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Revue de la fédération internationale des professeurs de français

Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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Mettre des couleurs au tableau noir



La peinture est dans les musées… mais aussi dans les classes ! Grâce aux reproductions de tableaux, on peut la rendre accessible à tous les élèves et réaliser de nombreux exercices pratiques et ludiques à partir de l’image. Voici quelques pistes d’expérimentation pour un cours haut en couleurs…

Mai-juin 2001 - N°315


 
  

Utiliser les arts plastiques pour animer une classe de langue est sans doute une pratique marginale limitée, le plus souvent à des cours de civilisation à l’intérieur desquels on introduit parfois, pour des niveaux avancés, un aperçu sur les différentes écoles picturales en France. Mais, bien au-delà d’un cours théorique, les arts plastiques peuvent permettre de renouveler et de diversifier les activités pédagogiques d’apprentissage linguistique.

À la découverte des techniques des peintres
On pourra commencer par faire découvrir des peintres contemporains à travers l’analyse de certaines oeuvres. À titre d’exemple, trois tableaux : Les coquelicots de Monet, L’absinthe de Degas et une Nature morte de Cézanne que l’on propose aux élèves. L’objectif n’est pas de leur faire un cours sur ces peintres, mais d’apprendre à regarder chacun de ces tableaux pour ce qu’ils sont, et de s’exprimer sur ce qu’ils représentent, ce qu’ils évoquent, la manière dont ils sont construits. On demandera aux élèves de réagir d’abord sur le sujet traité, de décrire ce qu’ils voient, en insistant sur le thème, les personnages, ce qu’ils font, les objets, la façon dont ils sont disposés. On leur demandera ensuite d’être attentifs à la composition du tableau, à l’utilisation des couleurs, à la technique mise en oeuvre. L’enseignant conduira leur réflexion en amenant des éléments d’information, qu’ils pourront compléter par la suite, sur les peintres et leurs écoles. Pour les Coquelicots de Monet, on fera remarquer les jeux de lumière, les touches rapides et contrastées, les effets fugitifs rendus par l’artiste. On pourra alors expliquer que Monet, travaillant à une nouvelle manière de peindre, en fonction d’une nouvelle manière de voir, cherche à rendre une « impression fugitive », traduction de l’éphémère qui nécessite l’abandon des principes picturaux traditionnels. C’est désormais la décomposition des tons qui définit l’espace et la fragmentation des touches qui suggère formes et volumes au détriment du dessin. À travers l’analyse de l’utilisation particulière de la couleur dans ce tableau (que l’on pourra mettre en regard d’autres oeuvres impressionnistes), les élèves pourront d’eux mêmes comprendre que c’est la juxtaposition des touches de couleur sur la toile qui permet de recréer dans l’œil du spectateur, les vibrations colorées de l’atmosphère.
Une démarche similaire permettra d’aborder le tableau de Degas, compagnon des impressionnistes mais plus attiré, à l’instar des écrivains naturalistes de cette époque, par une évocation de la société. L’Absinthe restitue la vie des cafés, la solitude d’une femme, à la manière d’un instantané photographique. Cette oeuvre picturale sera mise en parallèle avec des extraits d’Emile Zola, littérature et peinture rendant compte de même faits de société. Avec Cézanne, ce sera l’occasion de montrer le tournant décisif, sinon la rupture avec l’impressionnisme. On demandera aux élèves d’expliquer comment cette nature morte explicite son souci de « traiter la nature par le cylindre, la sphère, le cône », et on pourra ensuite montrer que cette recherche formelle préfigure le cubisme.
Ce n’est qu’en fin de séance que l’on pourra laisser les élèves exprimer librement leurs préférences et défendre leur point de vue.

Prends une craie et dessine !
On pourra ensuite passer à un exercice mobilisant les acquis linguistiques nécessaires à la description d’un tableau au travers d’une activité plus ludique. Il s’agit de diviser la classe en trois groupes ou plus, si nécessaire. Chaque groupe est chargé pendant une dizaine de minutes de préparer une description, aussi précise que possible, d’une carte postale reproduisant un tableau qu’on aura choisi dans les oeuvres de peintres contemporains, de préférence un paysage, une nature morte, un groupe de personnes, une scène de la vie quotidienne. Les groupes travaillent séparément, sans communiquer entre eux de manière à ce qu’ils n’aient pas connaissance des autres oeuvres attribuées .Un élève du premier groupe, muni de craies de couleurs, sera chargé de dessiner au tableau, à partir des indications d’un autre groupe, une oeuvre qu’il n’a pas vue. Ces indications passeront nécessairement par une phase d’approximation, puis par l’apport de précisions, de rectifications, de retour en arrière.
Cet exercice exige que les élèves mobilisent des compétences linguistiques très variées : le lexique de la description d’objets ou de personnages, celui de la localisation dans l’espace (« en haut » , « en bas », « au premier plan », « au fond », « à droite », « à gauche »), l’expression de la comparaison (« la table est plus grande », « le verre est plus petit », « l’ombrelle est plus bas »…), la formulation de consignes (« dessine en haut de la feuille », « efface le trait, trace une ligne droite dans l’axe de l’arbre », etc.). La maîtrise de ces compétences est nécessaire pour transmettre correctement le message. Chaque groupe va faire de même avec l’œuvre qui lui a tété attribuée, et le groupe gagnant sera celui qui aura réussi le mieux à faire passer son message.

Travailler avec les matières
On peut songer ensuite à proposer un véritable travail de création artistique, qui servira de support à une production écrite, à partir d’œuvres abstraites créées par les apprenants eux-mêmes.
Si l’on en croit Dubuffet, « l’art doit naître du matériau et de l’outil, et il doit garder la trace de la lutte de l’outil avec le matériau ». On commencera par proposer aux élèves une reproduction de Paysage blond de Jean Dubuffet en leur demandant de comprendre le tableau à la lecture de cette phrase. Ils remarqueront sans doute que la couleur chaude est associée à la lumière et à la sécheresse, et que pour rendre cet effet de terre desséchée, le peintre a utilisé une peinture non diluée. Les nombreuses traces visibles des outils en métal dans la matière compacte de la peinture donnent du relief et du volume à cette composition et font penser à des fossiles pétrifiés.
C’est à partir de cette réflexion sur la matière que l’on tentera de réaliser une composition abstraite en utilisant la trace laissée par différents matériaux. Le frottage au crayon de couleur, à la craie ou au pastel d’une simple feuille de papier, posée sur un mur, sur une table, sur une surface quelconque de l’environnement, ou même sur un objet (pièce de monnaie, médaille), permet d’obtenir une empreinte (les surfaces rugueuses ou accidentées sont bien souvent les plus évocatrices et les plus stimulantes pour l’imaginaire).
Chaque apprenant réalise ainsi sa propre composition abstraite à partir d’une ou plusieurs empreintes. Il donne un titre en fonction de ce que cela évoque pour lui. On fait ensuite tourner les feuilles de papier entre les élèves et chacun appose un titre, en fonction de sa propre inspiration, sur les réalisations de ses camarades. Lorsque tous les élèves ont récupéré leur dessin, ils sont en présence d’une série de titres inspirés par leur dessin. Il disposent alors d’une quinzaine de minutes, pour rédiger un texte qui utilise en totalité ou en partie les éléments des titres proposés. Ce texte peuvent prendre la forme de poèmes ou de courts récits. La lecture se fait ensuite de façon à ce que chacun puisse avoir un retour immédiat sur cette production. Il ne s’agit pas de corriger l’orthographe ou de revenir de manière trop formelle sur ces productions écrites, mais bien plutôt de laisser place et libre part à l’imaginaire. On pourra simplement par la suite faire retravailler le texte, dans l’optique d’améliorer l’expression et d’affiner ce que l’apprenant, auteur de son texte, a voulu exprimer.

Créer son propre musée
Dans une phase de ré-exploitation des notions entrevues au cours de ces séances, on pourra imaginer de faire réaliser une interview virtuelle d’un peintre étudié en classe : un journaliste pose des questions à l’artiste, sur ce qu’il a voulu dire, exprimer, les techniques utilisées... On peut également imaginer créer un musée virtuel à partir d’une série de reproductions : chaque groupe organise une salle consacrée à un peintre, choisit et dispose selon un ordre (chronologique ou thématique) les œuvres exposées, rédige les commentaires des tableaux et une biographie de l’artiste. Les élèves peuvent avoir à disposition des ouvrages de référence, des dictionnaires ou des encyclopédies, des revues, et éventuellement un accès à la consultation de CD Rom et de sites internet. Chaque groupe désigne ensuite un guide chargé de faire visiter aux autres élèves l’espace conçu pour présenter le travail de l’artiste.
Ces quelques propositions manifestent la grande diversité des activités qui peuvent être menées, avec des publics et des niveaux différents, à partir des arts plastiques. La stimulation visuelle permet des réponses linguistiques extrêmement variées qui vont de l’exposé savant sur telle ou telle époque picturale à la simple expression d’émotions ressenties qui peuvent être exprimées en peu de mots, avec des structures simples.
L’aspect extrêmement motivant des exercices qui peuvent être proposés tient au fait que l’on sollicite l’émotion esthétique, le plaisir visuel, la créativité artistique de chacun, que l’on le met au service de l’apprentissage linguistique et culturel.

Hélène Katsaras









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