Il entre dans son bureau par la fenêtre : " C'est plus rapide ". Michel Le Bouffant, président du comité d'organisation du congrès mondial de la FIPF à Paris, n'a pas de temps à perdre. Préparer un évènement comme ce congrès laisse peu de place à l'improvisation. Il faut prévoir la restauration et le logement des 3 000 congressistes attendus, trouver le lieu où se déroulera la manifestation, contacter les dizaines d'intervenants des tables rondes, traiter avec les régisseurs et les directeurs de production pour organiser les conférences… Depuis septembre 1999, Michel Le Bouffant est entouré de cinq salariés à temps partiel qui se démènent comme lui pour que toutes les pièces de cet immense puzzle soient impeccablement ajustées le 17 juillet 2000. Son meilleur ami pour ce travail monumental et dévoreur de temps, son téléphone portable : " Je règle un nombre incalculable de problèmes avec cet appareil… ".
Sa révolution copernicienne : le FLE
Haute stature (il mesure 1m94), les cheveux et les yeux gris anthracite, Michel Le Bouffant parle vite et clair. Et s'il est toujours pressé, c'est, semble t-il, pour pouvoir mieux prendre le temps de faire avec application tout ce qui est noté sur son agenda. Le matin même, il inspectait un documentaliste stagiaire. Car son rôle de chef d'orchestre du comité d'organisation n'est pas sa seule activité, même à un mois du congrès. Après avoir été instituteur, professeur de français et Inspecteur de l'Éducation Nationale, il occupe désormais la fonction d'Inspecteur chargé des établissements et de la vie scolaire à l'Académie de Versailles. Grâce à ces fonctions, il avait déjà eu l'occasion d'organiser des colloques et des congrès, mais jamais aussi important que celui-là.
Un temps président de l'Association française des professeurs de français (AFEF), il s'est vu proposé par Michel Lelocq cette fonction de président du comité d'organisation alors qu'il n'avait jamais entendu parler du français langue étrangère. " Les Français qui vivent en France n'ont pas découvert la relativité de notre langue dans le monde. Et les professeurs de français en France n'ont pas de sensibilité aux différents français hors de France. Avant, j'étais professeur de lettres, et découvrir les livres de français langue étrangère a déclenché une véritable révolution copernicienne chez moi ! ", explique-t-il. C'est ainsi qu'il interprète l'un des maitre-mots de ce congrès, la "diversité" : " Les professeurs français vont devoir faire un détour par d'autres cultures pour mieux considérer la leur ".
Son portable entonne la musique de la famille Adams : " Bonjour ! Vous avez reçu mon mèl ? " Ça, c'est pour la "modernité". Il affirme avec conviction que " le français est de son temps, qu'il est capable d'investir les nouvelles technologies. L'internet crée de nouvelles interactions pédagogiques : l'enseignement à distance va être complètement renouvellé. " Dont acte : Michel Le Bouffant a lui-même réalisé le premier site du congrès (" Pour voir comment ça fonctionne "), de nombreuses tables rondes sont dédiées aux nouvelles technologies, et un parc de 50 ordinateurs connectés à l'internet formera un cyberespace éducatif lors du congrès.
Quant à la "solidarité", elle a participé de l'organisation financière de l'évènement : " Nous avons fait des efforts sur les frais d'inscription pour des pays, et certains congressistes bénéficient de défraiements. Nous avons voulu donner la chance à tous ceux qui défendent le français de participer à égalité, quel que soit le niveau économique du pays. "
Pas le temps d'être inquiet
Ce congrès, il l'a voulu à la fois professionnel, festif et plein de découvertes. Il le souhaite également résolument tourner vers l'avenir. " Lorsqu'on est à Paris, on pense que les étrangers ont un vision traditionnelle de la France, alors que ce n'est pas toujours le cas. Les jeunes professeurs, qui sont la relève de l'aventure et de l'initiative, vont donner une autre place au français. "
Pour le déroulement du congrès, il avoue avoir quelques inquiétudes : le nombre de participants, des conférenciers incertains… Mais après réflexion, il déclare : " En fait, je n'ai pas le temps d'être inquiet… ". Car au 19 rue des Martyrs, siège du comité d'organisation, on met la dernière main à la composition des tables rondes, les téléphones ne cessent de sonner, des envois en nombre sont expédiés : tout sera fin prêt pour le 17 juillet. Et après ? " Après, il faudra publier les actes du congrès, réfléchit tout haut Michel Le Bouffant, et ensuite je partirai en vacances à la Réunion, pour rattraper mes lectures en retard et prendre du temps pour moi… " L'homme pressé reprend une tasse de café, " j'en bois de nouveau depuis que j'organise le congrès ", et saute dans sa voiture. Un autre rendez-vous l'attend à l'autre bout de Paris.