Une voix chaude, de gros coups de doigts sur les cordes d’une guitare folk, des mélodies immédiates, des textes bien ficelés : fils de trente ans de métissages musicaux afro-anglo-français, Tété draine aujourd’hui un important public partout en France. En janvier 2000, personne ne le connaissait encore.
De temps en temps, dans la chanson, un jeune homme se met en route vers la gloire. Un écrivain de chansons, un compositeur, un qui a de la voix et qui trace son chemin, aussi loin que possible du déjà dit. Ça faisait longtemps que ce n’était plus arrivé en France. Et puis sort un superbe album, poussé par un grand morceau, « Le meilleur des mondes ». De cette chanson, on retient surtout la voix chaude, aigüe, jouant sur de nombreuses harmonies, le jeu de guitare et la performance mélodique… Mais, derrière, tourne une autre histoire, celle d’une humanité en proie aux guerres et aux morts.
Tété joue, pour sortir un son inouï, sur toutes ses influences (Bob Marley époque « Redemption song », les Beatles, Keziah Jones…) et sur trente ans de métissages musicaux. « À la maison, se souvient-il, ma mère écoutait Coltrane, Miles Davis et aussi Tom Waits… Ensuite, j’ai adoré Queen et Gainsbourg. Je me souviens de tout ça en fond sonore… Ces musiques induisent toute la suite d’une vie. » Tété est ainsi : précis, sérieux, réservé. Un étudiant bohème, pas encore tout-à-fait conscient de sa science.
Il voit le jour en juillet 1975 à Dakar, où sa mère, originaire de la Martinique, est médecin. En 1980 mère et fils se retrouvent à Saint-Dizier, dans la Haute-Marne. C’est pour la fac (scientifique) que Tété débarque à Nancy. Mais c’est la musique qu’il y trouve, en 1994, à travers le groupe Mohonese be honest. Puis en exerçant ses talents en solo dans les bars et les rues de Nancy. En 1998, il part vers Paris.
Au début, Tété reprend des titres en anglais et compose dans cette langue, celle du folk et du blues, ses deux passions. « Mais en anglais, précise-t-il, on soigne moins ses textes. Un jour, je me suis dit que ce serait marrant d’adapter en français le style de ce que j’écrivais. » Dès que Tété passe au français, son succès est en marche : concerts (les Francofolies de La Rochelle en juillet 2000), premières parties de Femi Kuti, Mathieu Chédid, Louise Attaque et Tryo… Il rode ainsi sur scène les quatorze morceaux de son premier album.
« J’aime bien le décalage, reprend Tété. J’écris des chansons qui parlent de thèmes difficiles, mais avec des touches lumineuses. « Le meilleur des mondes » m’est venu sur l’île de Gorée, au Sénégal, dans la dernière pièce de la Maison des esclaves. Là où ils étaient embarqués. On ne peut pas s’y tenir debout : j’ai perçu physiquement la condition de l’esclave. Et j’ai transposé ce processus sur tous les exilés qui, un jour, débarquent en Europe. » C’est tout ça, Tété : de la virtuosité spontanée dans une tête bien faite. Une tête qui aime les mots.
CD : L’air de rien, Epic/ Sony
Jean-Claude Demari
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