Quand et comment est né le franc ?
Le franc est né dans la tourmente. En 1360, en pleine Guerre de Cent ans, le roi Jean II dit le Bon qui vient de retrouver sa liberté après quatre ans de captivité en Angleterre décide d’émettre une pièce d’or : le franc. Le nom donné à la nouvelle monnaie apparait comme un message destiné au peuple français pour annoncer que « le roi est libre » car
franc, à l’époque, signifie également
libre. Une autre explication renvoie tout simplement à l’appellation « roi des Francs » : la mention
Francorum Rex apparait en effet sur les nouvelles pièces
2. Ce franc dit « franc à cheval » (cf. doc.1) en raison du roi chevauchant gravé sur la pièce sera frappé pendant une courte période
Quels sont les fait marquants de sa longue histoire ?
En 1585, sous Henri III, le franc est recréé pour quelques années sous la forme d’une pièce d’argent dont les divisions (demi et quart de francs) continueront de circuler au XVIIè siècle
3.
Mais c’est à l’époque de la Ière République , par la Loi du 28 thermidor an III (15 août 1795) que le franc va réellement devenir notre monnaie nationale. Les hommes de la Révolution établissent un nouveau système de poids et mesures fondé sur « un unité naturelle et invariable ne renfermant rien d’arbitraire ». L’unité de longueur prend pour base la dix millionième partie du quart du méridien terrestre. C’est le mètre. Comme mesure de poids, on instaure le gramme, poids d’un centimètre cube d’eau. Le nombre dix est pris comme multiplicateur et diviseur : c’est le système décimal. Ce système est repris pour le franc divisé en dix dixième (les décimes) et cent centièmes (les centimes). Napoléon instaure le franc Germinal en 1803 (loi du 7 germinal an XI). Il veut « établir définitivement le plan général de notre système monétaire, en fixer irrévocablement et à jamais les bases ». et il y parvient car le franc restera pendant plus d’un siècle une monnaie stable et forte.
Après la seconde Guerre Mondiale, une longue série de dévaluations affaiblit la monnaie. 1960 : en créant le « nouveau franc », qui équivaut à cent anciens francs, le Général de Gaulle stabilise la monnaie. C’est ce système qui va disparaître le 1er janvier 2002.
Le franc n’est plus garanti sur l’or depuis 1976. La définition de la valeur du franc n’a-t-elle pas complètement changée au cours des siècles ?
En effet, lorsque le franc apparait, sa valeur est
intrinsèque puisque elle est fixée par la quantité de métal nécessaire à sa fabrication. C’est donc le prix du métal (variable !) qui fixe la valeur de la pièce. Celle-ce n’est d’ailleurs pas gravée sur la pièce.
Les problèmes surviennent lorsque celui qui bat monnaie (pouvoir royal, seigneurial, ou autre) n’a plus les moyens d’émettre les pièces car la quantité de métal disponible est insuffisante (rappelons que l’or et l’argent sont des métaux rares) ou que, tout simplement, il est trop cher. La valeur de la monnaie est alors fixée différemment, par convention. On passe ainsi à une monnaie de type
fiduciaire (du latin
fiducia , « confiance ») puisque sa valeur repose sur un accord, un lien de confiance, passé entre l’émetteur de monnaie et l’utilisateur. Ainsi, les premiers billets – qui non aucune valeur intrinsèque – apparaissent en 1701 en France
La troisième forme de monnaie est
scripturale, c’est à dire qu’elle circule par simple jeu d’écriture et que sa valeur est fixée par écriture : les lettres de changes, les assignats et aujourd’hui les chèques et les virement bancaire sont de la monnaie scripturale. Une forme de monnaie dématérialisée, sans doute promise à une bel avenir : avec l’arrivée de l’euro, on peut en effet supposer que les craintes liées à la manipulation de la nouvelle monnaie, inciteront les gens à se tourner vers la monnaie scripturale.
La monnaie est-elle, au même titre que le drapeau, une marque de l’identité nationale ?
Le franc symbolise à merveille l’identité nationale et l’idée de nation, à la manière du drapeau ou de
La Marseillaise.
Dans toute monnaie, le pouvoir politique s’inscrit et s’investit totalement. Battre monnaie est une démonstration de pouvoir et d’autorité – on se souvient que sous l’Ancien Régime, certains seigneurs locaux battaient monnaie et concurrençaient ainsi le suzerain – surtout lorsque la valeur n’est pas inscrite sur la pièce… La monnaie est donc non seulement une marque de pouvoir mais également un vecteur de communication très fort, un objet des plus banals et pourtant très conceptualisé, très intellectualisé. Ainsi après avoir incarné la personnalisation du pouvoir de la Renaissance à le Révolution (les pièces étaient ornées des portraits des rois), le franc qui (re)nait en 1795 incarne l’esprit révolutionnaire. La pièce de cinq francs à l’Hercule de l’an IV. (cf. doc. 2) illustre la désincarnation du pouvoir. Pour s’éloigner de la personnalisation monarchique, les Républiques françaises s’accrocheront à des « représentations » d’idéaux et d’abstractions, tels la Marianne, la Semeuse, l’Hexagone ou l’Arbre de le Liberté.
Y a-t-il eu, au cours de l’histoire européenne, une tentative d’union monétaire comparable au lancement de l’Union monétaire en 1999 ?
La nécessité d’une union monétaire européenne était déjà apparue au XIXè siècle, sous le Second Empire. En effet, en 1865, Napoléon III avait pris l’initiative d’une conférence monétaire ayant pour but de regrouper plusieurs pays d’Europe autour d’un système monétaire commun, ayant pour référence le franc Germinal. Il en résulta un accord, la Convention de Paris, plus connue sous le nom d’Union Latine (23 décembre 1865), qui regroupait le France, le Belgique, le Suisse et l’Italie. Cette Convention recueillit ensuite d’autres adhésions, à savoir celles de l’Espagne et de la Grèce en 1868. Les États balkaniques et plusieurs États sud-américains adopteront le système sans toutefois adhérer à l’Union. Point de sentiment européen dans cet acte, plutôt une nécessité due au bouleversements des rapports or/argent qu’engendrèrent la ruée vers l’or. Mais sans réelle union politique, l’Union ne pouvait pas tenir et les grands conflits du début du XXè siècle lui portèrent un coup fatal.