Arrivé en France en 1988 avec son père Kateb Yacine (qui devait décéder un an plus tard) Amazigh Kateb fonde Gnawa Diffusion à Grenoble en 1992. « J’ai voulu, explique-t-il, prendre en main ma vie sur les traces de mon père ». Très vite, le jeune homme développe une philosophie d’homme combatif. Amazigh (‘homme libre’, en berbère) est l'auteur des textes du groupe, des textes engagés et cinglants quand ils évoquent l'Algérie comme dans « Ouvrez les stores », chanson extraite de leur second album : « Le GIA fait mal, mais beaucoup d'autres ont les mains sales ». La musique est ronde et dansante. Elle mêle dans un bel élan le chaâbi (tradition populaire algéroise), le reggae, le raggamuffin ainsi que les transes et instruments traditionnels des Gnawas.
La fascination d’Amazigh, le seul Maghrébin du groupe, pour ces chants du désert ne date pas d’hier. Il les a découverts très jeune dans le Touat, l’une des plus belles régions du Sud algérien. « C’était une émotion forte, j’y puise encore une partie de mon inspiration, comme pour combler un manque d’africanité. La sophistication des bourgeoisies du Nord a gommé un pan de notre identité : ce sont ces racines qui s’expriment dans Gnawa diffusion. » Amazigh Kateb, aujourd’hui âgé de 29 ans, est l’un des compositeurs algériens les plus inventifs de sa génération. À elles seules, ses vocalises témoignent de toute l’identité du groupe. Côté instrumental, basse et batterie côtoient sur de solides harmonies arabes les incontournables castagnettes en fer qui martèlent habituellement le rythme des transes gnawas. « Notre principe, c’est de mélanger les styles et les langues, de tenter aussi de faire tomber certaines barrières souvent très lourdes. »
Le premier album de Gnawa Diffusion, un CD de 5 titres intitulé Légitime différence, sort en 1993. C'est alors que démarrent les concerts dans l'hexagone avec FFF, Zebda ou Princess Erika. Remarqué parmi les nouveaux groupes qui mêlent musique métissée et revendications hexagonales, Gnawa Diffusion sort un album autoproduit, Algeria, quatre ans plus tard, en 1997, alors que sa popularité ne cesse de s'accroître. Mais c'est sur scène que le voyage musical prend toute son ampleur. En janvier 1999, Gnawa se lance dans l'enregistrement d'un second album qui voit le jour en mai sous le nom de Bab el Oued - Kingston. Dès la sortie du disque, le groupe entame à Toulouse une tournée qui le mènera en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. En 2000, Gnawa Diffusion tourne en Algérie en fin d'année avant d'y revenir en 2001 pour une série de quatre dates, dont deux à Alger les 6 et 7 août… qui se voient interdites. La formation d’Amazigh Kateb, on le voit, n’en finit pas dynamiter à coup de cocktails rock-reggae-musique orientale les scènes françaises et internationales.
Edmond Sadaka, Radio France Internationale
CD : Bab el Oued - Kingston, Next Music
|