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La langue française n’est pas la langue française , Appel à contribution de LHT (Littérature Histoire Théorie)

Posté le par vbesakian

Appel à contributions. Date limite : 15 mars 2013
La lecture des textes francophones s’est trouvée renouvelée par les études dites « postcoloniales » au-delà des résistances institutionnelles et des barrières disciplinaires. Qu’on lise une pièce de théâtre québécoise, une oeuvre-palimpseste du Maghreb, un roman des Antilles, des Afriques ou d’ailleurs, on y entend des voix d’une tessiture inouïe, qui infléchissent la langue jusqu’à ce qu’elle ne soit plus ni tout à fait la même ni tout à fait une autre.
Ce numéro invite à explorer l’étrangeté familière du français dans des textes littéraires habités par l’imaginaire de toutes les langues du monde. Aussi est-ce peut-être la désapparition (Glissant) de la langue française qui est à interroger ici ; non sa disparition mais sa diffraction féconde. Assurément, l’idée de la langue comme bloc monovocal, renvoyant à un univers de connaissance à peu près homogène ou perçu comme tel, est contestée dans ces littératures. Non que la langue française, dans un contexte de globalisation effrénée, soit condamnée à s’éclipser face à l’anglais ou à l’espagnol. Mais il y a lieu, à un moment où l’on ne peut plus envisager la langue comme véhicule universel, d’étendre ces langues qui s’infiltrent sous la langue d’écriture et en modifient le profil. Les procédés d’hétérolinguisme, d’effacement, d’emphase, de dédoublement, de pseudo-traduction, de polyphonie, pour n’en citer que quelques-uns, nécessitent d’être examinés comme des modes de transformation menant à une pluralisation de la norme linguistique et ainsi à l’apparition d’une langue singulière.

On pourra se poser les questions suivantes, qui n’ont pas prétention à l’exhaustivité :
– Selon quelles modalités et par quels procédés l’écriture en langue française fait-elle cohabiter les idiomes en elle ? Cette hospitalité en fait-elle une « langue-monde » ?
– Comment concevoir qu’une langue souterraine travaille en résistance dessous la langue d’écriture ? Par quelles stratégies l’opération de lecture peut-elle la rendre « reconnaissable », en identifiant son degré de présence par-delà son incorporation dans la langue d’écriture ?
– De quelle manière peut-on rendre intelligible au lecteur le dialogisme actif qui s’établit entre les langues dans la langue ?
– Quelle est la fonction jouée par la (non)traduction dans l’avènement d’une langue différemment accentuée ?
– Peut-on déplacer le lexique de l’« appropriation » pour se dégager de la logique qui fige les langues en biens patrimoniaux ? Un tel déplacement conduit-il à reconfigurer les tracés identitaires entre « soi » et « l’autre », à penser autrement qu’être ?
– Est-il possible de rajouter aux niveaux déjà existants de l’analyse stylistique d’un texte un niveau non
immédiat, où l’intonatif par exemple – ce que Colette Fellous appelle la matière de la langue – serait à prendre en compte ?
– Dans quelle mesure la pluralisation de la norme linguistique fonctionne-t-elle comme le tissu conjonctif d’un nouveau mode de récit – « Un mot, déjà deux, déjà un récit » (Abdelkébir Khatibi, Amour bilingue – 1983) ?

D’un point de vue méthodologique, on acceptera aussi bien des approches monographiques que comparatistes, en privilégiant les analyses de détail qui feront ressortir des effets de contraste entre une représentation du « génie » du français et un imaginaire ouvert de la langue. Les outils employés pourront
relever de la linguistique, de la théorie de l’énonciation ou de la stylistique comme de la théorie et de l’histoire littéraires au sens large, le principe étant de déjouer les perspectives prescriptives et normatives pour s’intéresser à la matérialité des formes et esquisser des pistes interprétatives sur les oeuvres.

Les articles proposés sont à faire parvenir avant le 15 mars 2013 à Samia Kassab-Charfi (samiakassab@yahoo.fr), Myriam Suchet (myriam.suchet@univ-paris3.fr) et Jean-Louis Jeannelle (jeannelle@fabula.org) : ils seront soumis, anonymement, selon le principe de la revue, au comité de lecture de la revue.

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