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Le français langue d’intégration (FLI) en débat

Posté le par le français dans le monde

Le ministère français de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités locales et de l’Immigration et la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) ont mis en place en septembre le dispositif français langue d’intégration (FLI), qui a pour but de créer un cadre pour l’enseignement et l’évaluation de la langue française des migrants qui arrivent en France (lire Le français dans le monde N°378, pages 38-39). Ce dispositif est largement débattu dans le milieu du français langue étrangère et de la didactique des langues : nous publions ici la tribune de 83 universitaires.

Français langue d’intégration (FLI), français langue d’une intégration contrôlée (FLIC)

Une grande première. Le ministère de l’intérieur via la Direction de l’Accueil, de l’Intégration et de la Citoyenneté (DAIC)[1], chargée de l’élaboration d’un référentiel destiné à labelliser les organismes du secteur de la formation linguistique des adultes migrants, propose, dans la foulée, la création de maquettes de masters « Français Langue d’Intégration » (Master F.L.I).

Universitaires intervenant et/ou dirigeant des masters de Didactique des langues (particulièrement dans le domaine du Français Langue Etrangère/Français Langue Seconde), nous ne pouvons que nous étonner de cette confusion des genres. Pas plus que nous ne souhaitons faire le travail du ministère de l’Intérieur, nous ne souhaitons voir le ministère de l’intérieur se charger du nôtre.

De nombreuses universités n’ont pas attendu la DAIC pour intégrer dans leur Master de Didactique des langues des enseignements, des recherches, des stages visant à former les étudiants à intervenir auprès d’adultes migrants engagés dans l’apprentissage du français. Connaissant la réalité du marché de l’emploi de la formation et au fait des besoins des publics considérés, en étroite collaboration avec les acteurs travaillant auprès des migrants, les universités préparent les futurs formateurs à intervenir auprès de publics diversifiés, relevant du FLE (Français Langue Etrangère), du FLS (Français Langue Seconde), de la lutte contre l’illettrisme. La création d’un Master « FLI », proposé aux universités, ne correspond par conséquent à aucune nécessité de formation. Le sigle « FLI » n’a, par ailleurs, aucune justification scientifique et va à l’encontre d’une logique d’inscription des migrants dans des parcours communs de formation. Aux plans didactique et méthodologique, la démarche « FLI » n’est pas différente sur le fond de celle mise en œuvre en didactique du FLE/FLS, qui suppose une analyse de besoins des publics en formation.

[1] La DAIC : « La direction de l’accueil, de l’intégration et de la citoyenneté est chargée de l’ensemble des questions concernant l’accueil et l’intégration des populations immigrées s’installant de manière régulière et permanente en France. »  – Décret n°2007-1981 du 26 décembre 2007 – http://www.immigration.gouv.fr/

3 commentaires
  1. Nous étions persuadés à l’évocation de cette évaluation de la langue des migrants il y a déjà plus de 3 ans, que nous les professeurs et futurs professeurs de FLE allions être sollicités. Cela nous permettait d’entrevoir un avenir plus serein pour un travail certes passionnant mais souvent irrégulier. Notre espoir est tué encore et encore…

  2. Voilà, mon association n’a pas encore l’agrément et pour se faire je pensais passer le master FLI. Deux questions se posent à moi, est-il nécessaire que je le passe étant donné que je suis déjà diplômé d’une licence science du langage,ensuite, je ne peux pas quitter mon travail pour un an, existe-t’il un organisme de formation pour ce master à distance ??? Merci

  3. Je partage l’idée de création du master FLI pour deux raisons particulières. D’abord, en tant que doctorant en Sciences du langage et président d’une jeune association travaillant avec des allophones arrivants ayant l’intention de fixer leurs centres d’intérêt en France métropolitaine, je crois que ce parcours permet d’outiller davantage les intervenants en matière de prise en charge des besoins de migrants qui s’avèrent différentes. En plus, il me semble utile de faire le distinguo entre le FLI qui est beaucoup plus orienté vers la familiarisation de migrants avec les règles de vie en France en plus de leur fournir des instruments facilitant une initiation progressive à l’expression spontanée et/ou à la maîtrise de la lecture et de l’écriture.
    Ces éléments aident à mieux percevoir les difficultés liées à un environnement favorable à travailler autour de modules fondés sur les besoins réels des arrivants dont l’objectif premier reste de disposer de moyens favorables à une bonne intégration dans la société française dont une claire conscience des valeurs qui la fondent requièrent une initiation.

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