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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Développement de la réflexion critique en classe de français



La mission de tout enseignement est de préparer les jeunes apprenants à vivre et à travailler dans un monde changeant, de plus en plus marqué par la nouveauté dans tous les domaines. Conscients qu’ils ne peuvent enseigner aux apprenants tout ce que réserve la potentialité de la langue étrangère dans la vie de tous les jours, les enseignants doivent donc "apprendre à apprendre"…

Septembre-octobre 2001 - N°317


 
  

Selon une étude menée par le professeur Kurt Meredith de l’université de Northern Iowa, 25 % des apprenants d’aujourd’hui, lorsqu’ils auront atteint l’âge de quarante ans, exerceront des professions qui n’existent pas de nos jours. Les chercheurs américains constatent également que dans dix ans, nous ne pourrons nous servir que de 10 % des informations qui circulent actuellement alors que 80 % des informations seront vieillies et obsolètes. Apprendre une discipline, les langues étrangères comprises, n’est donc plus l’élément principal du processus d’enseignement/apprentissage. Il est plus important de développer la réflexion critique qui permet la discussion et le traitement de l’information reçue. L’enseignant doit tenir compte du caractère imprévisible de l’évolution des besoins des apprenants pour en assurer les nécessaires et constants réajustements avec une efficacité réelle.

La classe : lieu de réflexion
Le développement de la réflexion critique n’est pas une discipline à part. Ce n’est pas l’acquisition des savoir-faire, c’est le résultat final de l’exercice quotidien. C’est le processus actif, spontané qui pourrait être intégré au développement des autres compétences de l’apprentissage d’une langue étrangère. Le développement de la réflexion critique, vu les exigences du principe pédagogique de stabilité et d’accessibilité, doit toujours s’appuyer sur les connaissances acquises auparavant. S’il est impossible d’établir de façon catégorique à partir de quelle classe il faudrait commencer ou finir le développement de la réflexion critique ; l’observation des classes en France nous a permis de tirer une conclusion : la réflexion critique dans les établissements scolaires français est développée chez les apprenants dès le plus jeune âge. Lorsqu’un enfant français ouvre la bouche il dit : « Je pense que…». Une première étape pour émettre un jugement.
Les pistes suivantes permettront aux enseignants d’encourager le développement de la réflexion critiques chez leurs élèves :
- donner la possibilité de réfléchir pendant les classes de langues étrangères le plus souvent possible.
- accepter toutes les idées des élèves avec tact. S’abstenir de corriger les fautes et défendre aux apprenants de se moquer des idées « ridicules ».
- encourager l’initiative des timides par de phrases telles que : « Tu as le droit d’exprimer ce que tu penses, je veux vraiment connaître ton point de vue, on peut apprendre des choses de toi », etc… afin de les encourager à parler.
- les apprenants doivent s’habituer à avoir confiance en eux-mêmes et manifester de la patience en écoutant les autres.
- les apprenants ne doivent pas attendre « la seule et la juste » réponse de la part de l’enseignant. Quand ils réfléchissent, la diversité d’opinions apparaît, en plus quand ils voient que leurs opinions sont appréciées par le professeur, ils commencent à se sentir à l’aise et à sentir la responsabilité de ce qu’ils disent et comment ils le disent.

En passant par la compréhension écrite...
Les activités autour de la compréhension écrite peuvent être le point de départ du développement de la réflexion critique en classe de langue. Notamment si le professeur acquiert quelques “ réflexes ” essentiels. Le choix du matériel à étudier est important : il faut sélectionner des textes porteurs de sens (il est toujours beaucoup plus facile de lire des textes à visée professionnelle ou culturelle). Il faut bien sûr s’assurer que le contenu du texte puisse intéresser l’apprenant (en fonction de son âge et son avancement en langue). Si le lecteur lui-même manifeste de l’intérêt à la compréhension écrite, il comprendra mieux le texte.
Il est également important de tenir compte des connaissances antérieures. On ne part jamais de zéro, et le principe pédagogique “ du connu à l’inconnu ” doit toujours être en vigueur dans l’enseignement/apprentissage de langues étrangères. Il est évident que l’apprenant qui a le plus de vocabulaire et de maîtrise des stratégies de lecture, retiendra mieux le matériel nouveau. La lecture peut se faire en commençant par des textes littéraires puis en introduisant petit à petit des textes de journaux traitant de l’actualité, permettant de recueillir une information et de se cultiver.
Le développement de la réflexion critique implique, outre le travail sur des objectifs linguistiques et communicationnnels, de fixer des objectifs psychologiques. Pour atteindre certains de ces objectifs l’enseignant va organiser le travail de coopération. La méthode de la lecture en groupe ou de coopération enrichit tout apprentissage. Cette méthode est très utile quand le texte est long ou compliqué, car le travail à deux favorise compréhension, mémorisation, réemploi et la mise en commun des productions est généralement meilleure. Si le texte contient des difficultés, la compréhension sera plus lente, mais elle sera basée sur la réflexion, l’analyse, la synthèse et le dialogue incessant entre les apprenants. De plus, le travail à deux qui favorise les prises de parole multiples, peut diminuer l’individualisme de certains apprenants et les rendre plus sociables.

Face au texte, quelles attitudes ?
Le développement de la réflexion critique en classe implique d’adapter les exercices et les activités à cet objectif. On peut imaginer une activité en deux séquences. Dans la première étape du travail, le professeur joue un rôle important, celui de “ questionneur ”. Il doit encourager les apprenants à utiliser leur vocabulaire, leur mémoire et leur connaissances générales sur le thème abordé par le texte (traditions, culture, géographie, dates, noms, lieux ou personnages connus). Ainsi, l’enseignant pose des questions à toute la classe ou bien il demande à deux ou à quatre groupes d’élèves de réfléchir ensemble à la question posée, après quoi il demande aux représentants de chaque groupe de présenter tout ce qu’ils savent sur la question posée.
La deuxième étape consiste à dévoiler le contenu du texte. Des extraits du texte sont distribués à chacun des groupes. Chaque élève lit une petite partie du texte, après il le résume à son voisin et vice-versa. Après le texte est résumé à toute la classe, par les représentants de chaque groupe. Cela permet à l’enseignant de voir si tout le monde a travaillé de manière consciencieuse et, surtout, l’apprenant est obligé d’avoir recours à de nouveaux outils lexicaux pour pouvoir exprimer ce qu’il souhaite. Après avoir écouté les élèves, l’enseignant peut lancer la discussion, commenter la réponse, corriger les erreurs d’expression orale. Si les enfants n’expriment pas les connaissances acquises avec leurs propres mots et leur propre lexique, ils ne se les approprient pas vraiment. Il est donc nécessaire de procéder à une dernière étape de “ méditation ”. Toute lecture devrait se faire le crayon à la main. On peut employer les signes conventionnels: “+” pour indiquer les informations connues, “-” pour ce qui est nouveau, “?” sur ce qui n’a pas été clair, “!” - très intéressant etc. Pendant cette phase chaque lecteur pourra vite trouver le passage compliqué et s’adresser au professeur, il sera en plus obligé de relire certains passages à la maison.

Une méthode de travail qui développe d’autres compétences
Quand on travaille à deux, celui qui ne sait rien (ou sait peu de choses sur le sujet donné) peut apprendre quelque chose d’utile de son partenaire. Quand l’enseignant l’interrogera, il pourra surmonter un éventuel complexe d’infériorité et, éventuellement, trouver goût à la lecture. Les deux élèves ont ainsi la possibilité de communiquer sous forme d’un dialogue ce qui leur apprend de plus à se respecter mutuellement.
Réfléchir à un texte, ce n’est pas apprendre par coeur : le texte “ réfléchi ” ne s’oubliera pas aussi vite que les choses apprises par coeur. D’autant plus que ce type de travail incite les élèves à être très attentifs, car l’objectif envisagé de la compréhension écrite prévoit aussi de raconter le texte à l’enseignant et aux autres.
En dernier lieu, il faut rappeler que l’exercice scolaire qui développe la réflexion critique pendant la lecture joue un rôle déterminant pour la socialisation. La réflexion critique en classe de lecture contribue au décloisonnement entre les disciplines. Tous les apprenants, dès leur plus jeune âge, ont la possibilité directe d’entrer en contact direct avec l’information, les faits éducatifs, instructifs et civilisationnels des autres pays qui jouent le rôle déterminant dans la socialisation. Le développement de la réflexion critique pourrait avantageusement contribuer à la formation de citoyens aptes à l’insertion sociale et à la réussite professionnelle dans l’Europe de demain.

Zita Tarvydiene,
Université de Vilnius,
Lithuanie










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