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fdlm#415 : L’Accompagnement culturel des étudiants dans les centres de l’ADCUEFE

Posté le par le français dans le monde

Retrouvez ici l’intégralité des textes proposés par les centres de l’ADCUEFE-Campus pour la rubrique Métier/Tribune du Français dans le monde N° 415 (pages 38-39).

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L’ethnographie au service de la prise de conscience interculturelle

Par Jean-Marie Frisa, enseignant au CLA de Besançon.

 Le CLA de Besançon propose aux étudiants qui suivent l’unité d’enseignement « connaissance de la société et de la culture française » la possibilité de mener une enquête ethnologique.

L’objectif de cette formation n’est pas tant de découvrir et de connaître la société française que de développer un regard critique tout en s’adaptant à cette nouvelle culture. Il ne s’agit plus seulement d’apprendre des savoirs sur l’autre, mais d’apprendre des savoir-faire et des savoir-être pour savoir vivre, étudier et travailler ensemble avec les acteurs de la société cible. Mais avant d’en arriver là, il faut d’abord développer un regard critique sur l’autre et sur soi-même. En d’autres termes ce que le CECRL définit comme : la prise de conscience interculturelle.

« La connaissance, la conscience et la compréhension des relations, (ressemblances et différences distinctives) entre « le monde d’où l’on vient » et « le monde de la communauté́ cible » sont à l’origine d’une prise de conscience interculturelle. Il faut souligner que la prise de conscience interculturelle inclut la conscience de la diversité́ régionale et sociale des deux mondes. Elle s’enrichit également de la conscience qu’il existe un plus grand éventail de cultures que celles véhiculées par les L1 et L2 de l’apprenant. Cela aide à les situer toutes deux en contexte. Outre la connaissance objective, la conscience interculturelle englobe la conscience de la manière dont chaque communauté́ apparaît dans l’optique de l’autre, souvent sous la forme de stéréotypes nationaux. 

Les aptitudes et les savoir-faire interculturels comprennent :

  • –  la capacité́ d’établir une relation entre la culture d’origine et la culture étrangère.
  • –  la sensibilisation à la notion de culture et la capacité de reconnaître et d’utiliser des stratégies variées pour établir le contact avec des gens d’une autre culture.
  • –  la capacité de jouer le rôle d’intermédiaire culturel entre sa propre culture et la culture étrangère et de gérer efficacement des situations de malentendus et de conflits culturels.
  • –  la capacité à aller au-delà de relations superficielles stéréotypées. » (CECRL p. 84)

L’enquête ethnologique est un moyen de développer cette compétence pluriculturelle et ce double regard. Parce qu’elle oblige :

1) à définir le milieu, le cerner, le délimiter (et donc à le comparer avec le milieu de la société d’origine)

2) à émettre des hypothèses (et donc à se rendre compte de ses propres clichés et préjugés)

3) à collecter des informations et à aller à la rencontre de l’autre (et donc de soi, par l’échange que la rencontre provoquera)

4) à analyser de nouveaux savoirs (et donc de changer soi même).

Les points 1, 2 et 4 se font généralement en classe, le troisième correspond à la collecte des informations. Il nécessite des déplacements à l’extérieur, sur l’espace étudié : le terrain.

VOIR, PARLER, ÉCOUTER, PRENDRE ET FAIRE

Les manières de collecter les informations sont multiples, toutes cependant placent l’étudiant/ethnologue comme acteur de son enquête.

VOIR

L’inventaire :

L’inventaire est sans aucun doute la première étape du travail de terrain. Il faut au préalable délimiter le terrain (aire de jeux, salle de classe, chambre à coucher, restaurant universitaire, bar, bus, etc…). Avant de demander aux étudiants de faire l’inventaire de leur propre terrain d’étude, on peut leur donner quelques exercices similaires. Faire l’inventaire de la salle de cours, du laboratoire de langue, de l’amphi, de 50m de rue, etc..

L’observation :

Quelques exemples d’exercices d’observation :

– Décrire un trajet quotidien (lieux, gens, ceux que l’on salue ou non, etc…)

– Décrire une scène de la vie quotidienne (le repas au restaurant universitaire, l’attente à un arrêt de bus … idem qui sont les acteurs, que font-ils, etc…

– Décrire ce que je vois par la fenêtre de ma chambre. (au pays, en France)

Tous ces exercices font travailler le regard et le lexique.

La photographie :

Avec leur smartphone, la majorité des étudiants sont équipés pour prendre des photographies. L’intérêt ici est d’apprendre à bien choisir son sujet. La photographie doit être au service de l’enquête. Toutes les photographies doivent être commentées et situées (date, heure, lieu, fonction du lieu, etc…). En plus d’être un outil d’observation et de collecte d’information, les photographies sont également source de médiation. Elles sont souvent déclencheuses de discussions, d’échanges. La photographie est également un moyen de garder « des souvenirs ».

PARLER / ÉCOUTER

Le questionnaire :

Le questionnaire est un moyen de toucher un nombre important de personnes, et de façon plutôt rapide. Son élaboration aura fait l’objet d’une ou deux séances de cours en amont.Le choix des personnes interrogées et le lieu de passation devront également avoir été pensés.

L’entretien :

L’entretien avec des informateurs est apport qualitatif pour le travail d’enquête. Comme le questionnaire, le canevas de l’entretien aura été pensé et élaboré en classe. Il existe trois types d’entretiens en ethnologie :

– le récit de vie : connaissance des expériences de la personne « ressource » avec sa propre mise en scène.

– le témoignage : la personne « ressource » décrit, raconte un « événement » qu’elle connaît.

– une catégorie de situation ou de personne : on s’entretient avec plusieurs personnes faisant partie d’un sous-groupe (enseignants, mères de famille, adolescents, etc.).

PRENDRE pour APPRENDRE
Collecter des informations, c’est également collecter des documents authentiques sur le sujet étudié, créer un dossier et l’analyser.

FAIRE
L’ethnologie participante, quand elle est possible, est préférable à une simple recherche traditionnelle. Par exemple, étudier la vie d’une salle de sport en étant soi-même client permet d’accéder à des informations que l’on n’aurait pas en tant que simple observateur.

L’enquête ethnologique, qu’elle soit participante ou non, par la collecte d’information qu’elle nécessite, place l’apprenant comme acteur de son apprentissage. Les étudiants des centres de langues situés en milieu francophone ont cette chance de pouvoir mener des enquêtes de terrain. Les résultats de ces travaux comptent sans doute moins que la démarche suivie et les compétences développées tout au long de l’enquête, en classe et lors des sorties sur le terrain. Solliciter les étudiants à devenir, le temps d’un semestre, des « ethnologues amateurs » observant la société cible, est un moyen de les accompagner et de les rendre actifs dans leur découverte de la culture d’accueil.

 

S’immerger dans la société française, le pari réussi du CLA

Par Vincent Preioni, responsable des activités culturelles au Centre de linguistique appliquée (CLA) de Besançon.

« Dans le collège, il y avait une classe ULIS, spécialisée pour les élèves en situation de handicap. J’ai eu la chance de participer à l’un de leur cours et ça m’a fait réfléchir. En Chine, je n’avais jamais vu d’élèves handicapés pendant ma scolarité. Alors je me suis renseignée, ils restent chez eux pour étudier. Voulant devenir enseignante, je n’avais jamais pensé à la place de chacun à l’école… » Tianye, prise par l’émotion, a du mal à finir sa phrase. Elle est en train de présenter l’expérience qu’elle a vécue lors de son stage dans le cadre de l’unité d’enseignement (UE) « Découverte des milieux socio-professionnels », dans laquelle les étudiants ont la possibilité de passer un jour par semaine dans une structure française pour découvrir le monde du travail, que ce soit dans un établissement d’enseignement, une association, une entreprise…

Sortir de sa bulle, une étape décisive pour la pratique du français
« L’apprentissage du français n’est pas seulement une démarche linguistique. Apprendre le français, c’est aussi découvrir une culture, un territoire, une société et les valeurs qui la régissent », remarque Hélène Vanthier, responsable des formations au CLA de l’université de Franche-Comté. Cependant pour des étudiants venus des quatre coins du monde, il est parfois complexe de se fondre dans la culture française et de découvrir ses différents aspects en dehors du milieu étudiant. « Avec le développement des réseaux sociaux et des moyens de communication, il est facile pour un étudiant international de rester dans sa bulle. Avant, il fallait plusieurs semaines pour qu’une carte postale arrive dans un pays. Si vous ne parliez pas à vos voisins, vous restiez seul. Maintenant, les étudiants parlent tous les jours avec leurs amis, leurs familles, parfois pendant plusieurs heures. Pour les informations, ils regardaient la télévision, écoutaient la radio, lisaient des journaux locaux. Aujourd’hui, avec Internet, tout est accessible dans leur langue. L’immersion n’est plus aussi évidente. Il faut parfois savoir bousculer un peu les étudiants, les encourager à sortir de leur routine et à devenir acteurs de leur séjour ! »

Des actions immersives et pédagogiques…
Dans cet objectif, le CLA, fervent défenseur de la démarche actionnelle et immersive, a mis en place plusieurs dispositifs, intégrés aux cours, pour favoriser cette découverte sociétale au profit de l’apprentissage linguistique. Vincent Preioni explique : « Nous avions besoin de quelque chose qui viennent compléter les dispositifs existants déjà au CLA comme le système de familles d’accueil, qui n’est pas financièrement accessible à tous les étudiants, ou les “tandems linguistiques” moins formels. Beaucoup de nos étudiants ont réellement envie de découvrir la société française, mais ils ne savent pas comment s’y prendre. Culturellement, la société est tellement différente ici qu’il est difficile pour eux d’aborder les gens, d’entrer dans des cercles sociaux. Amorcer cette immersion dans un cadre formalisé comme celui d’un cours, les oblige à franchir un pas et légitime leur curiosité. C’est pourquoi, nous essayons de développer un maximum d’actions en relation avec notre équipe enseignante et des structures partenaires. Le mélange des publics fait vivre à nos étudiants des expériences émotionnellement très fortes. Il permet de travailler l’aspect linguistique en situation réelle mais aussi de favoriser leur ouverture culturelle, leur appréhension de la société française et leur immersion. Ces actions les amènent sur des terrains qu’ils auraient difficilement pu explorer seuls. »

… en milieu socio-professionnel
Humberto a lui aussi pu mettre à profit son expérience de stage. Cet étudiant colombien est arrivé en France avec un projet bien défini : poursuivre ses études en médecine. « Étant un futur médecin, c’était une opportunité fantastique. Plonger dans un milieu où je rêve d’agir était une énorme occasion. C’était pour moi une façon de réaffirmer mes objectifs. J’ai eu la chance de voir le fonctionnement d’un hôpital de l’intérieur, d’assister à des cours de médecine et de partager avec des vrais docteurs ! Tout cela en étant un stagiaire qui apprenait le français mais qui s’enrichissait avec chaque patient, chaque cas et chaque cours. »
Expérience concluante puisqu’un an plus tard, il a réussi l’épreuve drastique des sélections de première année. « Nous leur donnons des clés afin qu’ils puissent approcher un univers qu’ils n’auraient sans doute pas osé fréquenter par eux-mêmes : codes linguistiques, sociaux, institutionnels. Le fait qu’il y ait un cadre les sécurise », remarque Frédérique Cosnier-Laffage, enseignante au CLA. « La production d’un mémoire et sa soutenance devant un jury composé non seulement d’enseignants du CLA mais aussi d’un représentant de leur structure d’accueil les conduit à mener une réflexion sur leur parcours. Ils peuvent ainsi mettre en valeur ce qu’ils ont déjà fait auparavant, formuler et formaliser leur expérience en France, et la mettre en perspective pour la suite. Des idées, des désirs naissent ou se confirment, des contacts se développent. En tant qu’enseignante, je suis très heureuse de constater que ce stage a véritablement eu des conséquences sur la vie personnelle et professionnelle de nombre de nos étudiants : Humberto est aujourd’hui en 2e année de médecine à Besançon, Joseph est reparti aux États-Unis avec un projet lié au recyclage des déchets grâce à son passage chez Trivial Compost, Genesis enseigne l’anglais langue seconde à New York après avoir découvert les classe d’accueil (UPE2A) au collège Camus… Cette unité d’enseignement est un dispositif qui ouvre sur l’avenir, crée des liens et donne sens à tous les apprentissages du CLA en valorisant les parcours et compétences personnelles de nos étudiants. »

… à travers l’engagement
Maisarah, une étudiante malaisienne, a, quant à elle, préféré choisir l’option de l’engagement social des étudiants internationaux. Mise en place en collaboration avec l’association Erasmus Student Network (ESN) Besançon, cette UE est proposée à la fois aux étudiants du CLA, mais aussi à l’ensemble des étudiants internationaux de l’Université de Franche-Comté. Elle leur permet de découvrir la société française en profondeur. « Dans le cadre de ce projet d’engagement, nous œuvrons afin que les étudiants deviennent acteurs de leur séjour en France et développent des connaissances sur le tissu associatif ainsi que des compétences non-formelles, témoigne Manon Suchet, chargée de mission à l’ESN Besançon. Au fil des semaines, nous observons un changement d’état d’esprit chez ces jeunes : inclusion sociale, confiance en soi, dépassement, ouverture d’esprit, fierté de porter leur culture et leur pays auprès de publics divers, amélioration de leur niveau de français et aisance orale, changement d’opinions sur des idées préconçues. Les regards bienveillants et les échanges interculturels sont au cœur de la rencontre entre nos étudiants et les habitants de Besançon. C’est une révélation pour certains et une expérience inoubliable pour tous. Ils ont l’envie d’aller plus loin. »
Comment vieillit-on en France ? A quoi ressemble un cours au lycée ? Comment intègre-t-on les personnes en situation de handicap dans notre société ? Autant de question que Maisarah ne s’était peut-être pas posées avant de venir, mais qu’elle a pu découvrir. « Je vais devenir professeure de français en Malaisie. Il était important pour moi de m’intégrer à la vie locale. Grâce à cette unité d’enseignement, j’ai passé de bons moments avec beaucoup de personnes : des personnes âgées, des enfants, des lycéens, des personnes handicapées… Ça a été une expérience très précieuse que je garderai toujours dans mon cœur », s’exclame-t-elle. Elle a été particulièrement touchée par son contact avec les personnes âgées : « Ça m’a rendue très heureuse, ils m’ont traitée comme si j’étais leur petite-fille ! »

… une ouverture du centre sur l’extérieur
Tout comme le CLA invite ses étudiants à sortir pour qu’ils s’approprient leur territoire, il s’ouvre également à des publics extérieurs afin que ses étudiants soient une nouvelle fois acteurs. Ainsi, une centaine d’élèves d’écoles primaires ont pu visiter une exposition sur les pays d’Asie, animée par les étudiants eux-mêmes. Là encore, l’équipe enseignante s’est impliquée en préparant les étudiants à recevoir ce jeune public avec des activités ludiques adaptées à l’âge des participants. La satisfaction autour de ce projet a une fois encore fait l’unanimité : enfants, étudiants, professeurs des écoles, professeurs de FLE, tous ont trouvé un très grand intérêt dans les échanges qui en ont découlé.

Cette dynamique n’est pas prête de s’estomper au CLA tant les possibilités de projets de pédagogie immersive sont nombreuses et permettent aux étudiants de passer un cap dans l’apprentissage du français.

 

Pour un accompagnement culturel au pays des Ch’tis

Par Évelyne Rosen, Responsable pédagogique du DEFI (Département d’Enseignement du Français à l’International, Centre de FLE de l’Université de Lille – SHS)

Proposer un accompagnement linguistique, culturel et propédeutique de qualité en lien avec les cours est l’une des missions principales du DEFI. Pour ce faire, différents projets centrés sur l’accompagnement culturel des étudiants ont été développés depuis 2016, constituant un soutien pédagogique appréciable et ayant bénéficié à ce titre de divers soutiens institutionnels (de la Région, des services des Relations internationales des universités de Gand, de Lille et de Louvain-La-Neuve et de la Présidence de l’Université). Les étudiants réfugiés ont été particulièrement encouragés à participer à ces projets. Le projet que nous souhaiterions présenter ici, soutenu par la Région, s’intitule : « La région Hauts-de-France en action – pour un accompagnement culturel au pays des Ch’tis ». Il présente la particularité de créer une rencontre entre des natifs (des étudiants en M1 FLE) en charge de l’accompagnement culturel et les étudiants internationaux du DEFI.

  1. Une « vraie » rencontre entre francophones et non-francophones

L’objectif de ce projet est de créer, en dehors du temps des cours à l’Université, une « vraie » rencontre entre, d’une part, des étudiants français et, d’autre part, des étudiants internationaux et des réfugiés, qui permet de découvrir une ville et une région de façon moins formelle et surtout de plonger au cœur de la vie locale. C’est en quelque sorte une transposition institutionnelle du dispositif Les Greeters du Nord.

Un tel projet permet la rencontre entre natifs (des étudiants de l’université en master se destinant à l’enseignement du français auprès d’étudiants internationaux, en France et dans le monde entier, qui gagnent ainsi en expertise dans leur domaine de formation en matière d’animation pédagogique tout en finançant leurs études) et non-natifs (des étudiants internationaux inscrits au DEFI pour perfectionner leurs compétences en langue-culture française ainsi que des réfugiés suivant également les cours au DEFI afin de s’intégrer au mieux et au plus vite dans la société française).

  1. La région Hauts-de-France en action !

Le déroulement d’une telle rencontre mettant en présence et en jeu les compétences (inter)culturelles des étudiants francophones et des étudiants internationaux a été conçu de la manière suivante : il s’agit, pour les étudiants francophones, de faire découvrir un quartier, une ville, la région Hauts-de-France comme ils les voient et comme ils les aiment. Ils doivent préparer en amont la visite et présenter le projet à l’équipe enseignante du DEFI, animer la visite en faisant appel directement au vécu des étudiants internationaux, à leur ressenti et enfin proposer la réalisation d’une trace écrite aux étudiants (postée ensuite sur Facebook ou sur l’un des blogs du DEFI, par exemple).

Ce projet permet ainsi un lien entre la classe (les cours au DEFI) et le hors-classe (le vécu au quotidien dans la société française, dans la région Hauts-de-France), au cœur de l’approche actionnelle et des pratiques actuelles de l’enseignement et de l’apprentissage des langues.

  1. Le portfolio, un outil réflexif pour l’accompagnement culturel

Une trace écrite permet enfin aux étudiants de revenir sur cet accompagnement culturel et de partager l’expérience vécue : par blog interposé pour les étudiants internationaux du DEFI, sous la forme d’un écrit réflexif pour les étudiants de Master1 FLE. En voici quelques exemples.

Un exemple très concret d’un tel accompagnement culturel proposé par le DEFI peut être découvert sur le blog mené avec l’université de Louvain-la-Neuve, où l’un de nos étudiants réfugiés, Mohammed Alassaf, présente sa découverte du carnaval de Dunkerque grâce à ce dispositif. La fonction « commentaires » du blog permet en outre de poursuivre les échanges et les interactions au-delà de la rencontre.

Pour les étudiants de M1 FLE, la trace écrite prend la forme d’un écrit réflexif ayant toute sa place et son sens dans une telle formation initiale. Camille effectue ainsi le bilan d’un semestre d’accompagnement culturel : « Caroline et moi-même avons proposé une visite guidée de Lille (Grand Place, Opéra, Bourse aux livres) et du Vieux Lille (La cathédrale de la Treille, l’histoire de l’architecture flamande, la boutique « Aux Merveilleux »). Nous finissions nos visites avec un petit quizz sur des expressions ch’ti à déchiffrer que les élèves devaient remplir en demandant l’aide de Lillois (des passants). Organiser et animer les sorties culturelles ont été pour moi de très belles expériences. J’ai particulièrement apprécié les échanges avec les élèves du DEFI qui étaient tous réceptifs, engagés et engageants. Bien que n’étant pas originaire de Lille, j’ai adoré faire découvrir ou redécouvrir la ville aux étudiants participants aux sorties, pouvoir leur apprendre des éléments d’histoire, d’architecture qu’ils ne connaissaient pas. Cela m’a appris à adapter mon débit de parole ainsi que les mots de vocabulaire que j’utilisais en fonction du niveau de français de mon interlocuteur, moi qui souhaite travailler comme professeur de FLE, cela m’a été très bénéfique, j’ai appris à être davantage attentive. Cette expérience m’a également permis de me faire de nouveaux amis puisque je suis restée en contact avec la plupart des élèves qui ont participé aux sorties. »

Ce projet « pour un accompagnement culturel au pays des Ch’tis » s’inscrit ainsi dans la lignée des dispositifs gagnant-gagnant : pour nombre d’étudiants de Master, il s’agit souvent d’une première expérience professionnelle permettant de mettre en pratique les connaissances acquises sur les bancs de l’université, de saisir les spécificités de l’enseignement et de l’apprentissage du FLE en milieu homoglotte et d’expérimenter, de manière réflexive, la réalité sur le terrain de la perspective actionnelle. Les étudiants internationaux du DEFI peuvent, quant à eux, vivre un moment privilégié d’échanges avec des étudiants francophones, confronter les différentes cultures en présence, tout en découvrant, de manière ludique et interactive, le patrimoine de la région qui les accueille.

 

 

 

La pédagogie de l’art à l’ILCF de Lyon

Par Philippe Franchelin, directeur de l’Institut de langue et de culture française (ILCF), à Lyon

Privilégiant la pédagogie de l’art, l’accompagnement culturel des étudiants à l’ILCF-Lyon est abordé sous différents angles :

  • une information et un programme culturels orchestrés par l’équipe d’animateurs professionnels,
  • des sorties et activités pédagogiques préparées par les enseignants,
  • des enseignements spécifiques : Histoire de l’Art, BD, cinéma, théâtre, mode et le design, etc.

La spécificité de l’ILCF-Lyon est la mise en place de projets culturels fédérateurs avec l’engagement des enseignants et des étudiants :

  • « Un jour, nous serons humains »: soirée consacrée aux réfugiés migrants en résonnance avec l’exposition « Rêver d’un autre monde » au Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD), regard d’artistes contemporains sur les migrants. Lectures théâtrales, table ronde (participation de Forum Réfugiés, de la CIMADE) ont rythmé cette soirée pensée par les étudiants et pour les étudiants.
  • Exposition du musée des Beaux-Arts de Lyon (MBA) « De Rembrandt au selfie » : l’autoportrait a été abordé dans les cours de langue, selon les niveaux et dans tous ses aspects : de la description à l’analyse d’une œuvre d’art, de la construction d’une réflexion sociologique sur le Self à l’exploration de la dimension interculturelle de l’autoportrait. Un concours du meilleur selfie a été organisé.
  • « Le Mariage », une collaboration entre l’équipe des médiateurs culturels des Archives Municipales de Lyon & nos enseignants : les étudiants ont été invités à un voyage à travers le mariage à Lyon, de l’Antiquité au mariage pour tous. Une exposition photographique du mariage dans les aires géographiques complétait ce parcours, ce qui a permis une approche interculturelle du mariage.

La culture, déclinée sous toutes ses formes, rassemble donc nos étudiants et favorise le partage d’expérience, un regard croisé sur un même « objet ».

 

Interview de Gaëlle Laurendeau, enseignante CeLFE d’Angers

Propos recueillis par Julie Fouchet, enseignante au Centre de langue française pour étrangers (CeLFE), à Angers

  • Que représente l’accompagnement culturel au CeLFE ?

L’enseignement d’une langue ne peut être séparée de la/les culture(s) à laquelle elle est rattachée. Des cours de cultures françaises et francophones permettent aux apprenants de découvrir la France, la vie quotidienne des Français, la vie locale angevine et les institutions françaises. Ces cours sont mis en relief par des visites à Angers de monuments, de sites culturels, d’entreprises, de collectivités ou bien encore d’associations locales.

L’apprentissage de la langue ne se fait pas seulement dans la classe mais (surtout) dans la vie réelle. Nous mettons en place des actions pour permettre aux étudiants d’aller à la rencontre des Français : échanger avec des personnes âgées dans des maisons de retraite, rencontrer des lycéens, des écoliers, être en contact avec des étudiants français. La dimension interculturelle est essentielle : apprendre une langue, c’est découvrir une autre manière de penser et de vivre, et donc apprendre à se connaître soi-même.

En sortant de la classe, les apprenants sortent du cadre confortable dans lequel ils sont habitués à apprendre. En se confrontant à la réalité, ils osent davantage s’exprimer et prennent confiance en eux.

 

  • Quels sont les projets mis en place dans les groupes et comment sont-ils mis en place ?

Chaque projet organisé avec une structure extérieure au centre (école, collège, lycée et maison de retraite) fait partie intégrante du programme de cours et peut se dérouler tout au long du semestre ou bien se concentrer sur une période plus restreinte. Il est indispensable de travailler en collaboration avec la personne référente de l’établissement et d’organiser au préalable tous les temps forts du projet.

L’objectif principal est d’organiser une rencontre entre les apprenants et le public accueilli par l’établissement partenaire afin de faire connaissance puis d’échanger. En amont, les apprenants préparent leurs interventions, leurs questions.

Par exemple, pour le projet avec la maison de retraite, lors de la première rencontre, les étudiants présentent aux résidents leur pays, leur culture, leurs spécialités. Suite à cela, ils répondent aux questions puis interagissent avec les personnes âgées. Deux, trois, quatre rencontres peuvent être ensuite organisées durant le semestre sur des thèmes différents facilitant les échanges tels que : la gastronomie, les fêtes culturelles, la musique, etc. Suite à chacun de ces moments, un retour écrit en classe est effectué généralement accompagné de photos.

La communication se fait très souvent avec fluidité et coopération. Ni gêne, ni complexe n’interviennent quand l’écoute et la compréhension de l’autre sont respectées.

Ces projets sont très riches tant sur le plan pédagogique que sur le plan humain. Chaque participant investi se sent valorisé. Les apprenants vivent une expérience d’apprentissage différente qui dynamise leur apprentissage de la langue.

 

  • Quel impact ont les projets sur l’apprentissage de la langue ?

Ces projets ont un impact direct sur la cohésion de groupe et la relation avec les étudiants. Le groupe se sent renforcé et cela a des conséquences très bénéfiques dans la classe de langue ; Les étudiants prennent confiance en eux, et se rendent compte par eux-mêmes que leur maitrise de la langue a un intérêt direct dans la relation avec l’extérieur et les français.

 

 

 

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