C’est en 1987, à l’occasion de la deuxième conférence des chefs d’Etat et de gouvernement ayant le français comme langue de partage, qu’est née l’idée de renouer avec la tradition originelle de l’olympisme, associant sport et culture, et de le faire dans une perspective francophone.
Ce fut le Maroc qui organisa le premier ces Jeux, en juillet 1989, dans les villes de Rabat et de Casablanca. Trente pays étaient alors représentés à travers mille huit cents participants qui pratiquèrent quatre grands sports, l’athlétisme, le basket, le football et le judo.
Pour un olympisme francophone
La deuxième édition des Jeux de la Francophonie eut lieu à Paris, en 1994, avec quarante-trois pays et trois mille participants, qui disputèrent cette fois six sports, tandis que ce fut Madagascar qui accueillit en 1997 trente-cinq pays et mille cinq cents participants.
Niamey, capitale du Niger devrait accueillir en 2005, les 5e Jeux : de nombreux représentants de ce pays de sept millions d’habitants étaient présents au Canada pour préparer cette prochaine manifestation.
La liste des pays représentés à Ottawa et à Hull a pu surprendre certains, notamment les médias canadiens anglophones qui se sont par exemple étonnés de la présence de la Bulgarie, de la Lituanie ou de la Macédoine. C’était oublier que l’Organisation Internationale de la Francophonie compte à l’heure actuelle cinquante-cinq états membres. Parmi ceux-ci, l’on connait bien sûr ceux d’Afrique, d’Amérique du Nord, d’Asie ou du Maghreb, qui font partie de la francophonie depuis les années 70, mais moins ceux qui sont rentrés plus récemment dans l’organisation comme l’Albanie, la Macédoine ou la Slovénie, qui sont pourtant membres depuis 1999. Quoi qu’il en soit, il reste que ce type de rassemblement relève d’une volonté clairement politique de promotion de la francophonie et que les liens des pays représentés avec la francophonie peuvent être très forts ou plus ténus.
Sport et culture
L’originalité de ces Jeux étant de marier sport et culture, le programme de Hull et Ottawa ne manquait pas, à cet égard, de vrais attraits. Les épreuves sportives disputées allaient de l’athlétisme au volley de plage, en passant par le basket-ball féminin, la boxe, le judo, le tennis de table et le football masculin. Pour faire le lien entre sport et culture, ce sont le sprinter canadien Bruny Surin et la chanteuse canadienne Isabelle Boulay qui avaient assuré la promotion des jeux.
L’ouverture de ceux-ci fut d’ailleurs placée sous le signe de la chanson puisqu’une dizaine d’artistes sont venus sur la colline du Parlement interpréter des textes de Luc Plamondon. La Camerounaise Sally Niolo, la Tunisienne Lââm, ou encore le Français Patrick Fiori ont ainsi participé à un spectacle qui était retransmis par les grands médias audiovisuels canadiens et, pour le reste du monde, par TV5. Ottawa vivait d’ailleurs déjà au rythme de la chanson puisqu’une Francofête réunissait depuis un mois divers chanteurs francophones.
Durant les jeux, ce sont des ateliers et des concours réunissant des artistes francophones qui étaient proposés au public autour de la peinture, de la photographie, de la sculpture, des arts de la rue, du conte, de la poésie ou encore de la danse traditionnelle. Initiative heureuse qui permit par exemple au public de prendre contact avec différentes formes de la poésie francophone à travers des expositions interactives, des lectures publiques ou encore des débats. Pour la peinture, sur l’esplanade du Musée des Civilisations à Hull, le public pouvait rencontrer les artistes qui réalisaient une œuvre sous ses yeux. De leur côté, les représentants de dix-huit pays francophones participaient à un festival de danse traditionnelle au Centre National des Arts tandis que la Maison du Citoyen à Hull accueillait les conteurs.
Un certain manque d’enthousiasme
En choisissant Ottawa, capitale fédérale qui ne comprend que 30 % de francophones, les organisateurs prenaient le risque de ne pas inscrire cette manifestation dans un milieu vraiment réceptif. Même s’ils ont cherché à le compenser par l’organisation d’une partie des manifestations dans la ville mitoyenne de Hull, qui est, elle, francophone et fait partie de la province de Québec, il semble qu’ils n’aient pas complètement réussi. Pour le promeneur, les deux villes ne semblaient pas vraiment avoir été « investies » par les Jeux…
Sous leur aspect sportif, ces Jeux semblent avoir souffert, comme les précédents, d’une faible participation de sportifs de haut niveau. L’idée de marier sport, culture et francophonie est pourtant intéressante. Mais elle se heurte peut-être, dans sa réalisation, à des intérêts qui ne sont pas forcément convergents. La présence des Championnats du monde d’athlétisme à Edmonton, à 2000 kilomètres de là, du 3 au 12 août, en est comme une illustration.
Thierry Lancien
Liste des pays participants :
Albanie
Belgique
Bénin
Bulgarie
Burkina Faso
Burundi
Cambodge
Cameroun
Canada
Canada Nouveau-Brunswick
Canada Québec
Cap-Vert
Centrafrique
Comores
Congo
Congo
Côte d’Ivoire
Égypte
France
Gabon
Guinée
Guinée Équatoriale
Haïti
Île Maurice
La Dominique
Laos
Liban
Lituanie
Luxembourg
Macédoine
Madagascar
Mali
Maroc
Mauritanie
Moldavie
Monaco
Pologne
République Tchèque
Roumanie
Rwanda
Sainte Lucie
Sénégal
Seychelles
Slovénie
Suisse
Tchad
Togo
Tunisie
Vanuatu
Vietnam
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