a jamais été traité depuis les surréalistes. La plongée sous-marine ou la planète Mars ne sont pourtant pas plus déconcertantes… ".
En 1992, juste après la sortie de H (autre très grand disque), Jean-Louis me déclarait : " J'ai cherché à imaginer un album encore plus épuré. Si, comme les calligrammes japonais, je pouvais finir par ne plus faire qu'une ligne, ce serait parfait. Votre imagination ferait le reste. " Dix ans après, Aubert persiste et signe : " Je n’ai plus repensé à cette phrase. Mais les choses auxquelles on ne pense plus finissent par arriver. Et Comme un accord est là… C’est peut-être pour ça que je suis ravi de cet album. " Il est des fiertés tout à fait légitimes.
CD : Comme un accord, Virgin, 2001