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Comment déshiniber les étudiants?

Posté le par le français dans le monde

Dans un précédent billet, Laurence Audy Samaniego évoquait la difficulté pour l’enseignant  de faire parler des apprenants d’un cours d’oral niveau A1. Le manque d’outils linguistiques est alors un réel frein à la prise de parole.

J’aimerais ici aborder un sujet touchant aussi à la parole des apprenants en classe de FLE, mais sous un autre angle de vue. Ma réflexion part d’une observation que j’ai pu faire lors

de mon premier mois en tant que jeune enseignante lancée dans le grand bain. Dès la première séance, j’ai remarqué que quelques étudiants restaient en dehors du groupe, n’osant pas s’exprimer, ni prendre la parole lorsque je posais des questions à la classe. Seuls les plus affirmés n’hésitaient pas à s’exprimer librement même si leur français était loin d’être parfait ! Malgré mes tentatives pour faire parler les plus timides et adresser mes questions non plus à la classe, mais individuellement, je sentais une gêne empêchant la parole. En les écoutant, je me suis vite rendue compte qu’il ne s’agissait pas ici de lacunes linguistiques, mais plutôt d’une sorte de timidité, d’inhibition.

 Je vois plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, la difficulté que peuvent rencontrer certains apprenants à s’exprimer dans un «lieu formel» pour reprendre l’expression de Janine Courtillon, que constitue la classe de langue. Si le professeur est là pour améliorer, corriger leur niveau de langue, son rôle consiste aussi – et surtout – à accompagner les étudiants dans leur apprentissage tel un guide. Et cela est, je pense, souvent oublié par les apprenants.

Il me semble aussi que ce rapport professeur/étudiant dépend grandement de la culture et de son vécu personnel. De ce fait, le positionnement de l’étudiant face à l’enseignant demeure difficilement modifiable.

En outre, se disent-ils peut-être au fond d’eux, « les autres vont me juger, se moquer de moi si je commets des erreurs de prononciation ou de grammaire ». A bien y réfléchir, ces pensées nous ont tous traversé l’esprit au moins une fois dans notre vie ! Moi-même, j’ai connu ces moments d’angoisse où le professeur de langue m’interroge, qu’une trentaine de paires d’yeux se braquent soudainement sur moi et que je me mets à balbutier quelques mots afin de constituer vainement une phrase !

A la fin de ce premier cours, je me suis dit « il va falloir trouver un moyen pour mettre en confiance les plus timides et fédérer le groupe. Une ambiance confiante est garante d’une parole libérée! ».

La thématique du cours suivant portant sur les vacances, j’ai imaginé une production orale invitant les étudiants à raconter leurs dernières vacances.

Au moment venu, je leur ai demandé de se lever et j’ai constitué des petits groupes en équilibrant au mieux les niveaux et les personnalités des apprenants. Evidemment, placer un étudiant timide et un étudiant très affirmé dans le même groupe n’allait pas avoir l’effet escompté ! Je leur ai ensuite demandé de déplacer les tables et les chaises de manière à former des «tables rondes». D’une part, les petits groupes de discussion ont pour avantage de ne pas impressionner les plus craintifs face à une activité orale. D’autre part, une disposition en tables rondes permet de rendre l’espace-classe moins rigide et plus convivial en donnant la sensation aux étudiants d’être autour d’une table, échangeant comme ils pourraient le faire avec leurs amis.

A ma grande satisfaction, j’ai vu les langues se délier, des sourires apparaître sur les visages et les étudiants s’ouvrant les uns aux autres sur les différentes destinations de vacances ; quel plaisir d’observer une réelle dynamique d’échanges…  

La première étape de la déshinibition achevée avec succès, j’ai alors réfléchis à une deuxième activité qui pourrait consolider les liens entre les apprenants et faire perdurer cette ambiance « dé-tendue ». Ce sera donc le sujet de mon prochain billet… A bientôt !

Maud Duron, enseignante à l’Alliance française Paris-Île-de-France

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