L'outil que nous allons présenter est une aide à l'apprenant et ne peut servir que comme complément d'une étude effectuée avec un professeur. Il ne peut s'y substituer, car nous partons du principe qu'on ne peut transférer, pour l'instant, ce qui se fait dans une salle de classe. Le thème du projet Internet 1 est basé sur des textes authentiques de longueur moyenne ou de poèmes auxquels nous avons rajouté diverses aides, ceci afin de faciliter la compréhension. Aucune traduction n'est introduite. A terme, chaque texte sera relié à un dictionnaire électronique multifonctionnel.
Utilisateurs et conditions d'utilisation
Le projet concerne des apprenants en Français Langue Etrangère qui ont environ 200 heures d'apprentissage. Etant diffusé sur Internet, nous supposons les apprenants ayant un minimum de connaissances informatiques: ainsi, l'interface des logiciels de navigation est compréhensible sans formation complémentaire.
Concept
L'hyperlivre peut gérer du texte, du son, des images et de la vidéo. L'information se trouve dans les noeuds : lorsque il s'agit de texte, il apparaît dans une fenêtre avec des ascenseurs, ce qui ne limite pas la longueur du document. Grâce aux liens, on peut aller de n'importe quel type de document à n'importe quel autre type de document à l'aide d'un simple clic.
Lorsqu'un lien est sélectionné, il peut apparaître en premier plan ou se placer à côté du lien sélectionné selon le contexte d'utilisation. Un historique des documents consultés par ordre chronologique permet à l'apprenant de revenir en arrière s'il le désire : il est ici volontairement limité. La procédure de mise à jour de l'hyperlivre n'est pas implémentée pour des raisons de sécurité.
La simplicité doit être la règle : on doit donc diminuer le nombre d'options disponibles car il y a risque de ralentissement de l'activité ainsi que de déconcentration.
Des test ponctuels d'auto-évaluation portent sur des objectifs linguistiques ou communicatifs : ils sont facultatifs.
Les hypertextes ici présentés ont été réalisés de manière hybride. Les liens entre les index et les textes de référence dans le projet Internet ont été réalisés automatiquement, la pose de balise HTML étant lourde, cependant, le choix des mots figurant dans les index a été fait manuellement, ceci afin de respecter une certaine cohérence sémantique pour le champ lexicographique représenté. Nous sommes conscients que cela pose des problèmes pour l'évolution de l'hypertexte en question. Néanmoins, si nous concevons un hypertexte comme un objet, cela n'a pas grande importance.
Matériel, logiciels utilisés
Pour un grand nombre de raisons, nous avons décidé de nous servir d'un Macintosh. Nous nous sommes servis de logiciels simples d'emploi mais permettant néanmoins une grande flexibilité.
Un éditeur de texte (ALPHA), PERL et AWK pour l'exploitation des corpus, HTML pour la description de la structure du texte et la présentation à l'écran ainsi que NETSCAPE NAVIGATOR, pour la présentation des données.
Le corpus choisi est limité à quelques textes tournant autour du même thème. Il se présente sous la forme d'un fichier HTM et d'un autre fichier issu de l'indexation du corpus. Les termes choisis pour cette indexation sont limités au champ sémantique concerné.
Principes de construction d'hypermédias
Il faut augmenter la cohérence et diminuer la surcharge cognitive.Nous utiliserons les huit principes qui suivent (Bieber 1995) :
- Représentativité : les étiquettes des liens représentent les relations sémantiques entre les unités d'information. Les noms des liens sont des verbes.
- Représentation des équivalences : elles aident à réduire l'impression de fragmentation. L'utilisation de couleurs aide à réduire la surcharge cognitive.
- Préservation du contexte d'un noeud : on montre les noeuds adjacents dans le document et leurs relations. On représente dans une fenêtre le contexte d'un noeud composé activé et dans une autre des notes complémentaires ce qui peut faciliter la représentation mentale du document.
Pour le projet, au niveau horizontal, il y a une séparation de l'information structurale à droite de l'information du contenu à gauche. Au niveau vertical, on trouve le noeud activé en haut de l'écran et le noeud contenant des informations complémentaires en bas.
Ces trois principes augmentent la cohérence au niveau local.
- Groupement des unités d'information : les informations sont groupées de manière à mieux structurer le document. Les chemins séquentiels sont statiques ( on ne peut aller où on veut ).
Les noeuds d'exploration permettent d'aller où on veut, l'accès à l'information n'est pas centrale mais peut être intéressante pour l'apprenant. Quand l'exploration est finie, l'utilisateur revient tout de suite à l'endroit précédent.
- Visualisation de la structure : elle aide l'apprenant à identifier les sujets majeurs et leurs relations. La visualisation de structures est limitée par la taille de l'écran.
Ces deux principes augmentent la cohérence au niveau global.
- Options de navigation : ce principe intègre des facilités de navigation. L'utilisation de couleurs permet de savoir où on est, où on a été, où on peut aller.
- Direction et distance : il s'agit de la représentation graphique du document.
La fonction historique aide à se repérer et donne trois sortes d'information :
- Elle reprend chronologiquement tous les noeuds visités.
- Elle montre le noeud courant.
- Elle montre le nombre de niveaux hiérarchiques du document et la position actuelle.
- Permanence de l'écran : elle réduit l'effort pour s'adapter à l'environnement.
Avantage : présentation simultanée de la structure et du contenu sans besoin d'ouvrir, de fermer ou de réorganiser des fenêtres.
Interface / ergonomie
Deux aspects sont à envisager :
Aspects statiques
- Structure de l'information : il y a une nécessité de regroupement sémantique dans les menus, utilisation de titres, structure arborescente.
- Contexte de l'utilisation : rôle de l'historique, possibilité de marquer le noeud consulté, ou de prendre des notes.
- Accès à l'information : ils doivent être de différentes sortes : index, mots-clés, exemples, exercices, tests. Ils servent de points d'ancrage pour l'organisation des informations en mémoire favorisant ainsi la rétention de l'information.
- Simplicité de l'interface : la disposition des fenêtres, la lisibilité des textes, la cohérence des consignes sont des points importants.
Aspects dynamiques
Accès aux informations : il est limité en fonction de ce qui est à voir par l'apprenant. Toute action du système doit être apparente à l'apprenant.
L'apprenant recherche une cohérence cognitive au niveau des aides à la navigation : il faut les lui donner.
Outils d'analyse textuelle
Nous présentons ici quelques outils d'analyse textuels susceptibles d'être implémentés2. Certains peuvent ne pas paraître pertinents, mais sont susceptibles de présenter un intérêt pour tel ou tel type d'activité envisagé.
- Titres : comme un sommaire, ils permettent d'entrer dans le texte par étapes.
- Index des hapax.
- Index par fréquences.
- Index par ordre alphabétique.
Les index présentent des avantages : l'utilisateur n'a pas à exprimer son besoin d'information en terme de "demande".
- Contextes d'un mot par rapport à un autre
- Création / modification / consultation d'une base lexicale :
création d'un réseau sémantique par l'apprenant des mots qu'il aura sélectionné.
- Hyperindex : hypertexte de termes indexés qui indexe l'hyperbase sous-jacente.
- Glossaires : lorsqu'on clique sur un mot, une définition est affichée, ainsi qu'une liste d'autres noeuds où il apparaît.
Conclusion
Nous avons présenté ici une ébauche de système d'Enseignement Assisté par Ordinateur.
Plusieurs pistes sont à suivre.
Tout d'abord, nous sommes persuadés qu'on ne peut faire l'économie d'une réflexion approfondie sur le rôle de l'hypertexte dans toute situation d'apprentissage.
Ensuite, elles concernent l'ergonomie.
Nous avons vu précédemment qu'elle revêt une grande importance afin de ne pas détourner l'attention de l'apprenant de la matière à enseigner.
La version actuelle d'HTML nous semble limitée pour une utilisation de l'hypertextualité dans un concept d'apprentissage. D'autres outils comme Java ou JavaScript s'avèrent être d'une aide précieuse mais éloigneront un certain nombre de didacticiens de la création de programmes.
Un langage idéal qui allie souplesse d'utilisation et puissance n'existe pas encore.
- HABERT Benoît, FABRE Cécile, ISSAC
Fabrice.
"De l'écrit au numérique".
InterEditions, Paris, 1998.