La dynastie Chedid
D’abord, il y a la mère : Andrée Chedid. De culture franco-libanaise, elle écrit des romans, des pièces de théâtre, de la poésie et, parfois, des chansons. Il y a ensuite le fils : Louis, chanteur, célèbre depuis près 30 ans. Il y a, enfin, le petit-fils, Mathieu, plus connu sous le nom de M. Guitariste virtuose, il marche sur les traces de son père en interprétant quelquefois des chansons écrites par sa grand-mère. Andrée, Louis, Mathieu : c’est la dynastie Chedid.
Janvier-février 2002 - N°319
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À force d’entendre parler de Mathieu Chedid depuis quelques années, on aurait presque tendance à oublier son père. Moustache poivre et sel, léger embonpoint, Louis Chedid, 53 ans, s’est pourtant décidé à rompre un silence long de quatre ans en publiant au printemps dernier Bouc Bel Air, son quatorzième album, qu’il a présenté en novembre 2001 sur la scène de l’Olympia, à Paris. Les modes passent : Louis Chedid reste fidèle à lui-même. « Bouc Bel Air est le nom d’un village à côté d’Aix en Provence, dans le sud de la France, déclare-t-il. Mes parents avaient là-bas une maison de vacances. Lorsque j’avais entre sept et douze ans, on y passait trois mois par an ». La chanson qui donne son titre à l’album est donc totalement autobiographique : « Au départ, je n’y croyais pas, je me disais que le texte était trop personnel et que cela ne toucherait que moi. Mais quand je l’ai testée sur mon entourage, j’ai pu constater très vite à quel point beaucoup de mes amis se retrouvaient dans la description de ces lieux : finalement les détails intimes parlent au plus grand nombre... » Ce disque, qui s’est déjà vendu à près de 60 000 exemplaires, marque donc le retour de Louis Chedid.
Sans doute à cause du faible écho de son précédent album, Répondez-moi, pendant quatre ans, on a surtout entendu parler de Louis par personne interposée : la place était occupée par le fiston, M... En deux albums, ce guitariste virtuose a réussi à se faire un prénom. « Quand il a démarré, dit en souriant son père, tout le monde lui parlait de moi. Maintenant, tout le monde me parle de lui. De toute façon, il avait sa place. Sa drôle de coiffure, son déguisement de super héros... : il fallait vraiment y croire ». Les portraits croisés du père et du fils ont inspiré nombre de journalistes. Et, quand les rédactions étaient à court d’idées, il était facile de remonter une génération en s’attardant sur le nom d’Andrée Chedid... Cette écrivaine poète, née en Égypte de parents libanais, il y a 81 ans, est installée en France depuis plus de cinquante ans. Elle aime mélanger les genres : petits poèmes dans un roman, nouvelles aux allures de scénario.
Andrée Chedid est l’auteure d’une œuvre qui compte plus de trente volumes et qui s’est développée à partir d’horizons pluriels : l’Orient et ses guerres successives, et puis la France, où elle s’est installée avec son mari en 1946. Mais Andrée, à la demande de son petit-fils, a aussi écrit ses deux premières chansons, dont « Je dis aime », qui a valu à Mathieu deux Victoires de la musique. La boucle est ainsi bouclée. C’est sans doute aussi cela, la dynastie Chedid.
Edmond Sadaka
Radio France Internationale
CD : Bouc Bel Air, Atmosphériques/ Sony
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