La nouvelle structure du système éducatif libanais et le nouveau curriculum de 1997 insistent, dans leurs finalités, sur le statut officiel de la langue arabe et soulignent, en même temps, l’importance de la formation trilingue (arabe, français, anglais). Pour concrétiser pédagogiquement cette ouverture aux langues vivantes, on introduit dès le premier cycle de l’enseignement de base une langue seconde pour l’apprentissage des mathématiques, des sciences, de la géographie.
La méthodologie de « l’éducation globale »
« L’éducation globale » a pour caractéristique d’aborder l’enseignement par le biais de la vie quotidienne et de l’intégration sociale, afin d’aider l’enfant à faire face aux défis du XXIe siècle : elle a semblé un modèle intéressant pour développer l’enseignement bilingue.
Un protocole d’accord a donc été signé entre le Centre de recherche et de développement pédagogique du Liban et l’Unicef, pour mettre en place une expérimentation dans 16 écoles publiques, avec des enfants de 6 à 9 ans. Au-delà d’objectifs linguistiques, en introduisant une deuxième langue véhiculaire dès l’entrée à l’école de base, le projet visait à développer la coordination au sein des écoles (travail en équipe, réunion de parents, suivis individualisés), à développer les capacités intellectuelles des enfants, à alléger le contenu conceptuel des disciplines et à diminuer le nombre des manuels scolaires.
Les options pédagogiques et didactiques conformes aux objectifs « intègrent » donc l’enseignement des mathématiques, des sciences et de la géographie à celui de la langue seconde, dans la conception du matériel pédagogique et dans les pratiques méthodologiques. Les emplois du temps du cycle sont souples, les activités travaillées en fonction d’une progression d’ensemble. Des livrets d’activités de lecture et d’écriture pour l’arabe et le français1 introduisent certaines notions sur l’espace, les plantes, les animaux. Le livret de mathématiques, conçu en français1, offre une large place à l’apprentissage de la langue seconde à travers la formulation des consignes, l’explication de la démarche et le raisonnement sur les stratégies et les erreurs. Le temps significatif consacré à la langue seconde pour la construction positive de structures linguistiques utilitaires, permet à l’enfant de développer, en parallèle d’un raisonnement logique, une conscience objective et valorisante de cette langue seconde.
La désignation dans cette langue seconde de notions connues dans sa langue maternelle et familières à son environnement lui permet d’adopter cette nouvelle langue sans inquiétude. Il pourra, au travers de repères disponibles, spécifiques à l’espace ou à la nature, s’aventurer vers d’autres « univers » moins concrets : le besoin d’apprendre une langue seconde se traduira par le fait que cette langue, lui ouvrant des perspectives, l’aidera à comprendre le monde.
Une évaluation globalement positive
« Découvrir le monde » à partir d’une seconde langue émancipe l’enfant et la langue, en les sortant d’un bilinguisme limité. Les mots qui lui manquent pour s’exprimer, l’enfant les retrouvera grâce au « recoupement » thématique et notionnel (la famille, l’école, le pays, la nature), des activités en langue arabe. De même, les conditions matérielles de cette approche ont l’avantage de sécuriser l’apprenti bilingue dans sa découverte des divers codes. Il peut développer une conscience graphique et orale de sa langue maternelle, ainsi que de la langue seconde par l’accès aux textes de lecture et aux différents écrits mathématiques et scientifiques.
La méthodologie de « l’éducation globale » donne du sens aux apprentissages et, en septembre 2001, une première évaluation de la mise en place de l’expérimentation montre la satisfaction (à 90 %) de tous ceux qui ont participé, les obstacles d’ordre matériel n’ayant pas entravé les processus de formation et de suivi.
Mais le « recoupement » disciplinaire, essentiellement thématique, reste le point faible de cette méthodologie et, malgré les diverses approches procédurales, les acquis conceptuels semblent insuffisants, en comparaison avec ceux visés par les programmes officiels du cycle.
Pour donner du crédit à cette méthodologie, il est nécessaire d’introduire la notion de projet – projet de cycle – et de recentrer sur les compétences à faire acquérir à l’enfant... C’est le travail à venir des équipes de terrain...
Nada Sardouk
Inspectrice de langue et littérature françaises,
Beyrouth
Note
1. L’expérimentation se fait également avec l’anglais
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