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Français langue d’intégration (FLI) – Droit de réponse

Posté le par le français dans le monde

Ce texte est produit à la fois par des auteurs du référentiel, des professionnels de terrain, des chercheurs spécialistes depuis longtemps de la formation linguistique et d’autres qui ne le sont pas, mais que le domaine concerne parce qu’ils sont engagés dans la construction de masters incluant des orientations insertion et intégration. Il est enfin co-rédigé par des chercheurs qui entendent intervenir de façon distanciée dans un débat qui pour l’instant échappe malheureusement aux principes de rigueur formant le socle de notre engagement professionnel.

Il est sain que la mise en place du label FLI interroge les chercheurs autant que les praticiens, et il nous semble nécessaire que toutes les personnes préoccupées par la mise en place du FLI disposent des informations sur les tenants et les aboutissants de la rédaction du label. Cependant, les accusations d’instrumentalisation et certains propos tenus sur les experts qui ont participé à la rédaction du référentiel sont inacceptables, voire calomnieux. L’intérêt soudain porté au FLI est exactement proportionnel au désintérêt qu’a suscité, pendant de très longues années, la formation linguistique des migrants adultes et ses acteurs. L’histoire de ce champ éducatif est en train de s’écrire et démontre combien il a peiné à se faire une place aux côtés du FLE puis du FLS. Les attaques, auxquelles nous allons répondre, par leur virulence et parfois leurs outrances, tendent au moins à démontrer qu’il est désormais incontournable.

Nous souhaitons donc apporter ici quelques éléments de réflexion au débat.

Les critiques, par leur caractère désordonné, confus et contradictoire, révèlent davantage une crise profonde de la sociolinguistique et de la didactique du français qu’une force scientifique sereine et sûre d’elle-même. Quand les uns s’alarment d’un éclatement de la didactique du français, les autres proposent une nouvelle spécification comme contrepoint au français langue d’intégration. Les critiques mêlent des arguments scientifiques mais également de politique linguistique et des arguments purement idéologiques. De nombreuses remarques ont porté notamment sur l’avant-propos en lui reprochant ses faiblesses scientifiques : c’était oublier que ses rédacteurs ne sont précisément pas des scientifiques et qu’ils écrivent en tant que responsables de la publication de ce référentiel, non en tant qu’experts. Ils écrivent comme premiers responsables des deux directions ministérielles (la DGLF-LF, du ministère de la culture et la DAIC du ministère de l’intérieur) qui ont pris conjointement l’initiative de la rédaction de ce référentiel. Ils ont tenu à cet égard à assumer leur texte en le signant, de façon à ce qu’il ne soit pas confondu avec le travail des experts.

Sur le fond, nous voyons plusieurs causes à ces débats et à ces inquiétudes.

La première tient au fait que le choix des experts a sans doute pu froisser quelques susceptibilités en dérogeant à certaines règles de préséance. Or, ce référentiel est d’abord un outil de travail destiné aux professionnels de la formation des adultes. Les experts ont donc été choisis parce qu’ils connaissent intimement le terrain de la formation linguistique des adultes migrants, qu’ils soient professionnels ou chercheurs, ces derniers étant particulièrement peu nombreux. Des lecteurs extérieurs ont été sollicités et ont formulé des remarques très intéressantes mais qui portaient essentiellement sur l’avant-propos qui, nous l’avons dit plus haut, relève de la responsabilité exclusive des deux directions ministérielles. Les autres remarques des lecteurs extérieurs posaient des interrogations, certes tout à fait légitimes, mais qui portaient essentiellement sur l’orientation même du référentiel : elles n’auraient pu être intégrées sans remettre en cause la cohérence d’ensemble de ce travail. Par ailleurs, les remarques et les objections des relecteurs étaient parfois tout à fait contradictoires entre elles. Les experts sont tout à fait conscients du travail que ces lecteurs ont effectué et ils les en remercient, mais ils ont dû procéder à des choix d’orientation.

4 commentaires
  1. Retroussons nos manches après le FLE passons le FLI, il est plus facile de trouver des études à suivre et poursuivre que de trouver un travail. Voilà une valeur ajoutée à notre âge qui lui évolue plus rapidement que nos augmentations salariales réajustées à nos diplômes.

  2. Je suis professeur de lettres modernes et titulaire d’une maîtrise FLE. J’enseigne le FLE en France à des élèves étrangers qui ont entre 12 et 16 ans.
    A présent que je vous ai lu, je comprends que l’apprentissage du français aux étrangers qui viennent vivre en France est un champ d’étude didactique de l’enseignement de notre langue qui pourrait devenir encore plus scientifique, plus efficace, plus ouvert aussi et qui, par l’action de la Recherche en matière de Sciences du Langage, par les découvertes possibles d’un meilleur enseignement du FLE et par l’étude des réalités des pratiques pédagogiques des enseignants tendrait à devenir plus opérationnel, plus efficace, mieux adapté.
    Etait-il vraiment nécessaire de créer un label pour ce faire ?
    Le ministère de l’Intérieur a t-il à voir avec cette Recherche?
    Mais vous avez raison en citant 2001. Ces questions ne datent pas d’aujourd’hui. Ce débat pour autant n’est pas clos. Et je vous remercie d’y participer même si je n’ai pas trouvé les références des articles de vos confrères, dont vous pourfendez les accusations et que, par pur esprit de contradiction, j’aimerais lire.
    Voici ce que j’avais moi-même écrit le 13 novembre à quelques amis au sujet du FLI. Vous constaterez que c’est peu sérieux et absolument pas universitaire.
    Vous lui porterez donc uniquement l’intérêt qu’il mérite.
    Je défends il est vrai dans ce texte le droit à la langue aux sans-papiers aussi. Suis-je déjà hors la loi? Nul n’est censé l’ignorer.

    Au sujet du FLI ( référentiel disponible en 43 pages sur internet ) nouveau label et nouvel agrément créé par l’état français et dont je viens d’apprendre l’existence, quelques réflexions :

    2 décrets pour les mettre en place :

    Le premier stipule qu’il faut le niveau B1 pour obtenir la nationalité française et le niveau A2 pour une carte de séjour ou un mariage. Un diplôme à obtenir, des cours de français à prendre ( quel financement? ) , une inscription à faire avec un numéro d’immatriculation obligatoire délivré par l’administration !
    Le second stipule que seuls les organismes labellisés FLI seront retenus dans les marchés publics de la formation linguistique des adultes migrants et pourront seuls délivrer des attestations de niveau de langue reconnues par l’administration. Pour être labellisés, ces organismes auront l’obligation d’embaucher des formateurs diplômés d’un master estampillé « FLI ».
    Les associations de bénévoles non déclarées organismes de formation ne pourront se prévaloir que d’un agrément FLI . Sans lui pas de subventions publiques et peut-être pas de subventions territoriales.

    A quoi ressemble un estampillage FLI?
    Le Fli nous dit-on n’est pas un niveau ni même un état de langue, c’est une langue-horizon !! qui doit faciliter l’intégration. P 10

    Qui l’a rédigé?
    Dans l’équipe des rédacteurs, en plus deux doctorats en science du langage, un Expert Management! et une Experte Qualité! Avec les majuscules s’il vous plaît…

    Le management pour moi concrètement, c’est cette question à laquelle j’ai du réfléchir en juin 2011 : quel est le degré d’acculturation de votre établissement scolaire dans votre stratégie de performance?

    FLI : deux anciens mots « Français » et « Langue » et un nouveau « Intégration » qui ne remplacera pas « Etrangère ». Français Langue Etrangère.

    Et à présent l’esprit de la FLI (et entre parenthèses, mes commentaires). Il ne s’agit plus de nos jours messieurs les professeurs, d’accueillir des « hommes jeunes (ce n’est pas moi qui met les guillemets) qui viennent travailler et qui repartent au pays » (La réalité de l’intégration de nos pères étrangers c’est aussi leur exploitation pour construire nos autoroutes, c’est le traitement indigne des combattants étrangers pour l’armée française, c’est Paris octobre 1961, c’est le racisme ordinaire et la différence comme valeur, c’est des lois et des pratiques discriminatoires partout, c’est les quotas d’exclusion du ministère de l’immigration) il s’agit d’accueillir des familles qui ont pour projet de s’installer durablement voire définitivement (quelle hypocrisie! Comme si nous n’avions pas toujours accueilli définitivement des familles? Et de quelle tradition de l’accueil pouvons-nous être fiers? Peut-être de celle qui nous pousse à empêcher des milliers d’expulsions de familles justement intégrées ou en cours d’intégration)
    Et on nous parle de maitrise de la langue devenue (incroyable ce mot « devenue! » comme s’ils allaient inventer un mot. Comme s’ils avaient découvert quelque chose…) centrale (c’est ça la nouveauté?) pour une installation (même pas une vie!) durable.

    Il s’agit aussi de restructurer le champ professionnel jusqu’ici relativement hétérogène et marginalisé ( ans commentaire mais merci pour eux, les professeurs sur le terrain !), celui de la formation linguistique des adultes migrants. (Nombre d’organismes de formation et d’associations d’un secteur déjà rudement touché ces dernières années, qui ne satisferont pas aux critères définis pour obtenir la labellisation FLI, risquent cependant de devoir faire face à des difficultés grandement accrues en termes de viabilit).

    Le droit à la langue du pays d’accueil étant acté, il s’agit de créer les conditions d’une formation linguistique de qualité.

    ( Le droit à la langue pour moi n’est respecté! Il est sous contrôle! En imposant le label FLI pour obtenir une reconnaissance administrative, on fait de ce droit une obligation, un critère sélectif.

    En forçant les formateurs à devenir des informateurs de la situation administrative des migrants tout en condamnant l’aide au séjour illégal des étrangers, c’est 800 000 sans-papiers exclus du droit à la langue! Sans papiers, sans langue! )

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