Comment passe-t-on du métier de professeur à la fonction de Président d’une fédération nationale puis internationale?
Le passage du métier de professeur à la fonction de Président de la Fédération brésilienne des professeurs de français (FBPF) et, depuis juillet 2000, à celle de Président de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF) est la suite logique d’un travail de militant pour la cause du français.
Mon premier poste à l’Université fédérale de Santa Catarina en tant que professeur de langue et phonétique française et formateur de futurs enseignants m’a vite mis en contact avec la réalité pédagogique et politique de l’enseignement des langues étrangères et tout particulièrement avec celle du français. C’est un travail qui met tout de suite le professionnel en contact avec les autorités, locales et nationales, responsables de la politique de l’enseignement de langues étrangères.
Cet engagement pour la défense des langues étrangères et de la langue française dans les systèmes scolaires de notre société de communication internationale me paraît le passage naturel à fonction de président de la FIPF.
Au plan international, cela constitue pour moi, non seulement un nouveau défi, mais aussi la reconnaissance d'un travail déjà réalisé dans mon pays. Il est évident que les objectifs seront différents en fonction des besoins pédagogiques et politiques de chaque pays. Je suis convaincu que les associations doivent accroître leur capacité d’influence sur les décisions politiques en faveur du français. C’est en ces termes que se joue son avenir en Amérique latine tout particulièrement, mais aussi à l’échelle mondiale.
Parlez-moi de votre rapport aux langues…
Je suis né à Blumenau, ville de colonisation allemande. Comme je suis moi-même d’origine allemande, j’ai grandi dans un contexte bilingue. Jusqu’à l’âge de 7 ans, j’étais germanophone. J’ai appris le portugais, la langue de mon pays, à l’école primaire… À l’âge de 12 ans, ça a été le contact avec le français et l’anglais dans le système scolaire public.
Ce contexte bilingue a sans aucun doute provoqué mon goût pour l’apprentissage des langues… Si je considère comme important le développement d’une politique de diversification des langues étrangères dans l’enseignement, c’est parce que moi-même j’ai eu la chance de vivre dans un contexte linguistiquement riche. Je suis devenu un combattant de la défense des langues étrangères et spécialement de la langue française sans doute à cause de mes origines.
Peut-on diriger la FIPF depuis l’État de Santa Catarina ?
Il est évident que la présence sur place, c’est-à-dire, à Sèvres, siège du secrétariat général de la FIPF, offre une plus grande facilité de travail avec les partenaires et les acteurs de l’enseignement du français. Mais aujourd’hui, avec le développement des technologies de la communication, ce n’est pas très difficile de présider une Fédération nationale ou internationale. Mes fonctions à la FIPF sont énormément facilitées par le courrier électronique, le téléphone, la télécopie, par exemple. Avec tous ces moyens, la communication se fait facilement.
À partir de janvier 2003, je pense pouvoir séjourner en France dans le cadre d’une année sabbatique accordée par mon université pour travailler à temps plein sur les politiques de l’enseignement du français, langue maternelle, seconde et étrangère. Je viendrai ainsi renforcer les actions menées de façon très compétente par la Secrétaire Générale Martine Defontaine.
Est-ce que le Xe Congrès mondial des Professeurs de français vous a confirmé dans vos convictions sur le français comme langue internationale ?
Ce Congrès a confirmé mes convictions linguistiques, pédagogiques et politiques sur le français langue internationale.
Premièrement, parce que ce congrès a réuni plus de 3000 professeurs de français venus du monde entier à Paris et, deuxièmement, parce que les différents travaux présentés lors de ce congrès, soit dans le pédagogique, soit dans le politique, soit dans le culturel, ont fait l’état des lieux du français sur la planète avec ses difficultés et surtout ses succès.
Il faut souligner que le travail des professeurs de français langue étrangère du monde entier et celui des professeurs de français langue maternelle et langue seconde a été valorisé, reconnu par la présence et l’appui politique des autorités françaises, qui ont montré une réelle volonté politique de soutenir la défense du français, langue de communication internationale.
Aujourd’hui apprendre des langues ne constitue-t-il pas l’apprentissage de toute une vie ?
Il est vrai que les systèmes éducatifs n’offrent pas toujours les possibilités optimales pour l’enseignement – apprentissage des langues vivantes... On constate par exemple, en Amérique latine, et pas seulement au Brésil, des situations parfois assez difficiles pour le français parce que le système officiel d’enseignement favorise dans beaucoup de cas l’enseignement d’une seule langue étrangère. Nous sommes alors toujours en face de l’anglais.
Certains pays ont entrepris une réforme en publiant de nouvelles lois pour diversifier l’enseignement des langues. C’est le cas du Brésil, mais il faut encore beaucoup travailler et se battre même parfois pour que cette nouvelle loi soit interprétée favorablement pour un enseignement diversifié des langues étrangères…
Si on permet un enseignement diversifié des langues étrangères, cela sous-entend dans mon pays, le plus souvent, l’anglais et l’espagnol alors que la communication internationale ne se résume pas à ces deux langues.
Quand on parle de conditions optimales, nous devons considérer aussi la formation des enseignants. Je veux dire par là que les universités, les centres de formation des professeurs et des futurs professeurs de langues étrangères ne répondent pas toujours aux besoins de formation réelle. Et cette formation n’est pas toujours adaptée à la réalité de l’enseignement et à la priorité des sociétés d’aujourd’hui.
L’évolution de nos sociétés, les nouveaux marchés, vont modifier les besoins et les choix linguistiques…
Tout à fait… Par exemple, dans le cadre du Mercosur, on constate, avec l’ouverture des frontières commerciales, de nouveaux besoins en langues étrangères : le portugais dans les pays hispanophones et l’espagnol au Brésil.
Mais ce besoin de la société de consommation ne doit pas éliminer l’enseignement d’autres langues étrangères dans le réseau scolaire officiel qui est responsable de la formation de l’enfant. Il est indispensable que cet enfant ait accès à différentes langues étrangères, pour qu’il puisse plus tard faire un choix en fonction de son orientation professionnelle, par exemple.
D’où notre soutien au plurilinguisme car la formation plurilingue donne à un enfant la possibilité d’approfondir ses connaissances en langues et lui permet d’apprendre d’autres langues en fonction de besoins non définis au début de sa scolarité. Dans certaines régions, la notion de plurilinguisme auprès des ministères, des écoles, des parents et des médias n'est pas très claire. Il faut encore développer la notion de langues obligatoires et langues optatives.
Quelles ont été vos premières actions ?
La première concerne la continuité de la publication du Français dans le Monde, la seule revue qui assure la liaison entre les professeurs de français du monde entier : sa rénovation, l’organisation d’un conseil d’orientation regroupant des personnalités comme Boutros Boutros-Ghali, Charles Josselin, Bernard Pivot ainsi que les présidents des commissions régionales de la FIPF.
Comme vous le savez, le Français dans le Monde constitue une aide précieuse pour les professeurs car il leur apporte non seulement des informations et des réflexions sur l’enseignement mais aussi sur la société francophone et sur sa culture.
Autre chantier : le projet de mise en place d’une infrastructure informatique afin de faciliter les relations, la communication entre les 160 associations de professeurs de français de 108 pays…
Le travail en liaison avec l’ensemble des pays francophones, le suivi de projets avec les institutions comme le Ministère des Affaires Etrangères et le Ministère de l’Éducation Nationale en France, le Ministère des Relations internationales du Gouvernement du Québec, l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) et l’AIF (Agence Intergouvernementale de la Francophonie), tout cela me permet de penser que la diffusion du français et de la culture francophone, la formation des maîtres se maintiendra et se développera pendant mon mandat.
En juin 2001 se tiendront à Rio de Janeiro les XIIes SEDIFRALE. Hasard du calendrier ou signe du destin ?
J’y suis très attaché ... C’est la deuxième fois que les SEDIFRALE auront lieu au Brésil, seul pays lusophone de l’Amérique latine et de la Caraïbe. Nous allons ouvrir cette rencontre aux collègues professeurs de français de l’Amérique du Nord anglophone car les hispanophones professeurs de français et ceux du Canada francophone ont toujours participé activement à ces rencontres.
Vous allez peut-être me dire que je quitte la notion de latinité de cette rencontre… Non. En ce début de 3e millénaire, l’enseignement de la langue et des cultures de langue française constitue un véritable rempart contre l’uniformisation et l’ethnocentrisme et à ce titre, notre discipline apparaît de plus en plus comme un nouvel humanisme, apte à diffuser des valeurs qui intègrent la diversité, la pluralité et la richesse de nos patrimoines respectifs.
Nous partageons tous le même objectif, nous travaillons tous pour la même cause, c’est pourquoi nous avons pensé qu’à partir de 2001, il serait important de dialoguer avec tous les collègues des Amériques sur le français langue internationale, langue de communication, langue d’échanges.
Autour du thème retenu, « Mondialisation et Humanisme : les enjeux du français », nous avons voulu souligner, entre autres, le débat sur les politiques linguistiques. Outre les réflexions sur « Statégies Didactiques » et sur « Discours et Cultures », il est nécessaire qu'on discute et définisse la place des langues dans les politiques éducatives de l’Amérique Latine et non latine.
Parce qu’il faut que l’on connaisse quels sont les engagements déjà pris par les autorités de chaque pays concernant le plurilinguisme pour lequel nous travaillons. Nous sommes certains que les différentes interventions des SEDIFRALE XII afficheront le fonds culturel, scientifique et politique résultant du travail des professeurs. Et qu’elles envisageront une mondialisation d'échanges à la fois plurielle et humaniste.