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Le français dans le monde est une revue éditée par CLE International

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La communauté des professeurs de français : mondialisation et humanisme



Mai-juin 2001 - N°315


 
  

La mondialisation nous apparaît souvent sous la forme de la puissance économique de quelques pays, et sur la capacité de ceux-ci, principalement les Etats-Unis, à soumettre toute évolution de société, dans le monde, à des modes imposés de consommation économique, culturelle, intellectuelle, linguistique. Les risques de l'uniformisation et de la perte d'identité que ce processus engendre sont réels.
Mais la mondialisation est aussi la résultante des formidables avancées techniques qu'a connues le vingtième siècle, c'est aussi la capacité pour les citoyens de la planète, grâce à Internet, d'entrer en contact de façon instantanée les uns avec les autres, la possibilité pour chacun de faire connaître son travail personnel, sa réflexion…
La mise à disposition d'outils qui donnent à la communauté des professeurs de français les moyens d'assurer les échanges entre ses membres et de renforcer sa propre cohésion est aujourd'hui possible et indispensable. Car ce sont d'abord les professeurs de français eux-mêmes, citoyens et acteurs, qui légitiment la langue. La prise en charge par la FIPF du Français dans le monde et l'animation du site franc-parler.org répondent à cette nécessité. Je rappelle en passant que le site franc-parler.org est animé, pour sa partie communautaire et sa partie actualité, par la FIPF ; pour sa partie ressources par le CIEP. Ces outils vont enrichir le travail accompli par les associations, donner une plus grande visibilité à l'expression individuelle de ses membres et permettre aussi de renforcer le dialogue entre les acteurs du français langue maternelle, seconde ou étrangère. Et, rappelons-le, il n'y a pas de communauté sans acteurs, sans lien social et sans partage.
Plus qu'une communauté d'intérêt, celle des professeurs de français est une communauté d'affinité, où les objectifs de type corporatif ou sectoriel n'ont de sens qu'à être mis au service d'un engagement humaniste. C'est cette capacité qui constitue le véritable enjeu de cette communauté, engagement qui devra se confirmer par un triple effort :

Un effort de solidarité d'abord.
Communiquer n'est pas seulement échanger, c'est aussi pouvoir participer à l'élaboration de ressources et de programmes, fabriquer ensemble de nouvelles réalités, faire connaître à tous les réalités de chacun. Mais l'accès à l'information commune, les possibilités de communiquer, sont loin d'être égales entre les membres de la communauté. Lorsque les Etats-Unis disposent de 2141 ordinateurs accédant à Internet pour 10 000 habitants, que le Canada en a 688, le Japon 211 ou la France 146, les pays d'Amérique latine disposent pour la plupart de moins de 80 (et souvent de moins de 8) accès pour 10 000 habitants, les pays d'Afrique sont encore moins bien dotés. (Source : L'état du monde 2001, éditions La Découverte et Syros, Paris). Or, l'accès au réseau Internet est aujourd'hui aussi indispensable au développement humain que la route, le chemin de fer ou l'électricité. Il y a là un droit que nous devons faire avancer.

Un effort de reconnaissance du caractère pluriculturel et plurilingue de la communauté.
Ceci se traduira par exemple par la mise en contact concrète des langues entre elles, par la mise à disposition de ressources qui favorisent le passage d'une langue locale au français et inversement, par le développement des techniques de traduction, par le développement de dictionnaires intégrant les variantes du français selon les contextes d'usage, par la reconnaissance de ces variétés sur le réseau Internet, par la prise en considération des besoins spécifiques des apprenants…

Un effort d'éducation enfin.
L'apprentissage d'une langue peut difficilement se penser sans le droit d'accéder à une institution d'enseignement. En agissant pour que le français soit enseigné comme langue étrangère, on ne peut qu'agir dans le même temps pour que soit reconnu le droit à maîtriser par chacun sa langue locale.
Dans le nouveau contexte de la mondialisation, les associations ne seront plus seulement représentatives de leurs adhérents, elles devront encore promouvoir les relations entre leurs membres et l'ensemble de la communauté mondiale. Elles conserveront leur force et justifieront leur crédibilité si elles veillent à prendre en compte les besoins des membres de la communauté et pas seulement ceux de leurs membres militants ou dirigeants, si elles contribuent aussi au renouvellement et au rajeunissement nécessaire de leurs cadres. Pour cela il leur faudra aussi prendre en compte un renouvellement des contenus exprimés en français, notamment des productions culturelles. Et faire que l'identité de chacun soit compatible avec l'identité de l'autre dans un dialogue ouvert.

Michel Le Bouffant
Vice-président de la FIPF










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