À la lumière des travaux qui se sont déroulés tout au long des SEDIFRALE, je suis heureux de constater que les raisons d'espérer pour le français ne manquent pas en Amérique latine. Au niveau des politiques linguistiques menées sur notre continent, on constate que le rôle des associations de professeurs de français apparaît plus que jamais déterminant dans les enjeux et les défis linguistiques de l'intégration des Amériques. Mercosul, intégration caribéenne, ALENA, permettent de constater que les processus d'intégration économiques entraînent une redéfinition des dynamiques linguistiques et que les enseignants sont pleinement amenés à intervenir dans l'élaboration des scénarios curriculaires pour répondre aux différentes réalités éducatives de nos pays.
Pour ce qui est des stratégies didactiques, si elles placent toujours l'apprenant au cœur de la réflexion, elles se caractérisent désormais par une plus grande prise en compte des conditions extérieures à la discipline et intègrent des paramètres nouveaux et complexes sous l'égide de la didactologie des langues - cultures, discipline d'avenir que l'on peut d'ores et déjà qualifier d'humanisme du 3e millénaire.
L'approche littéraire et discursive qui faisait l'objet du troisième sous-thème aura démontré l'importance des professeurs de français dans leur rôle de médiateur culturel et dans leur aptitude à faire dialoguer les cultures. La mondialisation, c'est aussi cette capacité que portent en eux les enseignants de mettre à notre portée l'interculturel et de nous faire comprendre intimement la part d'universel qui nous relie par-delà les frontières.
Un congrès comme celui que nous venons de vivre, outre son rôle strictement académique, sert à lancer ou catalyser des projets qui contribuent au développement du français.
Les nouvelles technologies de l'information et de la communication sont un vecteur politiquement essentiel mais aussi porteur d'une efficacité nouvelle. Le nombre des communications de ce congrès qui y sont consacrées en témoigne. Politiquement, car l'espace des NTIC, les inforoutes, doit être occupé. Il s'agit d'être présent sur internet. Pédagogiquement parce que de nouveaux publics sont concernés, de nouvelles approches dans une plus grande autonomie de l'apprenant. Le français par la TV, VIFAX, franc-parler.org, les méthodes nouvelles qui ont été présentées : la liste qui illustrerait la multiplicité des projets en cours ne saurait être donnée ici de manière exhaustive.
Outre un travail académique intense, ces SEDIFRALE ont été l'occasion d'un nombre remarquable de réunions, inhabituel par leur nombre et par leur qualité, qui montre que la convergence des réseaux s'intensifie en Amérique latine. Sont à l’œuvre la CAN (Commission de l'Amérique du Nord), la COPALC, la Fédération brésilienne, les pays andins, le Cône sud, l'Amérique centrale et la Caraïbe, la bivalence, projet brésilien que je me permets de recommander à tous. C'est la coopération entre nous professeurs de français qui aura été à l'honneur. La présence, pour la première fois dans l'histoire de ce congrès, de l'AATF (American Association of Teachers of French) montre l'ouverture qui prévaut désormais. Ces réunions de travail, stratégiques, font d'une rencontre comme les SEDIFRALE un moment privilégié de consolidation de nos associations, de construction de notre action commune.
Nous pouvons dire aujourd'hui à tous nos partenaires (gouvernements de France et des pays francophones, organismes multilatéraux, politiques) «Écoutez les professeurs de français !». Déjà, en juillet 2000, le congrès de la FIPF militait pour la Modernité, la Diversité, la Solidarité, valeurs humaines dont la Francophonie est le vecteur. On y a découvert que le réseau des associations de professeurs qui a réuni plus de 3000 participants à Paris était le meilleur défenseur des intérêts du français. Ces professeurs sont porteurs d'un enjeu mondial, capital pour la préservation de l'équilibre géopolitique de la planète. Les professeurs de français d'Amérique latine et de la Caraïbe, ouverts à leurs collègues du monde entier, unis pour travailler en synergie, apportent leur contribution à un humanisme plus que jamais nécessaire : ils oeuvrent à une nouvelle mondialisation dont le français, les langues et les cultures, l’homme enfin, sortiront grandis.
Dario Pagel
Président de la FIPF
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