La Belgique, Waterloo et la modernité
« L’intérêt que suscite le bicentenaire de la naissance de Hugo en Belgique a un arrière-plan politique : la Belgique comme lieu d’accueil d’exilés. Par ailleurs, le thème de l’abolition de la peine de mort ou celui des droits de l’homme amènent ici à cette volonté de célébrer la liberté de pensée qui fut celle de Victor Hugo » : Bernadette Zervudacki, attachée de coopération à Bruxelles, n’oublie pas que Hugo a passé mille jours d’exil en Belgique.
En l’honneur du grand homme, la Belgique va donc se mettre en quatre. La prestigieuse bibliothèque Solvay, à Bruxelles, sera le siège de nombreuses manifestations organisées par la Commission communautaire française, du 26 février au 30 mars 2002 : exposition « Victor Hugo et la Belgique », réalisée par Pierre Arty, création théâtrale d’après le texte
Claude Gueux mis en scène par Alain Lampoel, jeune metteur en scène qui monte, rencontres et conférences. Du côté du bourgmestre de Bruxelles, une plaque commémorative sera apposée le 26 février au 4, place des Barricades, où Hugo a vécu de 1868 à 1871.
Waterloo, « morne plaine », ne sera pas en reste : la ville où Hugo a terminé ses
Misérables a programmé plus d’une dizaine de manifestations, dont une reconstitution du « Banquet des
Misérables », une veillée hugolienne en musique le 25 février et une exposition de manuscrits, dessins et éditions originales du 15 octobre au 15 décembre 2002.
Le concours « Allons en France », enfin, connaîtra en Belgique une innovation de taille : les dix questions qui seront posées aux lycéens belges emprunteront le canal des « textos », ces courts messages que l’on compose sur le clavier des téléphones portables...
La Bulgarie et le « Discours de Batak »
En 1876, année où il est élu sénateur de la Seine sur la liste de l’Union Républicaine, Victor Hugo, alors âgé de 74 ans, écrit un discours intitulé « Pour la Serbie ». Pour protester contre le massacre des habitants de la ville bulgare de Batak par les Ottomans, il y dit : « Oui, la nuit est noire ; on en est à la résurrection des spectres ; après le Syllabus, voici le Coran ; d’une bible à l’autre on fraternise (...). Est-ce donc si difficile, la paix ? La république d’Europe, la fédération continentale, il n’y a pas d’autre réalité politique que celle-là. Les raisonnements le constatent, les événements aussi. (...) La preuve était faite par les génies, la voilà faite par les monstres. L’avenir est un dieu traîné par des tigres. »
Ce texte, aux résonances étonnamment actuelles, est étudié depuis plusieurs années dans les écoles secondaires bulgares où il est connu sous le nom de « Discours de Batak ». Son auteur figure parmi les français les plus célèbres en Bulgarie, un de ceux qui ont soutenu le pays dans sa reconquête de la liberté.
Modernité de son œuvre, universalité de son engagement : la célébration du bicentenaire de la naissance de Victor Hugo répond en Bulgarie à une attente particulière. Le programme initié par l’Ambassade de France sera concentré au cours d’une « Semaine Hugo » début juin 2002. Côté audiovisuel, la télévision nationale bulgare diffusera plusieurs programmes proposés par Canal France International (CFI) : dessins animés, longs-métrages de fiction récents, et surtout le spectacle
Notre-Dame de Paris. En outre, deux films français (
Adèle H, de François Truffaut et
La folie des grandeurs, de Gérard Oury) seront projetés à l’Institut français.
Dans le secteur de la recherche, un colloque intitulé « Victor Hugo, l’homme, le penseur et l’écrivain » sera organisé par l’université de Veliko Ternovo et l’Alliance Française de cette ville, en collaboration avec l’université Paul-Valéry de Montpellier. L’Ambassade de France envisage aussi d’inviter Michel Winock, en partenariat avec la nouvelle université de Sofia, pour animer un séminaire consacré à l’engagement politique de Hugo et au rôle social des intellectuels.
Dans le secteur éducatif, le concours « Allons en France » permettra à quatre jeunes Bulgares de se rendre en France en juin 2002. Des travaux des élèves des lycées bilingues de la capitale et du lycée français Victor-Hugo seront présentés à la Bibliothèque nationale de Sofia.
J.-C. D. avec Gilles Laborde, attaché culturel, Ambassade de France en Bulgarie
Le Cameroun et ses champions
En 2001, le Centre culturel français Blaise-Cendrars de Douala a devancé la célébration du bicentenaire de la naissance de Victor Hugo : il a organisé, à l’occasion de « Lire en fête », du 30 octobre au 17 novembre, un concours inter établissements centré sur le grand homme... « Nous avions décidé de nous inspirer de
Questions pour un champion, précise Nadine Monchau, la médiathécaire du CCF. Avec les enseignants camerounais, nous avons élaboré près de trois cents questions, en tentant d’éviter les questions pièges... » Dix établissements de Douala ont concouru : les lycées New Bell, Joss, Nylon et Dominique-Savio, les collèges Saint-Michel, Chevreul, Alfred-Saker, de la Maturité, Libermann et Évangélique. Chacun avait formé une équipe de six élèves qui devaient répondre à dix questions sur la vie, dix sur l’œuvre et dix sur l’époque de Victor Hugo. Exemples : « En quelle année Hugo épouse-t-il Adèle ? (1820) » ; ou encore : « Au bout de combien de tentatives Hugo est-il élu à l’Académie Française ? (quatre) » (Voir p. xx la fiche pédagogique descriptive de l’activité.)
Le jour de la finale, des élèves ont lu des textes de Hugo entre chaque série de questions. C’est finalement le lycée Dominique-Savio (opposé au collège protestant Alfred-Saker) qui a gagné. « Les enseignants ont énormément fait travailler les élèves, souligne Nadine Monchau. Les seules lacunes que j’ai constatées se situaient au niveau de l’époque : de petits problèmes en histoire, y compris sur le Cameroun. Mais l’ambiance a été très bonne et l’initiative a permis aux établissements de la ville de se connaître entre eux. » Au programme pour 2002 : Zola et Alexandre Dumas, « en faisant cette fois participer les petits. »
La Chine et l’art de la traduction
« Victor Hugo est traduit en chinois depuis près d’un siècle ! La plus ancienne traduction est celle des
Misérables, dès 1907. Pour
Le dernier jour d’un condamné, c’était 1929...Victor Hugo fait partie de la culture générale des Chinois cultivés urbains. » Roger Darrobers, attaché culturel à Pékin, est enthousiaste. Il faut dire que les initiatives françaises sur Victor Hugo trouvent, du côté chinois, un fort écho. Ainsi c’est une manifestation chinoise qui, dès le 5 janvier 2002, a donné le coup d’envoi de l’année Hugo en Chine : une journée Hugo a été organisée ce jour-là par l’Institut de recherche sur la littérature étrangère de l’Académie des sciences sociales de Chine, en présence de Li Tieying, président de cette prestigieuse académie et membre du Bureau politique du Parti communiste chinois... La semaine suivante, un colloque Hugo a eu lieu à l’université de Pékin.
Côté français, la journée Victor Hugo aura lieu le 20 avril 2001 à l Université des langues étrangères de Pékin en présence du ministre de la Culture chinois et du Président de l’Association chinoise d’amitié avec l’étranger. À Canton, un colloque aura lieu fin avril à l’Université Sun Yat Sen tandis que Shanghai se prépare à diffuser la traduction en chinois d’un recueil d’œuvres politiques de Hugo tout en préparant, côté théâtre, une adaptation de
Ruy Blas...
La Grèce et son Enfant
Le grand quotidien grec
Eleftherotypia va diffuser, au cours du mois de janvier 2002, un cahier spécial Hugo préparé par deux universitaires, Anna Taliaki et Despina Provata. Depuis
Les Orientales et l’
Enfant grec, on sait qu’un lien particulier existe entre le dernier romantique français et le peuple grec. Un Comité national Victor Hugo a donc été créé à l’initiative de personnalités politiques et intellectuelles grecques, et de l’Ambassade de France. « Un éditeur grec, précise Didier Talpain, attaché culturel à Athènes, va sortir à la fin du mois de mars un ouvrage bilingue qui reprend tous les textes de Hugo sur la Grèce, augmenté de deux rares « Lettres aux Crétois ». Un chapitre y sera consacré au poète national Palamas, qui a écrit sur Hugo. » Cet ouvrage sera lancé le 15 avril, à l’occasion d’une soirée, présidée par Jean-François Kahn, où l’on entendra des artistes grecs interpréter des mélodies écrites en France au XIXe siècle sur des textes de Hugo.
Du côté de l’université, quatre conférences consacrées à Hugo ont commencé, le 8 janvier 2002, à l’Institut de recherches néo-helléniques d’Athènes. Elles se poursuivront, chaque mardi, jusqu’au 29 janvier. Thessalonique ne sera pas en reste en organisant, en novembre 2002, un colloque et une exposition. En projet, aussi, une pièce de théâtre créée par des étudiants athéniens.
Un seul regret : il ne sera pas possible d’organiser un concours scolaire en Grèce, du fait que le français n’est pas assez enseigné dans le secondaire public...
Jean-Claude Demari
L’Uruguay, Garibaldi et Hugo
Un très célèbre journaliste sportif uruguayen se nomme Victor Hugo Morales... Et il n’est pas le seul : en Uruguay, pays de tradition francophone, francophile (et footbalistique), Victor Hugo est probablement l'auteur français le plus lu après Jules Verne et Balzac. Au moment où Victor Hugo se trouve en exil, Montevideo est en pleine Guerra Grande, une guerre qui l'opposa de 1839 à 1852 à l'Argentine et à laquelle participèrent nombre de Français, entre autres de la Légion Étrangère.
Cette guerre inspirera Lautréamont et ses
Chants de Maldoror, Alexandre Dumas fils avec
Montevideo ou une Nouvelle Troie et Victor Hugo dans
Les travailleurs de la mer. Il nous y décrit l'ambiance d'une auberge de l'île de Guernesey où les marins avaient l'habitude de se réunir : Montevideo, à peine sortie de la Guerra Grande est au cœur des conversations. Ainsi, lors d'un dialogue entre marins : « Voilà encore les deux villes de la Plata en bisbille. Quand Montevideo engraisse, Buenos Aires maigrit. »
En Uruguay, la personnalité de Victor Hugo semble aussi liée à son appui inconditionnel à Garibaldi, « héros des deux mondes » qui a combattu pendant cette guerre, devenant ainsi général en chef de l'armée uruguayenne. Ce libérateur, artisan de l'unité italienne, participe aussi à la guerre franco-prussienne et est élu député en 1871. Son élection étant contestée, Garibaldi est déclaré inéligible car ne possédant pas la citoyenneté française : Victor Hugo donnera alors sa démission de l'Assemblée Nationale !
Le bicentenaire de la naissance de Victor Hugo sera donc célébré en Uruguay conjointement avec les partenaires uruguayens de l’Ambassade de France - dont l'association garibaldienne... Plusieurs actions sont prévues : des concours destinés aux professeurs de français, au grand public, aux élèves des Instituts dispensant un enseignement du français et des Alliances françaises. Sont également prévues une présentation de l'exposition de l’Association pour la diffusion de la pensée française (ADPF), « Victor Hugo, l'homme des grandes causes » et des projections de documents audiovisuels en présence d'un écrivain qui viendrait à cette occasion ; Max Gallo et Jean-François Kahn sont pressentis.