Elle est grenat comme la pierre précieuse du même nom. Grenat les bottines, le pantalon de cuir moulant, la veste de cuir assortie, le foulard, le chemisier mais aussi les ongles, mais aussi les cheveux. Sous ce casque de feu, le visage au profil léonin reste enjoué quelles que soient les contrariétés. Les mains, cliquetantes de bagues et de bracelets, sont toujours en mouvement comme le personnage auquel elles appartiennent.
Niki Papa a la voix cassée des capitaines de vaisseau ou des meneurs de troupe. Cet instinct de chef de bande, elle l’a mis au service de l’enseignement du français. Elle profite du terrain d’action bien délimité que lui fournissent les dimensions de l’ile. « On se connait tous, quand on fait appel à eux, les collègues sont toujours là. Dès qu’il y a une action à mener, il faut que les professeurs de français soient au premier rang. Ici, pour respirer, quand on est professeur d’une langue autre que l’anglais, il faut se battre. Nous connaissons les journalistes, nous faisons des communiqués, des pétitions quand nous avons besoin de nous faire entendre. »
Son amour du français est né de la rencontre avec son premier professeur de français, Mme Mikaelides, qui est devenue une amie. « Toute petite, en plus du chypriote, je parlais l’anglais parce que ma mère louait un appartement à des Anglais, mais dès le premier cours de français, quand le professeur a dit “bonjour” en français, cette langue m’a émerveillée. » Dans un pays où les voitures roulent à gauche, où les terrains de cricket des bases britanniques sont plus arrosés que les potagers et où les touristes anglo-saxons ont la sensation d’être chez eux, prendre la défense du français participe d’un esprit de liberté.
Depuis 1963, le français est deuxième langue étrangère obligatoire, après l’anglais. Tous les élèves y sont formés dans les quatre dernières années de l’enseignement secondaire. Depuis 1966, c’est dans tous le cursus du secondaire qu’il est enseigné. Apparemment, la situation n’est pas mauvaise, mais Niki se bat pour que la place des langues soit revalorisée, pour qu’une politique éducative soit menée sur le long terme. De récentes décisions prises en janvier, instituant une certification en français et en anglais dès le mois de juin prochain, l’inquiètent. Le nombre des périodes consacrées au français est très limité (7 pour le français, 16 pour l’anglais), les classes sont très chargées (35 élèves) et l’environnement français bien réduit (même si TV5, internet, les deux librairies françaises permettent de rester en contact avec la France). Avec l’aide de l’inspecteur Charalambos Thimothy, du syndicat des enseignants du second degré, de la Confédération des parents d’élèves et du Comité éducatif du Parlement chypriote en s’appuyant sur les documents du Conseil de l’Europe, Niki se bat. « Je me demande comment ma famille me supporte. Je ne calcule pas mon temps. C’est une passion. Je suis toujours dans l’action. Je fais ça par plaisir. »
Cette battante sait que, pour lutter, il faut être soudés ; c’est pourquoi elle a milité pour que l’association chypriote adhère à la FIPF. Les rencontres qu’elle organise, les journées pédagogiques qu’elle prépare visent à renforcer cet esprit de solidarité. Forte de cette conviction, c’est avec Efie Kalamara, présidente de l’association de professeurs de Grèce, que le congrès, réuni à Nicosie en février 2001, a été organisé. Au rendez-vous, un nombre impressionnant de participants, une ambiance chaleureuse, une organisation impeccable. Un seul regret : les professeurs chypriotes du nord de l’ile qui avaient été invités n’ont pas pu participer aux rencontres pour des raisons politiques.
Trois cents professeurs, deux associations réunis, c’est superbes, mais cette conquérante nourrit maintenant un autre rêve : elle voudrait organiser un congrès méditerranéen qui réunirait à Chypre tous les professeurs de français langue étrangère des pays baignés par la Méditerranée… Prenez une carte et, d’un trait grenat, tracez le cercle que Niki Papa sondera peut-être un jour grâce à sa communicative énergie. Quelle belle rencontre pourrait naitre de ce rêve homérique !
Françoise Ploquin
Niki Papa en quelques dates
1955 : Naissance à Limassol (Chypre)
1972-1980 : Licence, maitrise et doctorat es lettres à Aix-en-Provence (France)
1980-1988 : Professeur de français dans un lycée à Chypre
1988-1998 : Alternance lycée-formation
1994 : Présidente de l’Alliance française de Limassol
1997 : Présidente de l’association des professeurs de français
1998 : Temps complet à l’IUFM
1999 : Décision d’organiser un colloque panhellénique et panchypriote
Invitation aux défis
Organisé par Niki Papadopoulou-Papa (présidente de l’association panchypriote des professeurs de français de Grèce), le congrès de Nicosie, intitulé « Invitation aux défis », a réuni plus de trois cents professeurs. Cent soixante-dix professeurs grecs avaient fait le voyage, et plus de la moitié des professeurs de l’ile étaient présents. Studieux, assidus, concernés, les participants ont réfléchi sur l’avenir qui se dessine aujourd’hui pour les professeurs de langue, qu’il s’agisse des défis relatifs à la demande du public, à la présence sensible de l’interculturel dans le quotidien, à la difficulté d’une évaluation juste et cohérente ou à l’irruption massive des nouvelles technologies.
L’année européenne des langues a connu un baptême chypriote prospectif et dynamique.
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