Les français parlés à Québec, à Paris, à Moncton, à Abidjan, à Marseille ne chantent pas, ne s’organisent pas de la même manière. Mais je garderai longtemps dans ma mémoire la déclaration si fière des jeunes au Sommet de Moncton : « Tous nous parlons français, et tous avec un accent. »
Cela n’est certes pas du gout de ceux qui ne voient midi qu’à leur porte, comme tel animateur français célèbre ridiculisant le français du Québec sur une chaîne publique. Alors que des personnes de bonne volonté s’efforcent de resserrer les liens au sein de la francophonie, d’autres s’amusent à éveiller des ressentiments… Mais qu’importe ; je peux témoigner que les Canadiens francophones ironisent sur l’accent provençal, plus gentiment du reste.
Il n’en est pas moins vrai cependant que dans tous les pays francophones règne un souci commun, parfois même une vive inquiétude : quel est le standard ? Quel est le seuil de variantes à ne pas dépasser pour que la langue reste partagée ? Interrogation sans doute née du besoin de se préserver des codes de communication et de reconnaissance dans le maelström de la mondialisation et des tensions globales.
Ainsi, un atelier s’est tenu récemment à Montréal sur ce qui est acceptable et ne l’est pas en matière de français oral. En Afrique on s’interroge beaucoup sur le statut d’un français dont le lexique se trouve métissé de langues africaines, ou les structures syntaxiques gagnées par le chant des griots.
C’est une des questions parmi beaucoup d’autres qui seront évoquées aux Etats généraux de l’enseignement du français en Afrique francophone qui se tiendront à Abidjan en novembre 2002, événement FIPF , AIF, AUF
1, soutenu par tous les partenaires du monde francophone. Donner la parole aux praticiens et acteurs institutionnels ou non du monde de l’école, dans tous les cycles scolaires, pour que les problèmes soient analysés, pour que les causes de dysfonctionnement émergent, pour que des solutions soient avancées et des documents précis élaborés, tel est l’objectif. Nous nous tournons vers les pays d’Afrique et faisons appel à toutes les contributions écrites, de l’instituteur au professeur d’université, du parent d’élève à l’homme de communication. La FIPF n’oubliera pas les pays non francophones qui pourront eux aussi disposer d’un espace d’expression. Enseignants et théoriciens africains, gens d’expérience, si vous avez un témoignage enrichissant, une idée innovante à faire partager, c’est le moment ! Cet événement, nous l’avons voulu pour vous. N’hésitez pas nous faire parvenir vos propositions de communication : des états généraux naissent parfois des révolutions.