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À mort, l’internet gratuit !



La futilité des commentateurs de la « nouvelle économie » ne nous lassera jamais. Après avoir expliqué pendant des mois que l’avenir de la Toile passait par des contenus gratuits, personnalisés, financés par la publicité, ils prêchent aujourd’hui, avec la plus grande détermination, l’exact contraire.

Janvier-février 2002 - N°319


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Le modèle gagnant, sur l’internet aujourd’hui, serait celui d’un service payant, accessible par abonnement... Déjà de nombreuses sources d’informations francophones, hier librement accessibles, sont aujourd’hui payantes. Ainsi, le journal Transfert, grand succès de la presse spécialisée indépendante, qui avait sauvé sa version papier grâce à son plan d’affaire sur l’internet, a restreint le plein accès à son site Web à ses seuls abonnés. Plus récemment encore, le bulletin électronique InternetActu, édité par la société FTPresse et issu du pionnier de l’internet public LMBActu vient-il d’annoncer à ses abonnés que le service va devenir payant.

Les temps sont difficiles
Le groupe de presse et d’édition Bayard, spécialisé dans les publications pour la jeunesse, a quant à lui choisi la création d’un portail payant qui, prenant appui sur les publications du groupe, veut devenir le portail familial de référence. Stratégie audacieuse... En revanche, pour l’instant, les sites des principaux titres de la presse française quotidienne demeurent gratuits, l’accès aux archives étant le plus souvent payant. Le plus puissant groupe de presse régionale en France, Sud-Ouest, a même mis tout récemment l’ensemble de ses publications sur le Web. Mais les temps sont durs. Certes, le retournement violent du marché publicitaire – 60% des espaces publicitaires sur le Net seraient vacants selon une étude de Jupiter MMXI – et le désastre boursier des jeunes pousses des secteurs technologiques imposent ces nouvelles stratégies. Quelles peuvent être cependant leurs chances de succès ? Assez faibles, sans aucun doute. Aujourd’hui, seul le Wall Street Journal, qui revendique 600.000 abonnés qui lui rapportent 25 millions de dollars par an, peut afficher une bonne santé. Mais il s’agit là d’une « marque » mondialement connue, bien loin des titres encore confidentiels qui veulent faire payer leurs articles. Alors qu’à peine 6% des Français envisagent de se connecter à l’internet dans les six prochains mois, bien moins encore sont prêts à payer des contenus au moment même où les offres de connexion gratuites tendent à disparaître et où l’investissement dans un poste informatique reste assez élevé...

Au détriment de la diversité
En se développant sur le modèle du péage à l’accès et de la gratuité des contenus, l’internet marchand avait de fait adopté le modèle économique de la télévision. Si ce modèle ne fonctionne pas, ce n’est peut-être pas en superposant les péages que les internautes seront séduits. N’est-ce pas toute la chaîne de la valeur qu’il faudrait revoir ? Adosser l’offre marchande sur l’offre publique, comme cela a été le cas pour la télévision dans les années 80, aider les producteurs de contenus par un financement croisé avec les opérateurs de télécommunications, favoriser l’internet comme outil de communication interpersonnelle plutôt que comme média. Deux certitudes : le marché semble manquer singulièrement d’imagination et l’évolution actuelle se fait bien au détriment de la diversité, donc au détriment de la francophonie sur l’internet.

Pierre Oudart









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